TERRA-CAMINA
« T'en faioii et t'en refaioii! Que ce soit le plus beau fil du monde; » dit cette petite. Sa marraine lui avait donné ce don. Le matin le fils du roi va charger la charretée de fil. « Prends les deux boîtes et charge la charrette. » Plus on en enlevait, plus il y en avait. Il arrive et c’est le plus beau fil et voilà qu’il gagne la couronne; mais ses frères n’étaient point satisfaits. Voyant qu’ils n’étaient point satisfaits, le roi dit : « Allez me chercher la plus belle fille. » Le plus jeune partit et alla au même endroit où il avait trouvé le fil. Quand il est là il dit à la maîtresse du lieu : « Je ne sais où donner de la tête pour trouver la plus belle fille. » La petite lui répondit : « Vous pouvez m’y mener, moi. » Il fut un peu surpris. Il pensa un moment et ensuite il dit : « Oui, nous partons demain matin, tenez-vous prête; si je ne gagne la partie, au moins ils riront! » La petite voulut aller à cheval sur un gros coq. Ils marchent, ils marchent et ils passent une rivière ; il y avait la marraine qui lavait. Cette dernière se mit tant à rire qu’elle dit : « T'en faiou et t'en refaiou! Sois la plus belle fille du monde. » En arrivant au palais, les autres deux filles se regardaient l’une l’autre et les deux autres frères aussi. Ils commencent par se mettre à table. Le père dit : « Je compte sur votre avis, regardez, je crois que la plus belle c’est celle-
ci. » Le plus âgé dit : « Non, la plus belle c’est la mienne. » Le second dit la même chose. Alors il fit appeler toutes les dames de la cour pour faire décider cette affaire. Les dames de la cour dirent : « La plus belle c’est le plus jeune qui l’a amenée. » Le plus jeune gagne la couronne. Après souper le bal commence. Celle-ci dit à son époux : « Tu vas rire ce soir. » Et elle se met des morceaux de toutes les choses qu’on mangeait dans la poche. Les deux autres la voient. Le bal commence et pendant qu’elle dansait, il lui sortait de la poche toutes sortes de belles choses, des oiseaux d’or et des diamants. Les autres deux se dirent : « Faisons comme elle, » et elles se mettent des morceaux de tout dans la poche et elles commencent à danser; mais il leur tombe de la poche une grosse marmelade, si sale que c’était vergogne. Il y eut une grande risée, et le mariage fait le fils du roi et Terra-camina ont eu plus d’enfants qu’un balayeur de rues n’a de poux sur la tête.
Recueilli par A. Gioan.
Comparer : Cosquin, II, p. i5o. — Luzel, II, p. iSq. — Visentini, 48. — Pedroso, 28.
Or donc cela commence ainsi : Le roi avait une fille qui lui fut enlevée pendant la nuit. Il fit dire partout, par le crieur public, que celui qui la lui ramènerait aurait une grande fortune. Il y avait un capitaine de navire qui supposait qu’elle devait avoir été enlevée sur mer et qui voulait aller la chercher. Les matelots ne s’embarquaient point avec plaisir parce qu’ils avaient peur de risquer leur vie. Alors ce capitaine s’en va sur le port et il trouve un homme que l’on appelait Tj'ibord-amiire, qui était un fainéant et un bon-a-rien. Et voilà qu’ils partent ayant cet homme à bord comme matelot et ils marchent. Il lui avait dit : « Je ne te donnerai pas beaucoup d’argent, je vais chercher la fille du roi, si nous la trouvons je te donnerai une forte somme. » Ils naviguent
six mois peut-être et le capitaine, inquiet de ne rien trouver, voulut se débarrasser de Tribordamure. Ils le firent descendre dans une chaloupe et l’abandonnèrent. Au moyen de grands efforts il finit par aller aborder à un îlot. En s’y promenant il vit une petite trappe et audessous un grand vide. Il se dit : « Mourir pour mourir, allons un peu voir ce qu’il y a ici dedans. » Il y trouva la fille du roi qui dit à celuici : « Comment avez-vous fait pour arriver jusqu’ici? J’ai fait de tout pour en sortir et je n’y suis point parvenue? » Il lui répondit : « Je suis allé à la pêche, je me suis perdu et à la belle étoile je me suis trouvé ici. — Vous avez peu de temps à rester parce que c’est un dragon qui m’a enlevée, fuyez! » Elle lui donna des lignes et lui dit : « Pendant trois heures du jour, le dragon qui m’a enlevée devient une moule. Il vous faut aller à la pêche des moules, il doit se trouver par là, allez! Faites attention, préparez-vous quelque chose pour taper parce que lorsque vous l’attraperez il deviendra une colombe. » En pêchant longtemps il finit par saisir la moule. Il se mit à frapper avec l’aviron; il fit du mal à la colombe, mais il ne parvint pas à la tuer. Cette bête s’enfuit, souleva la trappe et se réfugia auprès de la fille du roi en lui disant qu’elle l’avait trahit : « Ici, dans ma maison quelqu’un est venu, je le sens à l’odeur! » Au