‹ Contes ligures, traditions de la RivièreChapitre 95 sur 151 · L’OISEAU QUI PARLE · texte numérisé non relu

L’OISEAU QUI PARLE

IL y avait une fois une reine qui avait un fils.

Ce prince, un jour, en allant à la chasse, vit une bergère qui gardait ses brebis. Jamais on n’avait vu une si belle bergère; aussi, le prince l’aima et l’épousa malgré sa mère. La guerre ayant éclaté avec un pays voisin, le prince fut obligé de partir et de laisser sa femme. Aussitôt après le départ du prince, la jeune femme fut enfermée dans une tour où elle ne recevait que quelque nourriture par une petite fenêtre. Peu de temps après, la princesse mit au monde une fille belle comme le jour. La reine-mère, détestant de plus en plus sa bru, résolut de faire périr l’enfant, elle manda donc un jour sa commère, une sorcière qui vivait près de là, et écrivit à son fils que sa femme était accouchée d’un porc. Le

prince répondit de garder le porc, de l’élever pour qu’il pût le voir à son retour. La sorcière vint au palais royal, prit la petite, la mit dans une caisse et jeta le tout dans le réservoir d’un meunier. Un beau matin, cet homme trouva la caisse à la surface de l’eau. Il la prend et l’ouvre. En voyant le petit enfant qu’elle renfermait, il le prit dans ses bras et le porta à sa femme, en la priant de sevrer le bébé qu’elle nourrissait et de nourrir la petite fille. La meunière n’y consentit qu’après bien des prières de la part du mari. Le prince retourna enfin dans son royaume. Il demanda le porc et fut très fâché de ne pas le voir. Sa mère lui assura qu’il était mort et qu’on n’avait pu le garder. Quelque temps après, il partit de nouveau pour un long voyage. La princesse n’était plus aimée de personne et était toujours enfermée. Il arriva que pendant cette nouvelle absence de son mari elle mit au monde deux beaux jumeaux. La reine écrit de nouveau à son fils que sa femme s’était accouchée d’animaux : un chien et un chat. Comme la première fois le prince écrivit de conserver le chien et le chat, car il voulait les voir. La reine consulta sa commère qui lui dit : « De la disparition de la fille, le prince n’a rien su; faites disparaître les jumeaux. » On mit également les deux enfants chacun dans une caisse et on les jeta aussi dans

Page 1