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LES TROIS ORANGES

qu’il était; la sorcière le vit et le poursuivit encore. Le prince alors se transforma en un beau palais, la sorcière entra au palais, chercha le prince et ne le retrouva pas. Elle repartit et commença à croire qu’elle avait la berlue quand, s’étant retournée de nouveau, elle revit le prince au loin devant elle. Plus furieuse que jamais, elle se remit encore-à la poursuite, mais le prince commanda qu’une immense rivière se formât entre eux et la sorcière ne put passer. Le prince poursuivit sa route ; puis tranquille et heureux, il s’assit pour ’se reposer au milieu d’une belle prairie toute couverte de fleurs. Il se met à admirer les trois belles oranges et se dit : « Voyons ce qu’il y a dedans. » Il en ouvrit une : il en vit sortir une belle jeune fille aux cheveux d’or et aux yeux célestes, plus belle que tout ce qu’il avait vu jusque là. Il ouvrit la seconde et une seconde jeune fille plus belle encore que la première et vêtue comme une reine se trouva devant lui. Il ouvrit la troisième : cette fois il vit sortir une belle fille qui paraissait être un ange des plus beaux, avec les cheveux noirs, la peau blanche, les yeux qui brillaient comme deux étoiles. Alors il ouvrit le livre et il dit : « Je commande que les deux premières disparaissent et que la troisième devienne ma femme. » Et celles-là disparurent et celle-ci devint sa femme, qui se mit aussitôt à

cueillir des fleurs pour lui en faire un bouquet , si gracieux qu’il n’en avait jamais vu de pareil. Puis, il la plaça sur son cheval et tous les deux s’en furent à la maison, chez les parents du prince qui les attendaient avec impatience et anxiété. Il leur raconta toutes ses aventures, puis il ordonna de grandes fêtes pour festoyer leur heureux retour.

Conté par Attilio Vicenti de Gênes.

Comparer : 5o, 5i, 6i.

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Variante III.

NE fois le fils du roi jouant à la balle la fit

LJ tomber sur le pot d’une vieille qui vendait du lait et le mit en pièces. Cette vieille, devenue furieuse, lui dit : « Puisses-tu tomber en consomption jusqu’à ce que tu trouves les trois oranges qui sautent, dansent et parlent! » Le fils du roi continua à jouer sans faire aucune attention aux paroles de la vieille; mais trois ou quatre semaines après il était devenu si pâle et si maigre qu’il ressemblait à un de ces Christs en cire. Le roi et la reine étaient dans l’anxiété et ne savaient que dire. Enfin, un jour son père l’appela et lui demanda ce qui le faisait devenir si maigre; qu’il fallait, s’il se sentait malade, le dire pour savoir si on devait appeler les médecins pour le soigner et le gué-

rir. Le. fils lui répondit qu’il ne se sentait point malade ; mais qu’il pouvait attribuer sa situation au souhait de la vieille. Le père fit appeler les médecins qui ne comprirent rien à ce qu’il avait et à eux tous ne surent rien trouver d’utile. En attendant le hls du roi n’était plus que de la peau sur des os. A la fin, un jour, il se décida à se mettre à la recherche des trois oranges; il se fournit d’argent, d’un bon cheval et il partit après avoir pris congé de ses parents disant que de toutes manières il voulait aller chercher les trois oranges. Il marcha et marcha, suivant la première route venue; enfin, il arriva dans un pays où on ne rencontrait, de temps en temps, que quelque vieille femme. Il s’approcha d’une petite vieille qui vendait des noisettes rôties et lui demanda si elle savait où se trouvent les trois oranges qui sautent, dansent et parlent d’elles-mêmes. La vieille lui répondit : « Allez plus loin, vous trouverez une vieille qui vend des noix; demandez-le lui et elle saura vous le dire. » Le fils du roi se mit de nouveau en route jusqu’à ce qu’il trouvât une autre vieille qui vendait des noix. Il lui dit qu’il avait trouvé une vieille vendant des noisettes rôties qui l’avait 'envoyé chez elle pour savoir où il pourrait trouver les trois oranges qui sautent, dansent et parlent d’elles-mêmes. « Malheureux, » lui répondit cette vieille, « ne sais-tu point

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qu’elles se trouvent sous le coussin du sorcier et qu’il faut marcher encore trois jours et trois nuits et se pourvoir d’une quantité de mil et d’alpiste parce que, avant d’entrer dans le jardin du sorcier, on rencontre un grand nombre d’oiseaux qui viennent becqueter la face de ceux qui oublient de s’en pourvoir? Qu’il faut aussi se pourvoir d’os et de viande pour les chiens, et de poissons pour les innombrables chats qui s’y trouvent pour vous dévorer, et, alors, ils vous laisseront passer? Qu’il est nécessaire aussi de faire provision de suif pour arrêter le portail du jardin qui est toujours en mouvement, et qu’il faut, ensuite, entrer sur la pointe du pied pour ne pas être entendu du sorcier qui dort les yeux ouverts et veille les yeux fermés? » Le fils du roi remercia la vieille, lui donna une pièce d’or et fit toutes les provisions nécessaires; puis, il se dirigea vers le château du sorcier. A peine arrivé, il vit venir vers lui une troupe d’oiseaux qui se préparaient à lui becqueter la figure; mais il leur jeta le mil et l’alpiste, et les oiseaux se mettent à picorer. Il s’avança et une troupe de chiens furieux se jetant sur lui, il leur abandonna les os; les chiens se turent et il put entrer plus avant. Après, les chats l’empêchèrent de passer, il s’en débarrassa en leur jetant les poissons. Il fit une vingtaine de pas et il trouva le portail

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qui était en mouvement, il l’oignit avec le suif, le portail s’arrêta et il put passer. Il entra alors dans le palais, sur la pointe des pieds, et il s’aperçut que le sorcier dormait puisqu’il avait les yeux ouverts; il arriva auprès du lit et il s’empara des trois oranges qui étaient sous le coussin; il s’enfuit du palais, monta à cheval et disparut. Quand il fut à mi-chemin, il eut tellement soif qu’il ne sut point résister à l’envie de boire. Il descendit de cheval et chercha de tous côtés un puits, il n’en trouva pas même la trace. Il remonta à cheval; mais la soif fut plus forte, il chercha encore; enfin, il se dit qu’il pouvait calmer cette soif ardente, au moins momentanément, en ouvrant une des oranges. En effet, il en saisit une et l’ouvrit : Une belle demoiselle en sortit et lui dit : « Y a-t-il de quoi boire. Y a-t-il de quoi manger? » Le fils du roi lui répondit non, et la belle demoiselle disparut, le laissant seul. Imaginez-vous s’il fut légèrement surpris. Il poursuivit sa route sans avoir pu étancher sa soif, pensant à l’aventure. Il se décida, ensuite, à ouvrir la seconde orange, car il ne voyait nulle part l’eau qu’il cherchait. Il ouvrit la seconde orange, pensant qu’il n’y aurait pas une seconde demoiselle, et voilà qu’une deuxième demoiselle, plus belle que la première, fut devant lui. Elle lui demanda également à boire et à manger et disparaît parce

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que le fils du roi lui répondit : « Non, je n’ai rien. » Il était tout chose, sans avoir bu, il n’avait plus qu’une orange. Après avoir réfléchi il se décida, alors, à éperonner son cheval pour arriver chez lui le plus tôt possible. Retenu seulement par la crainte de perdre sa dernière orange, il n’ouvrit pas celle-ci et finit par arriver aux portes de la ville où, entouré par quelques arbres et des arbustes, se trouvait un puits. Il descendit de cheval et but; puis, se disant que rien ne l’arrêtait d’ouvrir la troisième orange et que, si une troisième demoiselle en sortait, il pourrait la satisfaire, il l’ouvrit. En effet, à peine l’eut-il ouverte, qu’il en vit sortir une autre demoiselle, plus belle encore, qui lui fit la même demande. « Voici de quoi boire, » dit-il; et comme, cette fois, la demoiselle ne disparut point, il ajouta : « Si tu veux m’attendre ici quelques instants, je vais quérir un carrosse pour te conduire à la cour où tu auras tout ce que tu veux. )> La demoiselle de l’orange lui répondit qu’elle l’attendrait, puis elle monta sur un arbre voisin. A peine fut-il parti qu’une vieille et laide sorcière vint prendre de l’eau et, en se baissant vers l’eau, y aperçut la belle figure de la demoiselle, et crut voir son image. Cette vieille était toute contente et croyait déjà être devenue jeune et belle; mais en levant la tête elle vit la belle demoiselle dans l’arbre et

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s’aperçut de son erreur. Alors furieuse elle se jeta sur la belle demoiselle, la saisit aux cheveux, et lui planta une épingle dans la tête et la transforma en colombe. Le fils du roi retourna pour prendre celle qu’il avait laissée et trouva cette vieille et laide femme. Il lui demanda où était la belle demoiselle de l’orange et la vieille lui dit : « C’est moi. » Le fils du roi, croyant à quelque transfiguration la fit monter en carosse et la conduisit chez lui. Tous ses parents furent étonnés de voir, au lieu d’une belle fille, une vieille qui faisait peur. Ils l’interrogèrent et il raconta que l’ayant laissée belle il l’avait retrouvée laide. Nonobstant cela, ils ne manquèrent point de faire fête à cette vieille, croyant que c’était celle qui devait guérir leur fils et ils invitèrent tous leurs parents et leurs amis à un grand repas. Tandis que les domestiques apportaient les plats sur la table, la colombe qui était sur une fenêtre près de laquelle ils passaient, y lançait des grains de sable et disait : « Parole de roi ne peut mentir. Coupe^ la tête à qui ne veut obéir\r> Alors les domestiques vinrent dire au roi qu’il était impossible de servir parce que une colombe remplissait leurs plats de sable et disait : « Parole de roi ne peut mentir. Coupe

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