Extrait du Recueil de Maurepas
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Nous ne discuterons pas ici la valeur de ces attaques assej injustes pour la plupart; si l'œuvre des Chats pouvait mettre à couvert l'écrivain, il semblerait que V homme de cour ait pris soin de découvrir ses faiblesses. Au lieu de tenir tête à l'orage. Moncrif s'excuse et n'ose réimprimer ses Lettres sur les chats. « Vous connaisseï sans doute, écrit-il. ces lettres, je ne dis pas sérieusement plaisantes, ce serait les louer, mais gravement frivoles ; ce n'est pas qu'on y trouve de l'esprit , et je le dis sans prétendre leur donner d'éloges* Dans un écrit mauvais en soi, V esprit n : est qu:un tort de plus. Pourquoi vouloir former un volume? pourquoi accumuler des singularités dont l'inutilité se découvre et dont la curiosité diminue à mesure qu'on les multiplie? » — Puis, passant en revue son œuvre dans cette même épître à Mme ***^ le craintif auteur aborde la fortune de son petit roman, les Ames rivales : « Le sort que cette fabuleuse histoire a eu dans l'Inde est trop singulier pour que je ne me permette pas d'en parler ici. Je l'avais donnée manuscrit à un Français qui retournait au Mogol ; il en fit part à un brame qu'il prit pour interprète. Ce savant philosophe fut saisi oV étonnement et d'admiration en voyant la profondeur de mes rêveries; il découvrit de nouvelles branches du merveilleux système des âmes douées de la liberté de quitter et de reprendre leur
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personne après s'être promenées dans l'Univers. Admire^, je vous prie, ce contraste; tandis que, dans l'opinion de tout homme sensé, je n'étais que V auteur d'une jolie chimère, je passais dans le Port-Royal du Gange pour un génie transcendant ; je reçus un présent du brame * avec mille assurances d'estime et de vénération. »
Sur la fin de sa vie, l'Alexandre des chats se montra manifestement homme de plaisir et gourmet; il fit bonne chère à table et eut belle chair au déduit. Vers Z7<7<t, il avait pour maîtresse en titre Jlph Maiarelli. cette fameuse courtisane bien connue par ses aventures et son procès. Pour elle, Moncrif brava le scandale et le ridicule ; pour elle, il écrivit plusieurs brochures, entre autres un Eloge de Sully, qui parurent sous le nom de son amante - ; pour elle, enfin, il oublia les préceptes de la prudence et les bonnes lois de la bienséance, en affichant ses amours dans sa loge de directeur, à l Académie française, au grand étonnement de tous les spectateurs. « De-
i. Ce présent était un petit manuscrit in-folio, représentant les principaux dieux de l'Inde, avec des notes mystiques. Ce manuscrit, qui fut donné a la Bibliothèque du Roi, doit se trouver encore aujourd'hui dans le département des manuscrits a la Bibliothèque nationale.
2. Voir les Mémoires secrets à la date du 9 mars 176s . «Mlle Mazarelli, non contente d'avoir enrichi le public d'un
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puis quand. s: écria-t-on à ce sujet, le temple des Muses devient-il celui des courtisanes1? »
U auteur des Chats avait les i mœurs douces et même doucereuses », selon un mot de Voisenon, dans ses Anecdotes littéraires ; il était d'une coquetterie sans égale et recherchait la parure comme un petit-maître. i // a poussé la passion pour la créature, ou plutôt pour les créatures. jusqu:à l' extrême vieillesse » .raconte Grimm-. En traversant, après V Opéra, V aréopage des demoiselles de ce théâtre, il disait : a Si quelqu'une de ces demoiselles était tentée de souper avec un vieillard bien propre, il y aurait quatre-vingtcinq marches à monter, un petit souper asseï bon et dix louis à gagner. » L'appartement qu'il occupait aux Tuileries était effectivement un peu élevé ; du reste, poursuit Grimm, il s: 'acquittait toujours parfaitement bien dans ces parties du rôle qu'il s'était imposé. Moncrif jouissait d''une fortune asseï considérable par la réunion de plusieurs places que lui avait obtenues la souplesse de son caractère. On
Éloge du duc de Sully, soi-disant éclos de sa Minerve, vient de donner au public Camédris. conte. C'est une féerie peu importante, quant au fond, et dénuée même de ces grâces dont le sexe sait orner tout ce qui le touche. On y décelé la main flétrie et décharnée du pauvre Moncrif.
i. Mémoires secrets; 25 août 1762.