‹ Contes;Chapitre 21 sur 60 · CINQUIEME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIEME LETTRE

On soupçonne les chats, madame, d'avoir un penchant à nuire; que c'est peu les connoître ! il ne faut qu'un coup de crayon pour faire leur apologie ; ce trait, qui prouvera leur douceur et leur facilité, est bien à la honte des hommes : mais il s'agit de justifier Tinnocence: nous ne pourrions rien dissimuler. Faisonsnous un effort, madame ; considérons attentivement les chats dans l'instant de l'attentat qu^on ose faire sur leurs personnes, par le ministère barbare des chaudronniers ; déjà la perfidie est consommée : un chat, séduit par les caresses d'un homme dont il a bien voulu se faire un maitre, s'est livré entre les mains d'un ennemi. Il s"en échappe enfin; il est outragé; il a toujours cette griffe dont on a tant exagéré les atteintes; cependant un généreux mépris devient sa seule vengeance. Il se contente de fuir ces hommes qui l'ont si inhumainement trahi ; mais bientôt gagné par ce malheureux penchant avec lequel il est né pour eux, il revient et leur découvre pour tout reproche cette taciturnité et cette langueur dans laquelle il passe le reste de sa vie.

Un sonnet en bouts rimes, rempli par M. de Benserade, est un tableau admirable de la noble affliction des chats, lorsqu^ls ont éprouvé les

Les Chats. 53

horreurs de la mutilation : le chat de Mme Deshoulières est le héros de cette tragique aven-

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