‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 89 sur 151 · JEAN DE L’OURS · texte numérisé non relu

JEAN DE L’OURS

EUX hommes sciaient du bois dans une forêt. La femme de l’un deux alla un jour porter des provisions à son mari.

S’étant égarée et ne retrouvant plus le sentier à suivre, elle se réfugia dans une caverne pour y passer la nuit. Il y avait peu de temps qu’elle y était entrée lorsqu’un ours pénétra dans la caverne :« Que fais-tu ici? » dit l’ours à la femme. Elle raconta ce qui lui était arrivé. « C’est bon, » dit l’ours, « tu resteras ici et tu mangeras ce que je mangerai. » Elle fut obligée de demeurer avec l’ours et, au bout de quelque temps, elle eut un fils qui grandit en compagnie de la bête. Lorsque cet enfant eut huit ans, sa mère et lui décidèrent de quitter la caverne et profitèrent d’une

absence de Tours; le hasard voulut que le sentier qu’ils prirent les conduisit à la cabane des deux scieurs. Le mari reconnut sa femme, mais fut étonné de voir un enfant avec elle, La femme raconta alors son histoire. Tous les trois quittèrent la forêt et se retirèrent à la ville pour y faire instruire l’enfant qu’ils appelèrent Jean. Jean fut envoyé à l’école et fut un très mauvais élève, brisant tout, salissant tout. Obligé de la quitter il devint apprenti cordonnier; là aussi il ne put rien faire de bon, il cassait le fil, gâtait le cuir. Son patron, le renvoya. Il entra chez un forgeron, en frappant le fer il en faisait sauter les morceaux de tous côtés ; il y fut également renvoyé. Avant de quitter la forge, Jean dit à son patron : « Permettez-moi de me faire un bâton en fer. » Le patron le lui permit. Jean prit alors tout le fer qui était dans la forge pour s’en faire un bâton de trente riips ' et partit. Chemin faisant il rencontra un jeune homme qui jouait aux palets avec des meules de moulin. Etonné de cette force il lui dit : « Viens avec moi. n Sur leur route ils rencontrèrent un autre jeune homme qui renversait les montagnes sens dessus-dessous. « Que fais-tu là? » dirent-ils. — « Je renverse ces montagnes parce que nos moutons ne veulent plus manger de

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