‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 130 sur 151 · LE MÉCHANT FRÈRE · texte numérisé non relu

LE MÉCHANT FRÈRE

IL y avait une fois deux frères qui avaient hérité de quinze sous chacun. Ils décidèrent d’aller chercher fortune. En chemin celui des deux qui était un peu plus naïf que l’autre disait à son frère : « Tu sais que dans ce monde qui fait bien a bien! » Et le plus éveillé répondait : « Non, qui fait bien a mal! » En répétant toujours la même chose, ils firent un bon bout de chemin; enfin voyant que l’affaire était difficile à décider, ils se mirent d’accord pour s’en rapporter au premier passant, faisant le pari des quinze sous qu’ils possédaient. Ayant marché pendant quelques minutes encore, ils rencontrèrent un individu habillé de vert — ■ c’était le diable. Le plus naïf des deux alla à sa rencontre et lui dit : « N’est-il pas vrai que

celui qui fait bien a bien? — Non, » répond celui-là, « car celui qui fait bien a mal. » L’éveillé dit alors à son frère : « Tu vois bien que tu as perdu, donne-moi tes quinze sous. » L’autre les lui donna; mais pendant qu’il s’exécutait : « Voilà, » dit-il, « mais je ne suis pas persuadé; si j’avais autre chose, je le parierais. Mes yeux même je les parierais! » Son frère, le prenant sur parole, lui dit aussitôt : « Bien, je tiens le pari, le premier que nous rencontrerons décidera. » Peu après ils rencontrèrent un individu habillé de rouge ; le naïf lui dit : « N’est-il pas vrai que celui qui fait bien a bien! » L’autre, c’était encore le diable, réponds : « Non, qui fait bien a mal ! » Alors le frère lui dit : « Tu as encore perdu, viens que je t’arrache les yeux. » Quand il les lui eut arrachés, plein de peur, il voulut fuir, mais l’aveugle lui courut derrière criant : « Maintenant que tu m’as arraché les yeux, porte-moi au moins dans un endroit où je ne puisse être à charge à personne pas même aux bêtes. » Alors le frère le conduisit dans une grande forêt et le plaça contre un arbre; puis, lui dit : « Arrange-toi! » L’aveugle se dit : « Que vais-je faire ici? » et puis petit à petit se décida à monter sur l’arbre où il trouva un petit coin commode et attendit. A minuit un grand nombre de sorcières vinrent sous l’arbre, l’une d’elles ayant un enfant au

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