DIT SANS-PEUR
régnait une fois un belle qu'un sorcier s
.■ah une fille si s'en éprit. Par une nuit bien noire, ce dernier pénétra dans le palais, par une fenêtre, s'empara de la fille du roi et s'enfuit. Le lendemain matin le roi, ne voyant pas sa fille venir, comme d'habitude, lui souhaiter le bonjour, la fit appeler par une suivante. La domestique vint frapper à la porte de la chambre de la fille du roi ; puis, n'entendant personne lui répondre, elle appela d'autres domestiques qui jetèrent la porte à terre. La chambre fut trouvée vide et aussitôt le roi averti fit partir des soldats à la recherche de sa fille. Les soldats cherchèrent partout dans la cité et dans la campagne, et ne purent la trouver. Le roi fit puhlier que celui qui entreprendrait de lui ramener sa fille, la recevrait en mariage s'il réus-
sissait et aurait la tête tranchée en cas d'insuccès. Cependant personne ne se hasardait k tenter cette entreprise ei les jours se passaient sans que la colère du roi fût apaisée. A la fin, un soldat, nommé Moustaches de Cuivre, soldat courageux et depuis longtemps au service du roi, se présenta et dit au roi : « Majesté, si votre seigneurie me donne le pouvoir de faire ce que je veux, et de l'argent autant qu'il m'en faut, je lui promets de lui ramener sa fille. » En effet, le roi lui accorda ce qu'il voulut, mais lui dit : n Tu sais ce qui t'attend, si tu ne me ramènes pas ma fille je te fais couper la tStel » Moustaches de Cuivre partit emmenant avec lui deux de ses camarades qui s'appelaient l'un, CoHir de fer; l'autre, Divise-os. lis marchèrent, et marchèrent; avec la nuit ils se trouvèrent dans un bois où ils rencontrèrent une vieille à qui ils dirent r « Brave femme, ne saurais-tu nous indiquer l'endroit où nous pourrions rencontrer le sorcier? — Pauvres gens, u répondit la vieille I « Cependant, allez au fond de la forêt. Vous y trouverez un château où, dit-on, beaucoup sont allés et aucun n'est sorti, parce que le sorcier les a mangés I « Ils se remirent en marche; mais la nuit était devenue si noire qu'ils ne purent se voir l'un l'autre et qu'ils perdirent leur chemin. Alors Moustaches de Cuivre monta sur un arbre pour voir s'il ne pourrait
pas découvrir un endroit habité : il aperçut une lumière, mais loin bien loin. Pour ne pas se tromper sur la direction à suivre, il jeta son chapeau du côté de la lumière, il descendit de l'arbre, retrouva le chapeau et avec ses compagnons, se dirigea vers la lumière lointaine. Ils marchèrent trois ou quatre heures, et enfin ils parvinrent à la porte d'un heau palais rempli de lumières. Ils frappèrent à la porte, ils appelèrent, personne ne répondit. Alors ils entrèrent dans le palais où ils trouvèrent une table bien servie, du feu dans la cheminée et des lits tout prêts à les recevoir, enfin tout ce qui leur fallait. Ne voyant personne, Moustaches de Cuivre, sans faire plus de compliments, s'assit à table et se mit à manger à quatre mâchoires. Ses compagnons, légèrement effrayes cependant, se mirent à en faire autant. Après avoir bien mangé et bien bu, ils se couchèrent et s'endormirent. Le lendemain matin nos trois compagnons sautèrent du lit et visitèrent la maison. Le vin dans la cave ne manquait pas, la chasse pouvait leur fournir le reste. En effet, Moustaches de Cuivre et Cœur de fer sortirent et se mirent en chasse, Divise-os resta à la maison. Il alluma le feu. En ce moment, une vieille femme sa présenta et lui demanda l'aumône. Pendant qu'il se retournait pour prendre un morceau de pain, la vieille tira une baguette de fer de dessous son
tablier et se mit à le battre si fort qu'elle le laissa à moitié mort et s'enfuit. Lorsque les deux autres compagnons arrivèrent et le trouvèrent au lit, Dîvise-os, qui n'osait point avouer qu'il avait été roué de coups par une vieille femme, leur dit que l'air du château ne lui convenait pas et qu'il ne voulait pas rester seul. Cœur de fer lui repondit alors que le lendemain il resterait à sa place, pendant que lui, Divise-os, irait à la chasse avec Moustaches de Cuivre I Cœur de fer resta donc et la vieille vînt lui demander la charité, puis le battre comme elle avait battu son sompagnon. 11 comprit pourquoi l'air du château dc : plaisait à Divise-os et se dit : « Demain, Moustaches de
qui fait le bravache, se tirera d'affaire. — Tiens, à toi aussi l'air du château est défavorable, » dirent les chasseurs en arrivant ! « Demain je resterai, » dit Moustaches de Cuivre* « pour garder le château, n Le lendemain ee»
qui avaient attrapé les coups partirent et l'autre resta. En marchant les deux camarades se disaient : n En ce moment Moustaches de Cuivre reçoit sa part, nous verrons bien si l'air du château lui est défavorable également. » Vers dix heures la vieille vint demander l'aumône i Moustaches de Cuivre, n Comment veux-tu que je te donne quelque chose, i> dit le soldat, « je
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n'ai rien préparé. — Alors, » dit la vieilli;, n laisse-moi me chauffer. — Le feu n'est pas encore allumé, veux-tu m'aider à préparer le bois? » La vieille accepta et pendant qu'elle sa baissait, Moustaches de Cuivre, d'un coup de hacha, lui coupa lus dix doigts. La vieille se mît à hurler et s' enfuit, l'autre courut derrièn mais la vieille arrivée dans le jardin, releva ui meule de moulin et disparut. Moustaches de Cuivre, heureux do connaître la cachette de !a vieille, retourna au château et attendit ses camarades. Ces derniers arrivèrent et furent surpris de l'entendre chanter. Ils lui demandèrent comment il se portait. « La vieille est venue, » leur répondit .Moustaches de Cuivre, » et je lui ai coupé les doigts ; demain vous viendrez avec moi, nous irons lui rendre sa visite chez elle, vous avez été des poltrons? » En effet, le lendemain, ils se munirent d'armes et allèrent soulever la pierre de moulin. Ils virent un puits profond plus qu'on ne peut dire. Ils prirent une longue corde et jouèrent à la mourre qui devait descendre le premier. Divise-os fut désigné.
On lui lia la corde autour des reins et on donna une cloche ; o de cette façon, » lui dit- « quand tu ne pourras plus descendre, tu :
neras et nous te remonterons. » Il rent à le descendre; au bout d'un instant i tendit la cloche et Divise-os fut remonté
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bien, a dit-il, « si vous voyiez comme il est profond vous n'auriez pas le courage de descendre \ — Tu es un peureux », lui dit Cœur de fer, « je vais descendre, moi !» On le descendit, mais bientôt la cloche sonna et iî fut remonté, i C'est mon tour maintenant, » dit Moustaches de Cuivre, n vous êtes sans courage. Au moins tenez bien la corde. ■ 11 descendit, descendît toujours; enfin il finit par voir une lueur : t Parbleu, » dit-il, « ceci est un puits do genre nouveau, un puits sans fond 1 » Ses pieds touchèrent à terre, il regarda autour de lui : il se trouva dans un jardin au fond duquel il y avait une maison. A la fenêtre de cette maison il aperçut la fille du roi qui brodait. « Nous y voilà, » se dit-il, <• mais voyons d'abord si le sorcier est à la maison ou non. » Cependant comme la fille du roi lui faisait signe, il s'avança et entra dans la maison : Alors la fille du roi l'embrassa et lui demanda comment son père se portait, car depuis longtemps elle ne l'avait plus vu et comment il se faisait qu'il était venu la trouver. Alors Moustaches de Cuivre lui raconta tout et lui dit qu'il dtait venu pour la sauver et l'emmener avec lui. « Ah, malheureux ! ne sais-tu pas que le sorcier te mange s'il te voit, et que il seot ii l'odeur situ es dans la maison? Fuis et laissemoi seule ; voici, je te donne ce mouchoir brodé en souvenir. — Il ne sera jamais dit », répondit