LE MORT RECONNAISSANT
I TN marchand assez riche avait un fils qu'il ^ envoya, sur un vaisseau chargé de marchandises, apprendre à faire le commerce. Le l*vire s'arrêta au pays indiqué et le fils du "Wrchand fit de bonnes affaires. Avant de s'en «tourner il voulut visiter la ville. Un jour qu'il WHsit dans une rue, il vit un cadavre qui gi- Sù| t sur le so! et que des chiens dévoraient. Il ■•Manda pourquoi on laissait ce cadavre sans ^Pulture. Il apprit alors que, dans ce pays, ft We personne qui mourait sans payer ses det- Ics ûait condamnée à être la proie des anima Uï. Le bon jeune homme paya les dettes du n,a !htureux et le fit ensevelir. Il regagna ensuite son vaisseau et revint dans son pays. ' (&bienl "lui demanda le pure, » as-tu réussi? —fort bien», dit le fils, a mais je ne vousrap^rte.
pas tout l'argent qu'il faudrait; » et il raconta ce qu'il avait fait. Le marchand lui dit alors : n Mon fils, je vois que tu as fort bon cœur; mais ce n'est point ce qui fait réussir dans le commerce; néanmoins, pour cette- fuis-ci, je te pardonne ! » A quelq uc temps de là, le marchand fréta encore un vaisseau et envoya son fils Faire le commerce dans un autre pays. Après avoir vendu ses marchandises, celui-ci s'amusait à faire un tour dans (avilie, lorsqu'il aperçut un attroupement sur une place publique; et, s'approchant, il vit que des nègres avaient mis en vente une très belle jeune fille de race blanche. 11 eut pitié de cette malheureuse esclave et l'acheta. Arrivé chez son père, il raconta ce qui :tte fois son père ne lui -ehand chassa son fils ainsi que l'esclave. Les exilés se marièrent et vécurent comme des ouvriers, se livrant à toutes sortes de travaux pour gagner leur vie. Souvent le mari interrogeait sa femme sur son passé, sur ses parents; mais jamais il ne pat en tirer autre chose que ceci : « On m'a volée, on m'a vendue a ces nègres. » Quelques années après leur mariage, elle eut un petit garçon et le marchand, voyant la situation de son fils, en fut touche et leur vint en aide. Un jour il le fit venir et lui dit : n .l<* vais te mettre à l'épreuve une fois encore, en te confiant de rechel un
lui était advenu; ma:
pardonna pas. Le
navire. » Au moment du départ, sa femme lui dit : n Ne vas pas dans le pays que ton père te désigne, mais dans celui que je vais l'indiquer, n Elle ajouta : a Fais faire des portraits de nous trois et expose-les à l'avant du navire, de manière que tout le monde puisse les voir, o Après avoir ainsi contenté sa femme il partit, et, quelques mois après, il s'arrêta dans le pays qu'elle lui avait désigné. A peine venait-il de jeter l'ancre que le port fut encombré de gens qui venaient voir le navire et qui tous se mirent ii admirer ces beaux portraits. Le roi eut aussitôt connaissance du fait et manda le capitaine qui ne savait que penser de l'aventure, u Ne craignez rien, » dit le messager, « le roi désire seulement vous demander un renseignement. « Arrivé au palais, le roi lui dit : « Que représentent les tableaux qui sont à la proue de votre vaisseau? — Mais c'est ma femme, mon fils, et moi. — Et de quel pays est voire épouse? — Site, i dit-il, « je l'ignore; » et il raconta l'histoire de celle qu'il avait sauvée. « Sachez, dit le roi, que vous avez épousé ma fille! « et la dessus, il lui montra un portrait que le mari reconnut tout de suite, n Parlez vite, » ajouta Le roi, i' et ramenez ma fille, ainsi que mon petit-fils qui sera mon héritier, n
A la sins qui
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l'époux de la princesse et qui résolut de se n heureux rival. Il demanda i d'aller à la rencontre des voyageurs. Le vaisseau qui portait sa parente ayant été signalé, il se hâta et y monta avec force démonstrations de joie. Comme il se promenait sur le pont en compagnie de son cousin, un vent violent s'éleva. « Descendons », dit le fils du marchand ; au même instant son compagnon le précipita dans la nier, après quoi il alla rejoindre la princesse. « Appelez donc mon mari, » dit celle-ci, a une horrible tempête s'élève, o Le cousin monta sur le pont; mais il revint bientôt pour lui dire qu'une vague avait emporté son mari. A l'arrivée du navire, la famille royale prit le deuil. Le temps s'écoula; enfin l'ancien prétendant demanda la main de la veuve; celle-ci refusa. Elle ne céda qu'aux sollicitations réitérées de son père, que le cousin avait gagné à sa cause. Aussitôt on commença à préparer les fêtes du mariage. Le lils du marchand avait été jeté par les vagues sur un rocher. Un jour qu'il était occupé à ramasser des coquillages pour sa nourriture, il vit venir un petit bateau qui contenait un homme d'une maigreur et d'une pâleur extraordinaires. Cet homme lui dit : « Le temps presse, dépêchons-nous. On va bientôt marier votre femme à son cousin ; mais vous arriverez à temps pour
['empêcher. » Pendant Je voyage le fils du marchand dit : o Brave homme, demandez-moi la recompense que vous voudrez, je vous l'accorderai. — Je reliens cette parole », dît l'autre. Comme ils arrivaient prés du rivage le naufragé dit:» On ne me laissera pas entrer au palais; je suis en trop mauvais état; que faut-il faire? — Soyez sans inquiétude, tout vous réussira.
Vous vous présenterez au palais avec un fagot sur les épaules et, en vous voyant si pauvre, on vous conduira au roi. i> Le débarquement accompli, l'étranger disparut, Les gardes voyant ce malheureux dirent : « 11 ressemble au cendre du roi. » On l'amena devant sa Majesté qui le reconnut à l'instant et qui lui defait échappe à la mort, ait passé, il ordonna de
îagntfiques. Un jour que
manda
Apprenant ce qui s'é
taire- périr le cousin ;
11 y eut des fêtes loute la famille royal heurter à la porte. On < i(ui avait sauvé le gendi damer ma récompense.
bien, je veux mourir que di t"ute autre e!
Kcordée. — i parole, et c'es
uvfit. C'é ;du r
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demnoderais. Eh e fils! — Mon fils, plutôt séparer de lui! Demandez et elle vous sera
fane que je
Il6 CONTES LIGURES
pendant, faisons une chose : coupons-le en deux et gardons-en chacun la moitié. — Non pas, dit le père, prenez-le plutôt tout entier, je vous le livre. » L'étranger prit l'enfant par la main, fit quelques pas vers la porte, puis revenant vers le père : « Tenez, » dit-il, « je ne veux pas de votre enfant. Je ne voulais que vous éprouver. Je suis celui que vous avez fait ensevelir. Vous m'avez sauvé du déshonneur; en retour, j'ai voulu vous rendre à votre famille. Adieu, sachez qu'un bienfait n'est jamais perdu ! » Et il disparut aux yeux de ceux qui dorénavant furent heureux, tant qu'ils vécurent.
Conté par Maria Aprosio dite La Bastiera,
Comparer: 41. — Cosquin, I, p. 209, 214. — Sébillot, III, 16. — Luzel, I, p. 405. — Bladé, C. G. II, p. 67. — Webster, p. 146, i5i. — Grimm, II, p. 480.