LA FILLE RUSÉE
UN veuf avait trois filles. Obligé de partir pour un long voyage d’affaires, il réunit ses filles et leur dit : « Voici à chacune un bouton de rose, si à mon retour ils sont encore frais, ce sera une preuve de votre sagesse. » Les filles promettent d’être sages, et le père part. Le fils du roi, s’étant un jour attardé à la chasse, trouve sur son chemin le château habité par les filles : il frappe à la porte. « Je suis, » dit-il, « le fils de votre roi, voudriez-vous me donner l’hospitalité pour la nuit? » Sans répondre directement à sa question, on lui offre un grand repas ; puis, à dix heures, les trois filles dirent : « Majesté, l’heure est avancée, il vous faut partir. » Le fils du roi répondit : « En l’absence de votre père, je veux commander ici, je désire coucher avec l’aînée. » Après quel-
que hésitation, elle consent. Le lendemain, le prince reste; le soir, même invite à partir, et même réponse ; il veut coucher avec la seconde qui accepte. Le troisième jour, même chose, !a cadette consent aussi à condition que le prince fasse trois sauts de joie. Le fils du roi accepte. La cadette fait alors préparer le lit dans un endroit donnant sur une fosse, puis, quand le prince arrive en sautant, le lit bascule, et il tombe dedans. Il ne peut s’échapper, que par un petit trou, et Dieu sait dans quel état! Il part et arrive chez lui ; le factionnaire est obligé de se retirer tant il y avait de mouches qui suivaient le prince. Furieux, il promet de se venger. « Quand viendra son père, » se ditil, « je la demande en mariage et je la tue. » Au bout de neuf mois, les deux filles aînées du marchand eurent chacune un enfant. La cadette va vers la reine et lui raconte tout. La reine fait prendre les enfants et les fait porter un matin au chevet de son fils. En s’éveillant, celuici se dit : « C’est encore un tour de la cadette, elle me le paiera... » Quelque temps après, le père arrive et appelle ses filles. Bien entendu, les boutons de rose des deux aînées étaient fiétris ; la cadette alors leur dit : « Nous allons passer l’une après l’autre, vous prendrez à tour de rôle mon bouton de rose, et mon père croira que vous avez été sages aussi. » La première prend