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LE naïf

une chose aussi étrange, se mit à rire bien fort et dit : « Voilà, au lieu de tirer la charrette, il se fait tirer! » Le naïf lève les yeux et lui répondit : « Qu’il vous naisse un fils avec une pomme d’or dans la main », et continua son chemin. Il se passa un certain temps, puis la fille du roi tomba malade; mais personne ne sut dire ce qu’elle avait. Enfin, après avoir consulté vainement les médecins, elle mit au monde un beau garçon avec une pomme d’or dans la main. Le roi au désespoir demanda à sa fille qui en était le père; mais elle répondit toujours qu’elle n’en savait absolument rien. L’enfant étant devenu un peu plus grand, le roi fit appeler tous les seigneurs et les ministres de son royaume, leur faisant dire que ces jours-là le palais royal était ouvert à tous. Après les cérémonie d’usage, le roi leur présenta l’enfant qui courait de l’un à l’autre disant : « Tiens, papa ! » Il présentait la pomme d’or, mais ne la donnait à personne. Plusieurs jours s’étaient écoulés et tous les nobles s’étaient présentés lorsque le naïf, croyant le moment propice, dit à ses parents : « Maintenant j’y vais un peu, moi! — Oui, vas-y, » lui répondit sa mère ironiquement, « c’est bien toi qu’on attend. » Il se présenta au palais. On ne voulait point le laisser passer d’abord; enfin, quelqu’un le considérant comme un espèce de bouffon,

dit : « Eh bien, qu’il y aille aussi. » Il se présenta au roi et l’enfant lui passant devant, lui dit tout de suite : « Tiens, papa ! » et laissa la pomme d’or dans sa main. Le roi surpris d’entendre cela voulut tuer le naïf et sa fille aussi; puis, il ordonna de prendre un tonneau, d’y placer le naïf, sa fille et l’enfant, de bien fermer le tonneau et de le jeter à la mer. Pendant qu’ils étaient dans le tonneau, la fille du roi dit à son compagnon : « Par ta faute je me trouve ici! » Le naïf dit alors : « Je commande qu’il y ait ici un beau vaisseau fourni en tous points de ce qui est nécessaire et environné de gracieux canots. » Ils y montèrent, mais cette vie et cette mer commençaient à ennuyer la fille du roi qui se lamentait souvent. De manière que le naïf qui voulait la contenter, commanda que le vaisseau se transformât en un magnifique palais sur une des plus fertiles petites îles qui se trouvaient sur cette mer. Ils furent transportés aussitôt dans un palais qui dépassait en richesse et en beauté celui du roi. Près du portique du palais il y avait un magnifique pied de vigne avec des grappes d’or et d’argent qui étaient vraiment merveilleuses à voir. La fille du roi commençait à être heureuse, elle élevait son enfant et ne pensait plus à ses malheurs. Un beau matin le roi alla à la chasse avec toute sa cour. Se trouvant tous fatigués, après tant

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