LE MORT RECONNAISSANT I I
l’empecher. » Pendant le voyage le fils du marchand dit : « Brave homme, demandez-moi la récompense que vous voudrez, je vous l’accorderai. — Je retiens cette parole », dit l’autre. Comme ils arrivaient près du rivage le naufragé ‘ dit : « On ne me laissera pas entrer au palais; je suis en trop mauvais état; que faut-il faire? — Soyez sans inquiétude, tout vous réussira.
I Vous vous présenterez au palais avec un fagot sur les épaules et, en vous voyant si pauvre, on vous conduira au roi. » Le débarquement accompli, l’étranger disparut. Les gardes voyant ce malheureux dirent : « Il ressemble au gendre du roi. » On l’amena devant sa Majesté qui le reconnut à l’instant et qui lui demanda comment il avait échappé à la mort. Apprenant ce qui s’était passé, il ordonna de faire périr le cousin sur un bûcher.
Il y eut des fêtes magnifiques.. Un jour que toute la famille royale était réunie, on entendit heurter à la porte. On ouvrit. C’était l’homme qui avait sauvé le gendre du roi. « Je viens réclamer ma récompense, » dit-il; « vous m’avez promis tout ce que je vous demanderais. Eh bien, je veux votre fils! — Mon fils, plutôt mourir que de me séparer de lui! Demandez toute autre chose et elle vous sera aussitôt accordée. — Non, » dit l’homme, « j’ai votre parole, et c’est votre enfant que je veux. Ce-
pendant, faisons une chose : coupons-le en deux et gardons-en chacun la moitié. — Non pas, dit le père, prenez-le plutôt tout entier, je vous le livre. » L’étranger prit l’enfant par la main, fit quelques pas vers la porte, puis revenant vers le père : « Tenez, » dit-il, « je ne veux pas de votre enfant. Je ne voulais que vous éprouver. Je suis celui que vous avez fait ensevelir. Vous m’avez sauvé du déshonneur; en retour, j’ai voulu vous rendre à votre famille. Adieu, sachez qu’un bienfait n’est jamais perdu! » Et il disparut aux yeux de ceux qui dorénavant furent heureux, tant qu’ils vécurent.
Conté par Maria Aprosio dite La Bastiera.
Comparer; 41. — Cosquin, I, p. 209, 214. — Sébillot, lil, 16. — Luzcl, I, p. 4o5. — Bladé, C. G. Ifi p. 67. — Webster, p. 146, i5i. — Grimm, 11, ' p. 480.