‹ Contes;Chapitre 5 sur 60 · Lucien, Dialogue de l'assemblée des dieux · texte numérisé non relu

Lucien, Dialogue de l'assemblée des dieux

ic Contes de Moncrif.

vrai qu'on n'a point l'intelligence de ces caractères; mais nous ne laisserions pas de les expliquer, en rassemblant différentes circonstances de la mythologie des Egyptiens.

Ces peuples avoient pour tradition que les dieux, poursuivis par Typhon, avoient imaginé de se cacher sous des formes d'animaux. Anubis, adoré depuis sous le nom de Mercure, s'étoit transformé en chien. Diane qui, selon l'opinion d'Apulée, est la même qu'Isis, s'étoit transformée en une belle chatte; et, comme remarque fort bien Plutarque (car il ne faudra pas manquer de le citer) les Égyptiens n'avoient point imaginé au hasard la forme d'animal que chaque divinité étoit censée avoir prise. Mercure, par exemple, n'avoit préféré la forme du chien que pour marquer sa fidélité à accomplir les ordres de son maître.

En suivant donc l'opinion de Plutarque, ne serons-nous pas très raisonnables de trouver des rapports entre Diane et sa métamorphose, et de conclure que les Égyptiens ne l'avoient imaginée ainsi travestie, que parce qu'ils connoissoient dans les chattes des qualités convenables à la prud'homie de la déesse.

Suivant une autre figure antique, le dieu Chat a devant lui, madame, un sistre1, dont le

i. Instrument de musique : Isidore remarque que les Amazones s'en servoient a la guerre.

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manche est posé dans une petite coupe, ou si Ton veut, un gobelet ; nous remarquerons d'abord que ce sistre étoit un instrument consacré aux plus grandes divinités des Égyptiens; nous trouverons tout de suite occasion d'établir que la musique étoit admise dans leurs festins ; et cela, sans découvrir encore combien cette musique a de rapports avec nos chats.

Plutarque, dirons-nous, fait mention d'une chanson célèbre qui se chantoit dans tous les soupers de l'Egypte; cette chanson étoit à la louange du jeune Maneros, dont elle portoit le nom. Les Égyptiens le croyoient inventeur de la musique ; il étoit fils du roi Marcander et de la reine Astarté, qui accueillirent Isis, lorsque, cherchant le corps de son époux

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que Typhon avoit divisé par morceaux, elle le trouva jeté par les vagues sur la côte de Biblus, où régnoit alors ce roi, père du jeune Maneros.

Une autre circonstance, qu'il sera bien essentiel de faire remarquer, est que l'extrémité supérieure du sistre égyptien étoit ordinairement enrichie d'une belle sculpture, qui représentoit une chatte à face humaine, et qu'il y avoit quelquefois des chats semés en différents endroits de cet instrument.

Mais nous avons un autre monument de l'antiquité plus imposant encore. Le dieu Chat est représenté avec sa tête naturelle sur le corps d'un homme; remarquez bien, madame, tous ses attributs. Il tient ce sistre même, mais avec une dextérité et avec un air d'habitude qui frappe et qui découvre qu'il sait faire usage de cet instrument. Eh ! pourquoi n'y auroitil pas de vrais rapports entre les instruments de musique et les chats ? tandis que les dauphins, depuis tant de siècles, sont en droit de s'attendrir aux accords de la lyre ; que les cerfs se plaisent au son de la flûte ; et que les juments de la Grèce aimoient si fort les chansons, qu'on en avoit fait une exprès pour elles, et qui portoit leur nom. C'étoit, selon ce que rapporte Plutarque, une sorte d'épithalame dont le charme adoucissoit la rigueur de ces juments. Elles ne consentoient à recevoir un époux que lorsqu'elles entendoient cet

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air voluptueux qui n'étoit employé qu'à cet usage1.

Mais voici bien une autre découverte qu'il faut absolument manifester. Les chats sont très avantageusement organisés pour la musique ; ils sont capables de donner diverses modulations à leurs voix, et dans les expressions des différentes passions qui les occupent, ils se servent de divers tons.

Ceux qui s'élèveront contre cette proposition seront bien étonnés d'apprendre que nous nous serons servis expressément des termes de deux hommes célèbres par leur science 2.

Les chats mis en possession d'une belle et grande voix, nous demanderons à leurs adversaires ce qu'ils pensent de cet assemblage du sistre et du gobelet trouvés tant de fois entre les pattes des chats. Il me semble, madame,

i. Sans aller chercher des exemples dans les siècles recules, n'avons-nous pas, dans une province ûe France, des animaux sur lesquels de certains tons ont le même ascendant que la chanson de Plutarque avoit sur les juments?

On commence par appeler l'amant par son nom : Allons, mon beau Martin, dit-on ; allons, jeune vainqueur, ne vous a-t-on pas choisi une maîtresse charmante? voyez comme elle est prévenue en votre faveur; allons, qu'attendez-vous pour être heureux? Cette invitation, qui se débite avec une sorte de déclamation chantante, ne manque jamais de produire l'effet espéré.

2. M. Le Clerc (Bibl. chois, t. Ier, p. 293 et 294). Extrait de la Cosmologie sacrée de M. de Grew.

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qu'ils avoueront de bonne foi (car il y a de certaines vérités qui percent à travers la prévention) ; ils conviendront , dis-je , que le sistre, symbole de la musique, et ce gobelet qui réveille nécessairement ridée des festins, découvrent évidemment que chez les Egyptiens les chats étoient admis dans les festins et qu'ils en faisoient les délices par le charme de leur voix. Mais, supposé qu'ils ne saisissent pas d'abord le simple de cette proposition, et que semblables à ces esprits forts de la fable de M. de la Mothe, qui trouvent impossible ce qu'ils ne comprennent pas, ils osent nous soutenir que jamais le chant des chats, qu'ils ne manqueront pas d'appeler un miaulement, fondé sur un vers attribué injustement à Ovide1, que ce chant, dis-je, n'a pu être harmonieux, ni même supportable, cela nous paroîtra d'une grande déraison ; mais nous le dissimulerons pour ne point paroître prévenus. Nous nous contenterons d'abord de répondre que ce qui leur semble un miaulement, dans les chats d'aujourd'hui , ne prouve rien contre les chats de l'antiquité, les arts étant sujets à de grandes révolutions ; nous ajouterons, avec tout le ménagement possible, que ces dissonances, dont ils se plaignent, ne sont peut-être qu'un manque de savoir et de goût de leur part .Ceci pourra avoir

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