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comme ils font à présent ? Si on n’en sait tien, pourquoi prend-on pour sûr ce qui est en question, et fait-on des raisonnements à perte de vue sur un fait faux ou douteux ?
Mes recherches sur les mœurs des chattes m’ont donné des soupçons très-forts qu’elles sont perfectibles , mais au bout d’une longue traînée de siècles. Je crois que tout ce que les chats savent est l’ouvrage de quarante à cinquante raille ans. Nous n’avons que quelques siècles d’histoire naturelle ; ainsi le changement qu’ils auront subi dans ce temps est imperceptible.
Les hommes aussi ont mis un temps im mense à leur perfectibilité : car les peuples de la Californie et de la Nouvelle -Hollande, qui sont anciens de trois ou quatre mille ans, sont encore de vraies brutes. La perfectibilité a commencé à faire de grands progrès en Asie, à ce qu’on dit, il y a plus de douze mille ans , et Dieu sait combien de temps avant on n’avait fait que de vains eforts
Si une race asiatique n’avait pas passé en Europe et en Afrique, et si d’Europe
elle n’eût passé en Amérique , d’où elle a fait le tour du globe, l'homme ne serait que le plus espiègle, le plus malin et le plus adroit des singes. Ainsi la perfectibilité n’est pas un don de l’homme en entier, mais de la seule race blanche et barbue. Par alliance, la race basanée et barbue , la race basanée non barbue et la race noire ont gagné quelque chose. Tout ce qu’on dit des climats est une bêtise, un non causa pro causa, erreur la plus commune de la logique. Tout tient aux races ; la première, la plus noble des races , vient naturellement au nord de l’Asie. Les Russes y tiennent de plus près, et c’est pour cela qu’ils ont fait plus de pro^ grès en cinquante ans qu’on n’en fera faire aux Portugais en cinq cents.
Le Grand Homme.
Le grand homme de notre siècle doit être quelque chose d’indéfinissable. Il faut qu’il n’ait ni les vertus ni les vices dont on parle dans tous les livres de morale. Comme nous sommes parvenus à un siècle qui nous
rend insupportables autant les maux que les remèdes, vous voyez de quelle difficulté il est de résoudre ce problème. Je crois, après y avoir longtemps rêvé, que le plus plat homme serait le plus grand homme de notre âge , puisqu’il laisserait subsister tous les maux (ce qu’il faut) en se donnant toujours l’air de vouloir les guérir (ce qu’il faut aussi). Turgot, qui sérieusement voulait guérir, a été culbuté ; Terrai, qui disait franchement qu’il ne voulait rien guérir, a été exécré; un plat homme dirait tout ce que disait Turgot, et ferait tout ce que faisait Terrai, et cela irait à merveille.
Les Souverains voyageurs.
Je ne sais pas quel démon de notre siècle inspire aux souverains de se montrer chez les autres nations : si on les trouve meilleurs que le propre souverain, ils laissent le cœur humain dans l’abattement et dans la désolation. Il y a des choses qui ne sont belles qu’à être souhaitées ; l’amour a de ces beautés-là, et je trouve qu’il vaut
mieux se figurer la vertu des souverains que d’être à même de la contempler.
La Cause des guerres.
Je commence à sentir que les malheurs des hommes viennent de leur prévoyance, malgré qu’on dise le contraire. La prévoyance est la cause des guerres actuelles de l’Europe. Parce qu’on prévoit que la maison d’Autriche s’agrandira , que les Américains dans quelques siècles d’ici, que les Anglais , les Français , les Espagnols dans cent ans, feront ou ne feront pas certaines choses, on commence par s’égorger à l’instant. Si l’on voulait se donner la peine de ne rien prévoir, tout le monde serait tranquille , et je ne crois pas qu’on fût plus malheureux en ne faisant pas la guerre.
Le Corps et l'Ame.
il est bien vrai que l’âme est quelque chose de différent du corps; mais c’est
comme la crème diffère du lait, la mousse du chocolat, l’eau-de-vie du vin. L’essence du corps devient esprit.
Les Sages et Dieu.
Rien ne se fera d’après l’avis des sages dans ce monde ; mais un sage fera un bon livre qui plaira, qu’on lira avidement : on l’applaudira; il en retirera quelques avantages, soit du côté des finances , soit du côté de la considération ; et voilà qui est bien tant qu’il vivra; puis il mourra, et tout lui deviendra égal. Et celui qui a fait le monde rira de tout son cœur de voir les hommes occupés à arranger le monde pour leurs besoins, pendant que c’est lui, et lui tout seul, sans émule, qui l’arrange à son caprice et pour son bon plaisir.
La Mort de Marie- Thérèse.
Savez-vous à quoi je compare cette mort de Marie-Thérèse? A un encrier qu’on
— ns —
a renversé sur la carte géographique de l’Europe.
Le Cœur.
Il n’a jamais tué personne.