‹ Contes;Chapitre 16 sur 60 · Louis XI demanda un jour à l'abbé de Baigne, homme · texte numérisé non relu

Louis XI demanda un jour à l'abbé de Baigne, homme

Les Chats. 41

Après cet exemple, nous rougirions, comme vous le jugez bien, madame, d'appuyer plus longtemps sur l'agrément delà musique des chats; ceux qui n'y sont pas sensibles, n'ont qu'à s'en prendre au peu de soin qu'ils ont eu de se former le goût.

Hermès Trimegiste découvrit le premier, en Egypte, que les trois parties de la musique avoient une grande relation avec les saisons de l'année; que la haute ressembloit à Tété, la basse à l'hiver, et la moyenne au printemps1 ; on ne s'attendoit point à ces ressemblances. La musique a un nombre de caractères qui ne se présentent que quand on est bien déterminé à les découvrir ; nos idées sur les expressions de la voix des chats ne sont encore que confuses ; il

de grand esprit et inventeur de choses nouvelles (quant a instruments musicaux) qui le suivoit et étoit à son service, qu'il leur fît quelque harmonie de pourceaux, pensant qu'on ne le sauroit jamais faire. L'abbé de Baigne ne s'ébahit, mais lui demanda de l'argent pour ce faire, lequel lui fut incontinent délivré, et fit la chose aussi singulière qu'on avoit jamais vu; car d'une grande quantité de pourceaux de divers âges, qu'il assembla sous une tente ou pavillon couvert de velours, au-devant duquel pavillon il y avoit une table de bois toute peinte, avec certain nombre de marches; il fit un long instrument organique, et ainsi qu'il touchoit lesdites marches avec petits aiguillons qui touchoient les pourceaux, les faisoit crier en tel ordre et consonance, que le roi et ceux qui étoient avec lui y prirent plaisir. (Bouchet, Annales d'Aquitaine, fol. 16+) 1. Diodore de Sicile, 1. I, p. 7.

42 Contes de Moncrif.

faut espérer qu'un jour un nouveau Trimegiste les rendra sensibles et en fera connoître la justesse et la beauté ; une connoissance si curieuse n'est peut-être pas aussi éloignée qu'on le pense. Un homme du siècle, auquel nous devons des poésies très aimables1, s'est rendu plus recommandable encore par l'étude qu'il a faite du langage des chats, étude satisfaisante et qui lui a si heureusement réussi, qu'il entend exactement ce qu'expriment les différentes inflexions de leur voix ; et ce qui est l'admirable est qu'il ne faut, pour acquérir cette intelligence, que l'entendre une fois réciter un dialogue qu'il a composé, où deux amants s'entretiennent. Voici, madame , cette scène charmante ; elle perdra beaucoup à n'être que lue, quoiqu'elle soit écrite avec élégance et précision ; la façon de la déclamer comme lui, d'après les chats, y donnant tout le caractère de vérité. La scène est au coin du feu d'une cuisine.

La Chatte (voyant tourner la broche et se débarbouillant). — Ça est bon.

Le Matou (apercevant la chatte, et Rapprochant avec un air timide). — Ne fait-on rien céans?

La Chatte (ne lui jetant qu'un demi-regard). — Ohn.

Le Matou (d'un ton passionné). — Ne faiton rien céans?

i . M. Autreau.

Les Chats. 43

La Chatte (d'un ton de pudeur). — Oh! que nenni.

Le Matou (piqué). — Je m'en rêvas donc?

La Chatte (se radoucissant). — Nenni.

Le Matou (affectant de s'éloigner). — Je m'en rêvas donc?

La Chatte (d'un air honteux). — Montez là-haut. (Plus haut.) Montez là-haut.

Ensemble (courant sur l'escalier). — Montons là-haut, montons là-haut.

Les deux amants arrivent bientôt dans la gouttière ; et la scène finit par des clameurs amoureuses, entremêlées de ces expressions naïves employées dans nos anciens romans, et que la délicatesse du siècle a banni des ouvrages.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Ésope entendent le langage des corbeaux et des geais. (Plutarque, livre du Banq. des sept sages.)

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