MOUSTACHES DE CUIVRE
n’ai rien préparé. — Alors, » dit la vieille, « laisse-moi me chauffer. — Le feu n’est pas encore allumé, veux-tu m’aider à préparer le bois? » La vieille accepta et pendant qu’elle se baissait. Moustaches de Cuivre, d’un coup de hache, lui coupa les dix doigts. La vieille se mit à hurler et s’enfuit, l’autre courut derrière ; mais la vieille arrivée dans le jardin, releva une meule de moulin et disparut. Moustaches de Cuivre, heureux de connaître la cachette de la vieille, retourna au château et attendit ses camarades. Ces derniers arrivèrent et furent surpris de l’entendre chanter. Ils lui demandèrent comment il se portait. « La vieille est venue, » leur répondit Moustaches de Cuivre, « et je lui ai coupé les doigts ; demain vous viendrez avec moi, nous irons lui rendre sa visite chez elle, vous avez été des poltrons? » En effet, le lendemain, ils se munirent d’armes et allèrent soulever la pierre de moulin. Ils virent un puits profond plus qu’on ne peut dire. Ils prirent une longue corde et jouèrent à la mourre qui devait descendre le premier. Divise-os fut désigné. On lui lia la corde autour des reins et on lui donna une cloche ; « de cette façon, » lui dit-on, « quand tu ne pourras plus descendre, tu sonneras et nous te remonterons. » Ils commencèrent à le descendre; au bout d’un instant on entendit la cloche et Divise-os fut remonté. « Eh
bien, » dit-il, « si vous voyiez comme il est profond vous n’auriez pas le courage de descendre! — Tu es un peureux », lui dit Cœur de fer, « je vais descendre, moi ! » On le descendit, mais bientôt la cloche sonna et il fut remonté. « C’est mon tour maintenant, » dit Moustaches de Cuivre, « vous êtes sans courage. Au moins tenez bien la corde. » Il descendit, descendit toujours; enfin il finit par voir une lueur : « Parbleu, » dit-il, « ceci est un puits de genre nouveau, un puits sans fond! » Ses pieds touchèrent à terre, il regarda autour de lui : il se trouva dans un jardin au fond duquel il y avait une maison. A la fenêtre de cette maison il aperçut la fille du roi qui brodait. « Nous y voilà, » se dit-il, « mais voyons d’abord si le sorcier est à la maison ou non. » Cependant comme la fille du roi lui faisait signe, il s’avança et entra dans la maison : Alors la fille du roi l’embrassa et lui demanda comment son père se portait, car depuis longtemps elle ne l’avait plus vu et comment il se faisait qu’il était venu la trouver. Alors Moustaches de Cuivre lui raconta tout et lui dit qu’il était venu pour la sauver et l’emmener avec lui. « Ah, malheureux! ne sais-tu pas que le sorcier te mange s’il te voit, et que il sent à l’odeur si tu es dans la maison? Fuis et laissemoi seule ; voici, je te donne ce mouchoir brodé en souvenir. — Il ne sera jamais dit », répondit