Les mulets, les jumarts et autres
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l'Inde bien authentique; c'est dans une relation manuscrite, qui est entre les mains d'une personne connue par beaucoup d'esprit et par une profonde érudition l.
FRAGMENT DE L'HISTOIRE DES DIEUX DE L'INDE Le Chat, le Brahmane et le Pénitent.
Un roi des Indes, nommé Salangham, avoit à sa cour un bramane2 et un pénitent3, célèbres Tun et l'autre par l'excellence de leur vertu; il en résultoit entre eux une rivalité et une dissension qui causoient souvent des événements merveilleux.
Un jour que ces illustres athlètes disputoient devant le roi sur le degré de vertu que l'unprétendoit avoir sur l'autre, le brahmane, outré de voir le pénitent partager avec lui l'estime de la cour, déclara hautement que sa vertu étoit si recommandable auprès du dieu Parabaravarastou, qui est, dans Flnde, le roi des divinités du
j. M Fréret, de l'Académie des belles-lettres.
2. Les brahmanes tiennent le premier rang dans l'Inde; ils sont dépositaires de la philosophie et de la religion.
3. Les pénitents sont, dans la mythologie des Indiens, ce qu'etoient les héros à l'égard des dieux des Grecs; ces pénitents, quoique mortels, disputent quelquefois de puissance avec les dieux. Voyez les Lettres du -père du Halde, Delon, l'Histoire des bramines et autres.
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premier ordre, qu'à l'instant même il pourvoit à son gré se transporter dans l'un des sept cieux où les Indiens aspirent. Le pénitent prit au mot le brahmane; et le roi, qu'ils avoient choisi pour juge de leur différend, lui prescrivit d'aller dans le ciel de Dévendiren f et d'en rapporter une fleur de l'arbre appelé Parisadam, dont la seule odeur communique Timmortalité. Le brahmane salua profondément le roi, prit son essor, et disparut comme un éclair : la cour resta étonnée ; mais on ne doutoit pas cependant que le brahmane ne perdît la gageure. Le ciel de Dévendiren n'avoit jamais été accessible aux mortels. Il est le séjour de quarante-huit millions de déesses qui ont pour maris cent vingt-quatre millions de dieux, dont Dévendiren est le souverain; et la fleur Parisadam, dont il est extrêmement jaloux, fait le principal délice de son ciel.
Le pénitent avoit grand soin de faire valoir toutes ces difficultés et s'applaudissoit déjà de la honte prochaine de son rival, lorsque tout à coup le brahmane reparut avec la fleur céleste qu'il n'avoit pu cueillir que dans les jardins du dieu Dévendiren ; le roi et toute la cour tombèrent d'admiration à ses genoux, et on exalta sa vertu au degré suprême. Le péni-
1 . Les Indiens imaginent plusieurs cieux où l'on jouit de différents degrés de volupté, selon les vertus qu'on a pratiquées dans ce monde.
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tent seul se refusa à cet hommage. « Roi, dit-il, et vous, cour trop facile à séduire, vous regardez l'accès du brahmane dans le ciel de Dévendiren comme une grande merveille ! ce n'est que l'ouvrage d'une vertu commune ; sachez que j'y envoie mon chat quand bon me semble, et que Dévendiren le reçoit avec toutes sortes d'amitiés et de distinctions. » Il dit; et, sans attendre de réplique, il fit paroître son chat, qui s'appeloit Patripatan ; il lui dit un mot à l'oreille, et voilà le chat qui s'élance, et qui, à la vue de cette cour extasiée, va se perdre dans les nues; il perce dans le ciel de Dévendiren, qui le prend entre ses bras et lui fait mille caresses.
Jusque là le projet du pénitent alloit à merveille ; mais la déesse favorite de Dévendiren fut frappée comme d'un coup de foudre, d'un goût si emporté pour l'aimable Patripatan, qu'elle voulut absolument le garder.
Dévendiren, à qui le chat avoit d'abord expliqué le sujet de son ambassade, s'y opposa. Il représenta que Patripatan étoit attendu avec impatience à la cour du roi Salangham; qu'il y alloit de la réputation d'un pénitent, que le plus grand affront qu'on pût faire à quelqu'un étoit de lui dérober son chat. La déesse ne voulut rien entendre ; tout ce que Dévendiren put obtenir fut qu'elle le garderoit seulement deux ou trois siècles, après lesquels elle le renverroit fidèlement à cette cour qui l'attendoit.
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Salangham s'impatientoit cependant de ce que le chat ne revenoit point; le pénitent seul avoit un front assuré : enfin ils attendirent les trois siècles entiers sans autre inconvénient que Fimpatience; car le pénitent, parle pouvoir de sa vertu, empêcha que personne ne vieillît. Ce temps écoulé, on vit tout à coup le ciel s'embellir, et d'un nuage de mille couleurs sortir un trône formé de différentes fleurs du ciel de Dévendiren. Le chat étoit majestueusement placé sur ce trône ; et étant arrivé auprès du roi, il lui présenta avec sa patte charmante une branche entière de l'arbre qui porte la fleur de Parisadam. Toute la cour cria victoire: le pénitent fut félicité universellement ; mais le brahmane osa à son tour lui disputer ce triomphe ; il représenta que la vertu du pénitent n'avoit pas opéré seule ce grand succès ; qu'on savoit le goût déterminé que Dévendiren et sa déesse favorite avoient pour les chats, et que sans doute Patripatan, dans cette merveilleuse aventure, avoit au moins la moitié de la gloire. Le roi, frappé de cette judicieuse réflexion, n'osa décider entre le pénitent et le brahmane ; mais tous les suffrages se réunirent d'admiration pour Patripatan, et depuis cet événement ce chat illustre fit les délices de cette cour et soupa chaque soirée sur l'épaule du monarque. Vous le croyez bien, madame.
J'ai l'honneur d'être, etc.
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