LA PLUIE DE MACARONIS 9I
s’était assise sur le seuil et tricotait. Tout à coup elle vit un homme de haute taille. La femme de Bartoumé le regarda attentivement, puis prise d’une idée subite, elle lui dit : « Bel homme, est-ce que vous êtes Madjou-long? » L’homme flairant une aventure, lui répondit : « Oui, belle femme, mais pourquoi cette demande? — Alors, entrez vite. Il y a longtemps que mon mari a mis de l’argent de côté pour vous ! » Et elle lui remit le mouchoir où il était noué. L’homme remercia et s’empressa de déguerpir au plus vite. Vers le soir, le mari arrive, sa femme lui dit : « Sais-tu, j’ai vu aujourd’hui Madjou-long ? » Le mari s’écria : « Malheureuse; elle m’en a fait encore quelqu’une! )) Il court à l’armoire; le mouchoir avec son contenu n’était plus là! N’y tenant plus, il se décida à se défaire de sa femme. Le lendemain, pendant qu’elle dormait, il lui couvrit les yeux avec de la poix de cordonnier; puis, la prenant par la main il la conduisit près du Cap Martin. Arrivés là, Bartoumé lit monter sa femme sur un noyer et l’abandonna. La pauvre aveuglée ne savait ni où elle était ni ce qu’elle ferait. Tout à coup deux voleurs vinrent s’asseoir sous le noyer après avoir allumé quelques branches sèches pour se réchauffer. Ils se mirent à compter leur argent. La chaleur ht fondre la poix qui couvrait l’œil droit de la