‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 129 sur 151 · LE naïf · texte numérisé non relu

LE naïf

de chemin parcouru, et voyant à peu de dislance de la rive ce magnifique palais, ils décidèrent de s’y rendre pour le visiter et s’y reposer. Le naïf qui reconnut le roi immédiatement, le reçut comme il aurait reçu n’importe quel prince. Au moment où la compagnie se préparait à partir, le naïf fit mettre dans la poche du roi une grappe de raisin en or. Après les compliments et les cérémonies d’usage, le naïf fit semblant de s’apercevoir qu’il lui manquait cette grappe d’or et dit au roi : « Majesté, pardonnez-moi mon indiscrétion; mais soyez assez bon pour faire visiter vos courtisans pour savoir où est passée cette grappe, parce que je ne pourrai en trouver une pareille dans aucune partie du monde. » Le roi répondit : « Certes oui, n’oubliez point de visiter partout. » Le naïf ajouta : « Je vais donc commencer par votre majesté, » et il se mit à lui enlever le manteau et à lui tirer de la poche la grappe en or. Le roi resta tout confondu de ce qui venait de se passer et dit : « Excusez-moi; mais vraiment je ne sais rien de tout cela et je ne puis comprendre comment cette grappe peut se trouver dans ma poche ! » Alors le naïf lui présenta sa fille et lui dit : « Je sais que vous n’en savez rien comme vous ne saviez rien lorsque vous avez fait jeter votre fille innocente dans la mer; puis il lui raconta toute l’histoire. Alors

le roi lui fit ses excusés et, pour faire oublier le passé, ordonna une grande fête à laquelle fuient invités tous les princes qui avaient été à la cour voir l’enfant.

Conté par Catarina Lagomarsino de Sori.

Comparer : Sébillot, I, 20. — Basile, I, 3. — Visentiiii, 47. — Pedroso, 17. — Hahn, 8. — Ralston, 35.

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