Plutarque, livre des propos de table
40 Contes de Moncrif.
mangent les cigales. On ne contestera point, je crois, à Pythagore d'avoir été le plus délicat connoisseur en musique qu'ait eu l'antiquité. Quelqu'un qui entend le concert des astres, qui sent si la planète de la terre produit par son mouvement une tierce ou une octave exacte avec le son que forme la planète de Vénus, en doit être cru quand il déclare que les cigales sont musiciennes ; et en bonne foi , si leur chant est mélodieux, il faudroit être de bien mauvaise humeur pour disputer aux chats1 le même avantage. On conviendra du moins que la voix des chats est plus éclatante ; et d'ailleurs nous distinguons bien mieux la variété et le dessein de leur chant; il est si simple et si agréable, que les enfants, à peine sortis du berceau , le retiennent et se font un plaisir de Timiter. Mais nous avons, madame, dans une fête donnée à la cour de Louis XI, une musique auprès de laquelle un concert de chats devient la chose du monde la plus simple. On imagina de faire exécuter devant ce prince un opéra d'un genre tout à fait nouveau ; il n'étoit formé que par des cochons, et il eut beaucoup de succès2.
i. Les chats sont si heureusement organisés pour la musique, qu'ils sont encore lame d'un concert, même après leur mort. Le violon est le plus agréable de tous les instruments; la chanterelle est la corde du violon la plus sonore et la plus touchante; et les bonnes chanterelles sont de boyaux de chats.