Î0 CONTES LIGURES
un cheval et de l'argent et on le laissa aller à sa guise. Il marcha tant qu'il arriva en Espagne où il se mit au service du roi qui le voyant si bien élevé et si courageux, l'aimait beaucoup. Le roi d'Espagne avait une fille qui s'appelait Chiara-Stella et qui s'éprit de Fiorindo; quant à Fiorindo, cela va sans dire. Ce même roi avait aussi un frère qui était roi de Portugal et qui, devant donner une grande fête de trois jours, écrivît au roi d'Espagne de lui envoyer sa fille. Celle-ci ne voulait pas y aller, ne voulant point laisser Fiorindo; mais enfin elle finit par consentir après avoir dit à Fiorindo : n Aie courage, après les trois jours je retournerai. » Quand elle fut partie, Fiorindo tomba dans la tristesse et se mit de nouveau en tète d'aller trouver son père et sa mère. Le voyant si mélancolique le roi lui demanda ce qu'il
le roi faisant appeler son serviteur lai dit : n Fidèle, tu dois me dire la vérité pure, car, si tu ne me la dis pas, je te fais couper la tête. ' — Majesté, » répondit le domestiqua <• commandez. — Te rappelles-tu l'enfant de ce paysan qui regardait les étoiles? Qu'en as-tu fait? l'as-tu mis à mort? — Je n'en ai pas eu le courage, j'ai laissé aux bêtes féroces le soin de le dévorer, n Le roi lui répondit : « Çà suffit. » Puis il appella Fiorindo et lui dit : « Puisque
aSi
tu veux aller à la recherche de ton père et de la mère, va; mais auparavant rends-moi un service : porte cette lettre au roi de Portugal, mon frère, et ne la remets qu'en ses mains, a Fiorindo partit tout heureux se disant qu'au moins il verrait Chiara-Siella. Dans la lettre il n'y avait que ces quelques mots : « Cher frère, je te prie de faire pendre celui-là même qui te remettra celte lettre, u A peine arrive dans la cour du palais, Fiorindo aperçut Chiara-Stella qui lui demanda comment il se faisait qu'il était là. A cela Fiorindo répondit : « Votre père m'a donné une lettre pour votre oncle. » Alors Chiara-Stella voulut la voir, Fiorindo ne voulait point la donner, parce qu'il avait promis de la remettre lui-même; sur cela Chiara- Stella la lui arracha des mains et se mit à la lire. Elle la déchira et en écrivit une autre dans laquelle elle mit : « Cher frère, pendant que tu es en fête, je te prie de faire épouser ma fille à celui qui te remettra cette lettre. <• Fiorindo remit cette lettre au roi (jui fit appeler sa nièce pour lui dire : » Voici un mari que le roi ton père T'envoie; es-tu contente? » Elle répondit : « Ce que fait mon père est toujours bien fait. » Et le roi les fit marier ei les époux étaient heureux, car tout avait marché selon leurs désirs. Mais alors le roi d'Espagne se mit en colère et vint dire à son frère : o Tu as donné ma lille au fils
d'un paysan, je t'avais écrit de le faire pendre. » Alors le roi du Portugal lui montra sa lettre où il lui disait de le marier à sa fille. Après quoi le roi d'Espagne raconta à son frère comment il avait fait la rencontre du paysan qui regardait les étoiles, et qui lui avait dit, en lui confiant son lils, que ce que Dieu promettait arrivait quand jrs le frère lui répondit : c Au destin de Dieu tous sont soumis. » Et le roi appelant Chiara-Stella lui demanda : « 06 est Fiorindo? o Elle dit à son père : « Si vous me promettez de lui pardonner je l'envoie chercher. » Et le roi mit la couronne sur la tête de Fiorindo e disant : <• Ah, ton père était un grand coquin qui a su bien lire dans les étoiles! u
Conté par M" Catarina Grande de Gênes.
Comparer : Grimm, - Hahn, ao.
imbriani, N. F. î+
ixrotrooc krootTt