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Pardus hiando felit. Philomel, poem. Carm

besoin de quelque éclaircissement, et c'est alors que la vérité paroîtra dans son plus beau jour. Notre musique, à nous autres modernes, dirons-nous, est bornée aune certaine division de sons que nous appelons tons ou semi-tons ; et nous sommes assez bornés nous-mêmes pour supposer que cette même division comprend tout ce qui peut être appelé musique ; de là nous avons l'injustice de nommer mugissement, miaulement, hennissement, des sons dont les intervalles et les relations admirables, peutêtre dans leur genre, nous échappent, parce qu'ils passent les bornes dans lesquelles nous nous sommes restreints. Les Egyptiens étoient plus éclairés sans doute ; ils avoient étudié vraisemblablement la musique des animaux ; ils savoient qu'un son n'est ni juste ni faux en soi, et que presque toujours il ne paroît l'un ou l'autre que par l'habitude que nous avons de juger que tel assemblage de sons est une dissonance ou un accord ; ils sentoient, par exemple, si les chats, dans leur musique, passoient avec la même proportion que nous faisons d'un ton à un autre, ou s'ils décomposoient ce ton même et en frappoient les intervalles que nous appelons comas, ce qui auroit mis une différence prodigieuse entre leur musique et la nôtre ; ils discernoient dans un chœur de matous, ou dans un récit, la modulation simple ou plus détournée, la légèreté des passages, la douceur du son, ou Taigu qui peut-

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être en faisoit l'agrément : de là ce qui ne nous semble qu'un bruit confus, un charivari, n'est que l'effet de notre ignorance, un manque de délicatesse dans nos organes, de justesse et de discernement.

La musique des peuples de l'Asie nous paroît au moins ridicule. De leur côté ils ne trouvent pas le sens commun dans la nôtre. Nous croyons réciproquement n'entendre que miauler: ainsi chaque nation, à cet égard, est, pour ainsi dire, le chat de l'autre et des deux parts peut-être. Conduit par l'ignorance, on ne porte que de faux jugements.

A ce raisonnement, qui, simple comme il est, leur fera sans doute grande impression, nous ajouterons une réflexion qui achèvera de les convaincre. Les Égyptiens mettoient tout à profit pour sentir le bonheur de l'existence. Les squelettes, apportés pendant les festins, avertissoient de profiter des moments de la vie. Bois, disoit-on, et te réjouis : demain peutêtre tu seras mort1 : mais ce spectacle, quel-

Plus inconstant que l'onde et le nuage, Le temps s'enfuit; pourquoi le regretter? Malgré sa pente volage Qui le force à nous quitter, En faire usage.

C'est l'arrêter.

Goûtons mille douceurs; Si notre vie est un passage, Sur ce passage au moins semons des rïeurs.

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que accoutumés qu'y fussent les Égyptiens, ni cette exhortation, ne dévoient pas, par la première impression, donner des idées agréables; il n'est de précepte pour inspirer le plaisir que les images du plaisir même. Les chansons, les sistres, les chats venoient donc au secours; ils embellissoient la sombre vérité qui venoit d'être annoncée : de là, sans doute, la gaieté s'emparoit insensiblement du festin. Dans nos chansons, où ce même fonds se retrouve assez communément, il est du moins présenté par des images qui paroissent avoir plus de relation avec les sentiments qu'on veut inspirer.

Pardonnez-moi, madame, la petite vanité de m'être ici cité pour exemple. Cette chanson n'est que la même idée des Egyptiens rendue avec des couleurs plus douces, et qui sont à notre égard les sistres et les chats qui égayoient le tableau des squelettes.

Voilà les idées qui se sont réveillées en moi dans les premiers moments de mon dépit. Ma lettre doit se sentir de mon trouble: ayez la bonté d'y mettre tout l'agrément qui y manque; je vais faire des recherches sérieuses, afin de recueillir les fastes des chats avec l'ordre et l'exactitude convenables à une matière aussi intéressante et aussi ignorée du vulgaire.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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