le diable joué par sa femme
Le soir, le Diable est de retour et dit à sa femme : « As-tu fait ce que je t’ai dit. — Oui. — Tu n’as pas regarder dans les bassines? — Non. — Montre-moi tes mains. » Cette pauvre femme tremblait comme la feuille; mais elle se rassura quand elle vit que le Diable ne s’apercevait de rien. « Ça va bien, n’as-tu besoin de rien demain? — Oui, fais-moi un plaisir, porte un souvenir à mon père et à ma mère, de ma part. — Tu as raison, je leur porterai cette caisse d’argent. » Dans la nuit, la femme se cache dans la caisse et le matin le Diable la met sur ses e'paules et part, sans regarder dans le Ijt de sa femme. Au bout d’un certain temps la femme voit sur le dos du Diable une ligne d’écriture et elle lit : « Je te vois! » — « Je te vois! » se met-elle à dire tout étonnée et à haute voix. « Je te vois », entend dire le Diable qui croit avoir entendu la voix de Dieu et il a peur. « Je te vois! » et il s’épouvante davantage. « Je te vois! » et il se met à courrir. « Je te vois! » et il se met à galoper; « Je te vois. Je te vois! » Autant de coups de fouet qui le font vite arriver à la maison des parents de la pauvre femme épouvantée, mais qui voit pourtant l’effet des paroles, « Je te vois! Je te vois! » et le Diable sans haleine jette la caisse dans la maison des parents ébahis et s’enfuit. Ces pauvres gens ouvrent la caisse et sont extraordinairement
étonnés d’y trouver Marguerite les jambes et les bras cassés. Ils firent appeler le médecin et le curé. Tous les soins voulus lui sont donnés; mais elle en eut pour longtemps à se tirer d’affaire après avoir employé plus d’un baril d’eau bénite. Elle a fini par se faire religieuse.
Conté par Veuve Lavigna.
Comparer : Campbell, 41. — Grimm, 46. -Visentini, 39. — Hahn, 19.
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