‹ Contes ligures, traditions de la Rivière (volume 2)Chapitre 35 sur 77 · LE ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE ROI D'ANGLETERRE

Variante I.

Il y avait un roi qui, s'ennuyant dans son palais, partit pour la chasse. Vers le soir, un orage éclata et la foudre, tombant sur un arbre, effraya le cheval qui s'emporta et sépara le roi de sa suite. La nuit étant venue, il s'égara dans la forêt. Attachant alors son cheval à un arbre il monta sur la cime. Il vit, pour s'orienter, une lumière au loin vers laquelle il se dirigea aussitôt, et, arrivé à une cabane isolée, il frappa : « Entrez, » cria une voix à l'intérieur. Le roi poussa la porte qui n'était pas fermée et entra. C'était une petite pièce qui servait de cuisine et de chambre à coucher. Il y avait dans l'âtre un grand feu de branches sèches et sur une chaise une femme était assise : « Bonsoir, bonne femme, » dit le roi, « je me suis égaré; voulez-vous

m'abritt

:r pour une

nuit? Vous

ne vous en re-

pentirezpas.

— Soye

z le bienvem

1, " répondit la

femme,

s je n'a

que du paii

. à vous offrir.

J'avais

un ce

uf frais

, je l'ai mangé. — Bonne

femme,

je su

is le «

i; puisque \

uus aviez des

œufs vi

i poule san

s doute, faites

m'en le sacrifice, je vous revaudrai cela, u La femme s'empressa d'obéir. Soudain on entendit un grand coup frappé à la porte. Tous deux s'elançant au dehors virent un enfant qui venait d'être déposé sur le seuil : « Prenez-le, la

quand il sera devenu homme vous me l'enverrez. » Deux jours après, le baptême ayant eu lieu, le roi quitta son hôtesse et son filleul, en leur laissant une forte somme d'argent.

Vingt ans après, un homme à cheval s'arrêtait devant la cabane et y entrait : « Je viens, » dît-il, o de la part du roi vous réclamer son filleul. » La vieille femme, chagrinée, ne répondit pas, mais apporta des rafraîchissements au cavalier. En ce moment, un beau jeune homme entra, une cognée sur l'épaula. A la vue de l'étranger il demanda qui c'était : « Je viens, » dit celui-ci, « vous ordonner de vous rendre chez ie roi, votre parrain. « Là dessus, il raconta au jeune homme ce qu'on savait sur son origine. « Eies-vous chargé de m'escorterf — Non, je viens seule-

n'Oi apporter l'argent nécessaire pour mettre îlre marraine à l'abri du besoin. » Une heure ■près, l'étranger quittait la cabane. Ayant acheté un beau cheval et un magnifique habillement, le jeune homme prît congé île sa marraine et se mit en route. En traversant la forêt il rencontra un cavalier équipé d'une façon ridicule, monté sur une vieille rosse et portant un ajustement misérable. Sa laideur était extrême, et la méchanceté se lisait sur son visage. « Où aliezvi>Lis. t dcmanda-t-il au jeune homme. « Je vais à la cour; je suis le filleul du roi; voudriezvous m'indiqucr le chemin? — Volontiers; faisons halte quelques minutas, o Pendant qu'ils se reposaient, le sorcier (car c'en était un) jeta un sort au jeune homme et le priva d'intelligence. Il lui représenta ensuite que livré à luimême, il courrait sur sa route les plus grands dangers, et que le meilleur pani à prendre- était de changer de vêtements avec lui; et de passer pour son domestique : o Je ne vous demande pnur toute récompense que de vous souvenir de moi lorsque vous serez près du roi. ■> Le filleul crut à ces paroles et tous deux, après avoir tchangé leurs vêtements, se dirigèrent vers la ville. A mi-chemin, le filleul du roi voulut reprendre sa place ; mais le sorcier lui dit : o Tu viendras à la cour comme mon domestique, je le défends de révéler qui tu es et qui je suis.

Si cela t'arrive, je te lue. a Le jeune homme effrayé promit tout. Arrivés à la cour, le prétendu filleul se fit introduire. Le roi eut peine à croire que son filleul fut devenu si laid et lui demanda s'il avait voyagé seul. * J'ai pris un domestique en route, o Le roi voulut le voir et le sorcier fut obligé de le présenter. Tout ïe monde trouvait le serviteur plus beau que le maître et ce dernier, pour éviter tout danger, résolut de s'en défaire. Il déclara un jour que son domestique voulait aller chercher la fée Sibiane. Tous dirent qu'il était fou et qu'il fallait empêcher ce jeune homme d'entreprendre cette conquête que des milliers de seigneurs avaient en vain essayé de faire. Mais le sorcier s'arrangea si bien que, quelques jours après, le jeune homme partait seul, à pied. Sur son chemin, ce dernier rencontra un vieillard assis sur une pierre, c'était un bon sorcier. « Où allez-vous jeune homme? u demanda-t-il. — Ala conquête de la fée Sibiane. — Ah, pauvre enfant! tant de princes et de rois y ont péri ! . Le filleul du roi lui (raconta ses aventures. Alors le sorcier lui dit: n Retournez, demandez au roi qu'il vous donne trois barques, l'une chargée de grains et de blé, l'autre de pain et la troisième de bn-ofs. Voici une bougie dont vous vous servirez à l'occasion, u Le jeune homme suivit ce conseil et, lorsqu'il eut ce qui lui était nécessaire, il se

Q. PEQUEI.ETOU

y a des voleurs ! — Attendons, » dirent n et nous verrons, u Bientôt après le ePequeletou arriva et ils lui demandèit leur surveillant. Le père leur répondit en montrant le trou du mur où était son fils, t Cédez-le nous pour quelques jours et vous deviendrez riche. » Peu,ueletou fut obligé départir avec eux. Chemin faisant ils lui dirent : " Nous allons voler une vache dans retable que 'n vois là; et, comme tu es tout petit, c'est toi tai fora l'affaire. « Arrivés à rétable Pequelelou entra par ie trou de la serrure et de là, cria : " !l y a des bœufs et des vaches, que faut-il prendre? » Comme toujours il répétait ces mots I* maître de la maison entendit et s'écria :

*Au\ voleurs! Aux voleurs! » Les trois hom- "%$ s'enfuirent laissant Pequeletou à la merci "* propriétaire. Ce dernier ne vit personne mais la voiï disait toujours : « Que faut-il que je prenne, un bœur ou une vache 1 » Comme la voix M*tût de la serrure le maitre avança sa lumière p>Ur y regarder : a Vous alJez me brûler, dit la

Alors Pequeletou sortit de sa cachette et alla M réfugier dans la mangeoire des vaches et Tune ■lits, le prenant pour une fève, l'avala. Penai H ce temps le propriétaire entra, fit le tour ' l'établc et ne trouva personne. Cependant °e voix criait toujours : « Que faut-il f-venàtc,

immense demi le parquet était dor do cristal. Cinquante nains se pre'se ie servir. Quelques heures après, un nain vint lui dire que la fée l'attendait et il fut introduit en sa présence. Elit était assise sur un trône de cristal et d'or, a Qu'êtes-vous venu faire kir ■> dcmanda-t-el!e. — Vous forcer à me suivre, • dit-il. — Bien d'autres avant vous,» répondit la fée, ii sont morts à la peine, et c'étaient des rois et des princes ayant force et puissance. — Moi je n'ai que ma volonté! —Eh bien! » dit-elle, g vous essayerez demain. » Le soir, vers dix heures, deux nains conduisirent le jeune homme dans un vaste souterrain au milieu duquel s'élevait un immense tas de blé, de pois et de lentilles : o 11 faut que vous fassiez de chaque espèce de grains un tas différent; vous avez la nuit pour le faire; demain, dès l'aube, la Fée Sibiane viendra vérifier votre travail. » Ils paraissant qu'une seule bougie, commença sa tâche, la bougie le sommeil le prenait : t Ali ! I s'écria-t-il, n si j'avais là les fourmis que j'ai secourues jadis, u A peine ces mots étaient-ils prononcés que les Fourmis apparurent : <t Va te reposer, nous ferons ton ouvrage, u Le lendemain, lorsque la fée descendit dans le souterrain, les trois tas étaient faits. « C'est très bien, o dit-elle, « mais ce n'est pas tout. Vous voyez

tirent en ne Le filleul du se consumait

; montagne qui me cache le soleil ? Demain ' le soleil dans ma chambre; ! la montagne. >• Un nain lui remit une pioche en bois et le conduisit sur la montagne. Au premier coup qu'il donna, la pioche se cassa : a Ilélas! si j'avais les soldats que j'ai rassassiés quand ils avaient faim, comme ils auraient vite fait d'abattre la montagne. » A ces paroles les soldats apparurent et leur chef lui dît : o Je vous avais bien promis de vous aider dans le besoin I Vous nous avez appelés, nous voici ! » Le lendemain la fée, en s'éveïllant, vit pour la première fois le soleil dans -sa chambre, n II n'a pas pu faire cela tout seul, » pensa-telle, « quelque puissance le protège ; néanmoins ilmeplait. « Lorsque le jeune homme apparut devant elle, elle lui dit : n Je ne suis pas encore vaincue ; l'épreuve qui vous reste à subir est bien plus difficile. Il s'agit de remplir cette petite Rôle avec du l'eau de longue vie prise au jardin dans un puits presque tari. Une colomhe partira dès ce soir à six heures pour l'aire le même travail ; vous ne partirez que demain à ttpl heures; néanmoins il vous faudra m'apporler la fiole avant que la colombe ne revienne, o A l'heure fixée, il se rendit auprès du puits avec la fiole. Il vit la colombe qui allait repartir ayant terminée sa besogne. « Je suis perdu, u B'écria-t-ilj u ah! si un de mes amis les corbeaux.

était ici ! » Aussitôt un corbeau arriva qui arracha la fiole au bec de la colombe et la posa à terre. « Ne me remercie pas », dit-il au filleul du roi, « un bienfait n'est jamais perdu, u Le jeune homme se hâta de regagner le palais et d'aller déposer la fiole dans la chambre de la fée.

Celle-ci lui dit : i Vos épreuves sont terminées ; je suis à vous, vous pouvez m'emmener. » A la cour, les uns disaient : n II ne reviendra plus, « d'autres, « il est mort I a Un jour, on entendit un grand bruit de grelots et le galop de nombreux chevaux. C'était la fée Sibiane qui arrivait. Elle montait un magnifique cheval blanc, et elle avait son vainqueur à ses côtés. Une troupe de nains munis d'instruments de musique la précédait et une autre la suivait. Le sorcier crut mourir de rage en revoyant son serviteur. Il comprit que le jeune homme allait tout dévoiler au roi. Aussi résolut-il de s'en débarrasser à tout prix et il paya deux hommes pour l'assassiner. Le roi donna le lendemain une grande fête en l'honneur de la fée. On fit asseoir le conquérant à côté d'elle. Pendant le repas quelqu'un vint dire au jeune homme qu'on l'appelait au dehors pour une ali'aire pressante, o Ceux qui vous demandent sont assez loin d'ici! « Et on le conduisit dans un bois. Un coup de sifflet retentit, quatre hommes se jetèrent sur le filleul du roi, l'un d'eux lui donna

2j. le roi d'angleterre 125

un coup de couteau qui retendit roide mort. Ils Penterrèrent au pied d'un arbre. Cependant à la table royale on s'inquiétait de cette absence. Au moment même, où, dans la forêt, l'assassin donnait le coup de couteau, la fée s'évanouit. Quand elle eut repris connaissance : «Vite! » s'écria-t-elle, « courons à la forêt ! » En disant ces mots elle regarda le sorcier qui était extrêmement pâle. Elle alla droit à l'endroit où k jeune homme était enterré. Quatre de ses nains s'avancèrent et creusèrent la terre fraicheme nt remuée. Au bout de quelques minutes ils retirèrent du trou le corps du jeune homme.

La fée, prenant la fiole d'eau de longue vie, en pnt quelques gouttes avec lesquelles elle frictionna le mort, si bien qu'il se leva. « Roi, » dit la ee > « voilà le meurtrier! » Et elle indiqua le sor- Ier - Le roi le fit saisir et mettre immédiateme nt à mort. Le lendemain on célébra en grande Poitvpg le mariage du filleul du roi et de la fée. s e varent beaucoup d'enfants et furent heureux; ma *s comme la fée avait épousé un mortel, elle u * mourir comme lui.

Conté par Angéline Moretti.

emparer : 2.

ont»*

.-vvvvvv^-'

Page 1