LE ROI d’anGLETERRE II
jeune homme comme garçon d’écurie. Alors, quand le roi eut vu celui qu’il croyait son filleul, il y eut de grandes fêtes. Laissons aller ceux qui s’amusent et revenons au jeune homme qui était à l’écurie avec son cheval et qui pleurait du matin au soir. Son cheval était sorcier, et il lui disait : « Prends courage, car tu sortiras d’ici, et tu en viendras à bout; viens quand tu entendras le roi en conversation avec le teigneux. » Un jour, le roi dit au teigneux : « J’ai une fille innocente, là-bas, sur une île, et s’il y avait quelqu’un qui voulût aller la délivrer je la lui donnerais en mariage. » Alors le teigneux lui dit : « Il y aurait mon domestique qui serait capable d’aller la délivrer. » Alors le roi l’envoya chercher de suite et le fit monter au palais. Il lui dit : « Seriez-vous capable d’aller délivrer ma fille. » Il répond : « Je ne sais pas où est votre fille pour aller la sauver. » Le roi lui dit : « Il faut vous tirer d’affaire, je vous donne trois jours de temps, et, si vous n’en êtes pas capable, je vous fais mettre à mort. » Alors il s’en fut dans l’étable et se mit à pleurer. Son cheval lui dit : « Qu’as-tu à pleurer. » Et il répond : « Si tu savais, le roi m’a dit qu’il faut que j’aille sauver sa fille, sinon qu’il me ferait tuer; où veux-tu que j’aille chercher sa fille? » Le cheval lui dit : « Imbécile, dis-lui que oui et qu’il te fasse un navire à trois étages. » Ainsi
il fit, et le roi lui fit faire le navire. Dès que le navire fut fait, le roi le fit appeler et lui dit : (( Le navire est fait et prêt à partir. » Il lui répond : « Attendez un instant que je vous fasse réponse. » Il va à l’écurie et il dit au cheval ; « Tout est prêt et il faut partir; il faut que tu me dises ce qu’il faut mettre sur le navire. » Le cheval lui dit : « Dis-lui qu’il charge le premier pont du navire avec des noix, le second de blé, le troisième de quenouilles. » Ainsi il fit. On chargea le navire et le roi lui dit : « Demain matin il faut partir, et sur la plage il y aura tous mes matelots et tu en choisiras autant qu’il te fera plaisir. » Alors il s’en fut à l’écurie et le cheval lui dit : « Demain matin, avant de partir, le roi te dira, prends les hommes qu’il te plaît; et tu verras un vieillard à côté de toi et tu diras : je ne prends que celuilà seul pour me tenir compagnie. Cet homme, ce sera moi. » Ainsi il fit et le lendemain ils partirent. Ils naviguèrent trois mois. Ils virent un lumignon et ils s’approchèrent de terre et ils arrivèrent dans un port où on leur fit : « Quelle marchandise apportez-vous? » Ils répondirent : « Nous apportons des noix » ; et de terre on leur répondit : « C’est une bonne marchandise pour nous. » Dans ce lieu, il n’y avait que des rats qui dirent : « De l’argent nous n’en avons point pour vous payer; quand vous aurez be-