‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 44 sur 151 · GRAND COMME UNE BOUTEILLE · texte numérisé non relu

GRAND COMME UNE BOUTEILLE

partager leurs richesses avec eux. Ils vécurent ensemble et devinrent de grands seigneurs de pauvres qu’ils étaient auparavant.

Conté par Luigi Lorenzi, Comparer : 17. — Perrault, Le Petit Poucet.

Variante 1.

Du temps de Babi-Babô ' vivait un pauvre mentonnais qui avait trois filles qu’il voulait marier. Un homme, qui ne sortait que la . nuit, rechercha en mariage une de ces trois filles. L’aînée refusa cette proposition, la seconde aussi ; mais la troisième accepta et dit :

« Je l’épouserai. » Le mariage se fit immédiatement. Lorsque les nouveaux mariés furent seuls, l’époux dit à sa femme : « Je vais t’apprendre un secret. » Alors, il lui apprit que des sorcières l’avaient ensorcelé et condamné à être tortue pendant le jour et homme pendant la nuit, avec cette condition que, si une

I. Au temps que la reine Bcrthe filait. De Babi-Babô on n’a pu savoir que son nom.

jeune fille consentait à devenir sa femrne, à courir le monde et à supporter, pendant un certain temps et pour l’amour de lui, toute sorte de mésaventures, le sort serait levé et il pourrait redevenir ce qu’il était auparavant, un Jeune et bel homme. La femme lui répondit qu’elle était prête à se dévouer pour son mari. Aussitôt ce dernier lui remit un diamant en lui disant : « Sers-toi de cette pierre en toute occasion. » Elle partit. Sur son chemin elle rencontra une mendiante avec un enfant qui pleurait : « Bonne femme, lui dit-elle, donnez-moi votre enfant, et je le ferai taire. — Vous ne pourrez pas; depuis ce matin, il ne cesse de crier. » La porteuse du diamant ayant pris l’enfant dans ses bras murmura : « De par la vertu du diamant j’ordonne que cet enfant se taise et rie! » Le petit se tut à l’instant et se mit à rire. Continuant son chemin elle trouva ensuite une boulangerie où elle entra en disant à la patronne ;

« Prenez-moi pour domestique, vous ne vous en repentirez pas. » On l’accepta. Le soir, avant de se coucher, elle dit : « De par la vertu du diamant j’ordonne que tout le monde vienne acheter son pain ici, pendant tout le temps que je resterai dans cette maison. » Il arriva ainsi qu’elle en avait ordonné, le pain se vendait comme par enchantement. Un jour, trois hommes vinrent séparément demander à la dômes-

tique de les laisser dormir une nuit dans sa chambre. Le premier lui offrit deux mille francs et chacun des deux autres en promit mille. « Oui, dit la belle servante, je vous accorde cette liberté; » puis elle fixa l’heure du rendez-vous à chacun d’eux. Le soir les trois hommes arrivèrent successivement. La belle au diamant dit au premier : « Pendant que je vais mettre le levain, tamisez cette farine; » puis, au second qui était survenu : « Soufflez le feu ; » et au troisième : «Fermez la porte. «Tout bas elle ajouta : « De par la vertu du diamant j’ordonne que chacun de vous fasse sa besogne jusqu’à demain. )) Elle alla tranquillement se coucher, tandis que les autres passèrent la nuit à travailler. Le lendemain, elle se plaignit du bruit qu’ils faisaient et, sans pitié, les chassa de la maison. Ceux-ci tout honteux jurèrent de se venger. Ils allèrent se plaindre à la police et, comme dans ce temps là c’étaient les femmes qui en étaient chargées, quatre femmes furent ' envoyées pour se saisir de cette maudite fille. Mais cette dernière dit tout bas : « De par la vertu du diamant j’ordonne que ces femmes se frappent le visage mutuellement jusqu’à demain ! » Aussitôt ces pauvres femmes s’accablèrent de coups et se donnèrent mutuellement des gifles. Les quatre femmes n’arrivant pas avec celle qu’elles étaient chargées d’amener, on

envoya trois hommes à leur secours. En les voyant arriver la porteuse du diamant s’écria : « De par la vertu du diamant j’ordonne que ces hommes crient, sautent, se battent et brisent tout ce qu’ils trouvent jusqu’à demain. » Aussitôt commença un vacarme effroyable d’objets cassés, de coups et de cris désordonnés. La belle au diamant, faisant appel une dernière fois à la vertu de son talisman, disparut alors et fut transportée dans la maison de son mari qui l’attendait depuis longtemps déjà, transformé en un jeune et bel homme. Ils vécurent heureux pendant de longues années et eurent beaucoup d’enfants.

Conté par Irène Panduro.

Comparer : 14.

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