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LE FIN VOLEUR

IL était une fois un homme pauvre ayant trois fils qui habitait une chaumière dans la forêt. Le roi du pays qui chassait souvent allait se -reposer chez le bûcheron et, avant de partir, lui donnait toujours une petite somme d’argent. Un jour les fils aînés dirent : « Père, nous vous sommes à charge, laissez-nous partir, nous apprendrons un métier et nous vous enverrons de l’argent pour vous aider. » Ils s’éloignèrent chacun de son côté. Les années s’écoulaient sans que ni nouvelles ni argent n’arrivent. Un soir que le père et son plus jeune enfant étaient assis dans la cabane, celui-ci lui dit : « Père, puisque mes frères ne donnent plus signe de vie, c’est qu’ils sont bien, je veux partir aussi. Je ne ferai pas comme eux et je vous enverrai beaucoup d’argent, laissez-moi aller. » Il partit, chemin

faisant, il rencontra une bande de voleurs qui lui demandèrent la bourse ou la vie. « Je n’ai rien à vous donner, » leur dit-il, « si vous me laissiez la vie sauve, j’irais avec vous et je vous prouverais que je suis plus habile que vous tous! » On le conduisit au chef qui lui dit : « Tu vas nous en donner la preuve ; tu te rendras sur le champ dans le quartier le plus fréquenté de la ville, il y passera un brillant équipage, tu l’assailleras. » Il obéit et le brillant équipage venant à passer il se jeta sur la voiture et s’y mit à sauter, puis s’en alla. Le soir lorsque les voleurs se trouvèrent réunis, le chef lui dit :

« Qu’as-tu fait? — J’ai assailli ^ la voiture et je l’ai arrêtée. — Et l’argent? — L’argent, vous ne m’avez point dit de le prendre. — C’est ainsi que tu entends ton métier? Pour cette fois je te pardonne, mais si tu recommençais jamais, gare à toi! » Alors, il lui commanda d’aller prendre la bourse d’un riche seigneur. Le voleur alla et revint avec la bourse laissant l’argent. « Où l’as-tu mis, » dis le chef? « Comme vous m’aviez dit de prendre la bourse, j’ai obéi et laissé l’argent à son maître, n’est-ce pas ce que vous m’aviez commandé? Une autre fois expliquez-vous mieux! )> Alors le chef lui dit : « Pour

I. Il y a ici un jeu de mots dans le patois entre asaiitâ assaillir et sauta sauter.

3o. LE FIN VOLEUR

la troisième fois je vais t’essayer; si tu ne réussis pas, tu es perdu! » Puis il ajouta : « Tu vas te poster sur le chemin et à la première personne qui passera tu enlèveras la peau, la bourse et l’argent. » L’autre s’éloigna et fit ce qu’on lui ! , avait ordonné. Le soir il posa sur la table du chef la peau de la personne qu’il avait écorchée, la bourse et l’argent. « A la bonne heure, » dit le chef, « je suis content de toi et tu fais partie de ma bande. » Et chacun le regarda comme le plus fin des voleurs. Ainsi qu’il l’avait promis à son père il lui envoyait beaucoup d’argent. Le bûcheron fit élever un palais à la place de la misérable cabane. Un jour que le roi alla à la chasse, il fut surpris de voir une pareille maison et demanda le nom du propriétaire. Lorsqu’il le sut il fit venir le père du voleur et lui demanda qui lui avait fourni l’argent nécessaire pour faire construire. « C’est mon plus jeune fils qui me l’envoie; à vous dire vrai, je ne sais quel métier il fait pour, gagner tant. — Eh bien, faites-le venir pour que je le voie, il faut que je lui parle. » Quelques jours après le fils arriva et révéla tout à son père. « Malheureux, qu’astu fait, nous sommes perdus ! — Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas pour rien que l’on me surnomme le fin voleur. » Il se rendit chez le roi

ià qui il raconta son histoire. Le roi lui dit : « Je vais vous mettre à l’essai. Après trois

épreuves vous serez libre si vous réussissez. Il faut que ce soir vous entriez dans ma chambre et que vous preniez le diamant qui est sur ma commode; demain matin vous me le présenterez. » Le roi fit fermer toutes les portes du palais et mit des gardes à l’entour. Notre voleur passant derrière le palais vit qu’on avait oublié de fermer une porte de service. Il entra et à force d’adresse il parvint jusqu’à la chambre du roi, où il entra, prit le diamant et s’enfuit. Le lendemain il le porta au prince étonné. « C’est bien », dit-il, « voici la seconde épreuve : Il faut que vous vous empariez du sceau royal qui est dans la bibliothèque, demain matin vous me l’apporterez. » Toutes sortes de précautions furent prises, les gardes doublées; mais le voleur ayant observé que la même porte était ouverte put s’emparer du sceau et le porter au roi le lendemain. Tant d’adresse étonnait le roi « C’est vraiment un voleur rusé, il faut nous en débarrasser à tout prix! » Il lui dit : « Voici votre dernière épreuve : Il faut que ce soir vous alliez enlever le coussin de dessus la tête de ma femme, pendant que je serai là. Si vous ne réussissez pas, je vous fais trancher la tête. »

Le voleur s’en retourna se demandant comment il pouvait faire. Puis, il fabriqua un homme de paille et lui mit ses vêtements. Le soir venu il j alla l’appuyer contre une planche sur une

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