‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 58 sur 151 · LE MORT RECONNAISSANT · texte numérisé non relu

LE MORT RECONNAISSANT

N marchand assez riche avait un fils' qu’il

LJ envoya, sur un. vaisseau chargé de marchandises, apprendre à faire le commerce. Le ^ navire s’arrêta au pays indiqué et le fils du ' marchand fit de bonnes affaires. Avant de s’en I retourner il voulut visiter la ville. Un jour qu’il I passait dans une rue, il vit un cadavre qui giisait sur le sol et que des chiens dévoraient. Il j demanda pourquoi on laissait ce cadavre sans {sépulture. Il apprit alors que, dans ce pays,

I toute personne qui mourait sans payer ses det- Ites était condamnée à être la proie des ani- ;maux. Le bon jeune homme paya les dettes du imalheureux et le fit ensevelir. Il regagna iensuite son vaisseau et revint dans son pays.

' « Eh bien! » lui demanda le père, « as-tu réussi? — Fort bien», dit le fils, « mais je ne vous rapporte

pas tout l’argent qu’il faudrait ; » et il raconta ce qu’il avait fait. Le marchand lui dit alors : « Mon fils, je vois que tu as fort bon cœur; mais ce n’est point ce qui fait réussir dans le commerce; néanmoins, pour cette fois-ci, je te pardonne ! » A quelque temps de là, le marchand fréta encore un vaisseau et envoya son fils faire le commerce dans un autre pays. Après avoir vendu ses marchandises, celui-ci s’amusait à faire un tour dans la ville, lorsqu’il aperçut un attroupement sur une place publique; et, s’approchant, il vit que des nègres avaient mis en vente une très belle jeune fille de race blanche. Il eut pitié de cette malheureuse esclave et l’acheta. Arrivé chez son père, il raconta ce qui lui était advenu; mais cette fois son père ne lui pardonna pas. Le marchand chassa son fils ainsi que l’esclave. Les exilés se marièrent et vécurent comme des ouvriers, se livrant à toutes sortes de travaux pour gagner leur vie. Souvent le mari interrogeait sa femme sur son passé, sur ses parents; mais jamais il ne put en tirer autre chose que ceci : « On m’a volée, on m’a vendue à ces nègres. » Quelques années après leur mariage, elle eut un petit garçon et le marchand, voyant la situation de son fils, en fut touché et leur vint en aide. Un jour il le fit venir et lui dit : « Je vais te mettre à l’épreuve une fois encore, en te confiant de rechef un

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