I. Ou Médie
38 Contes de Moncrif.
quit l'armée ennemie ; Baharam tua de sa main le prince Schabé-Schah et fit prisonnier son fils ; ainsi la victoire la plus digne d'illustrer la Perse peut être regardée comme l'ouvrage des chats1. Quand Sannachérib, roi des Arabes et des Assyriens, perdit cette célèbre bataille contre le roi d'Egypte, auroit-il éprouvé ce grand revers s'il avoit eu la précaution d'avoir des chats dans son armée ? Il étoit campé près de Peluse, lorsqu'une nuit des rats champêtres, s'étant jetés dans son camp, rongèrent les arcs et ce qui servoit à tenir les boucliers ; Sethon, qui régnoit alors en Egypte et qui n'avoit qu'une 'poignée de soldats, attaqua dans cette conjoncture les troupes de Sannachérib, qui, se trouvant sans armes, n'eurent d'autres ressources que la fuite ou la captivité : que le roi des Assyriens eût été secondé par quelque chat, il faisoit la conquête de l'Egypte.
Si tous les historiens célèbres ne se sont pas attachés également à rapporter les événements merveilleux occasionnés par les chats, on découvre du moins que tous avoient pour eux en général une estime marquée. Lucien, dans son dialogue de l'assemblée des dieux, en examinant les animaux honorés en Egypte, tourne en ridicule les singes, les cynocéphales, les sphinx ; mais il garde sur les chats un silence respectueux : cette retenue dans un philosophe
i. Bibliothèque orientale, cite Kondemire.
Les Chats. 39
aussi cynique ne peut être regardée que comme un véritable éloge ; et ce n'est pas la seule occasion où les chats aient été ménagés avec beaucoup d'égards. On empêchoit avec soin, chez les Romains, que les chiens n'entrassent jamais dans les temples d'Hercule; le sacrifice auroit été interrompu et les mystères profanés. Ceux qui avoient porté cette loi avoient prévu, sans doute, que les chats qui, par leur souplesse, se font un passage aux lieux mêmes où les chiens ne peuvent aborder, pourroient aisément se produire dans ces temples i ; les chats cependant n'étoient point désignés dans cette loi exclusive. Quelle preuve plus manifeste que la présence des chats n'étoit jamais regardée qu'en bonne part dans les plus augustes assemblées, nous les avons déjà fait voir à la place d'honneur dans les festins de l'Egypte, mangeant et faisant les délices de la table par le charme de leur voix : cette circonstance de leur triomphe, qui paroîtra peut-être la plus difficile à croire, trouve cependant encore une preuve bien claire dans ce que Plutarque 2 dit au sujet des cigales qu'il appelle musiciennes. Il prétend qu'elles étoient estimées comme telles par Pythagore, et que c'est en faveur de leur musique qu'il avoit défendu qu'on gardât dans les maisons des nids d'hirondelles, parce que ces oiseaux