LA FILLE RUSÉE I7I
le bouton et passe devant son père. « Bien, » dit celui-ci, « tu as été sage. » Il dit de même à la seconde et enfin à la troisième : « Ton bouton de rose est le moins fané de tous, cependant je suis content de vous toutes. » Le lendemain, le prince vient demander la cadette en mariage,
Ile père paraît enchanté, mais la fille refuse. Cependant, pressée par son père, elle finit par consentir. Seulement, elle se met d’accord avec la reine qui lui dit : « Épouse-le, il ne te tuera pas, car, la nuit de noces, nous l’enverrons prier à la chapelle, nous prendrons alors une courge, nous la remplirons de miel et nous la mettrons dans son lit. » La fille consent à tout. Le jour de la noce arrivé, elle fut splendide. Le soir, i quand le fils du roi, voulut aller se coucher, sa mère lui dit d’aller prier un moment auparavant. On met alors la courge dans le lit et la reine appelle son fils : « Va, » lui dit-elle, « ta femme est déjà couchée. » Le prince s’avance furieux dans la chambre, éteint la lampe et tire son épée; il frappe un grand coup sur le lit et coupe la courge en deux : le miel alors rebondit sur le nouveau marié : « Oh! » dit-il, « que le sang de ma femme était doux, pourquoi l’ai-je tuée? » Sa mère vient alors et lui dit : « Va, mon enfant, prier la Sainte-Vierge de ressusciter ta femme. » Le fils obéit et passe dans la chapelle. Pendant ce temps, sa femme se cou-
che avec un bandeau sur la tête, comme si elle eût été blessée. « Viens, dit alors la reine à son fils, « ta femme est redevenue vivante, demande-lui pardon. » Le fils arrive, demande pardon à sa femme et lui promet de l’aimer toujours. Le lendemain de grandes fêtes furent données dans le royaume à l’occasion du mariage. Quant aux deux sœurs, elles épousèrent aussi des princes et leurs deux enfants devinrent de vaillants guerriers. C’est ainsi que, grâce à son esprit, la cadette rendit heureux tous les siens.
Conté par Louis Revelly.
Comparer : Vinson, Récits, III. — Basile, III, 4. — Imbriani, N. F. 3. — Visentini, i.