‹ Contes;Chapitre 7 sur 60 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Quoiqu'il fût fort tard, madame, quand j'ai fermé hier au soir ma lettre, vous concevez bien qu'il m'a été impossible de dormir. J'ai passé la nuit à lire tout ce que j'ai de livres de l'antiquité; nous pouvons actuellement nous armer de belles citations latines et même grecques (car il ne faudra point ménager nos adversaires), qui vont mettre la des chats en évidence. Il me semble qu'il est gloire plus aisé d'avoir raison en grec qu'en françois. Comme nous avons suffisamment prouvé que les chats ayoient des autels en Egypte, nous pouvons négliger de décrire un nombre de monuments antiques qui ne laissent pas lieu d'en douter. Ne citons que, pour être exacts seulement, toutes les images de cette divinité trouvées dans la table qui comprend les mystères d'Isis, et faisons remarquer que le dien Chat, appelé Elurus, est représenté quelquefois avec des traits humains, mystère dont un savant commentateur assure qu'il résulte qu'une chatte est extrêmement comparable à la lune, avec laquelle ce bestial, dit-il, a une grande convenance et conformité l.

Mais cet assemblage de traits humains dans

1. Notes sur Philostrate, chap. du Nil, p. 37, édit. de i<5i$.

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le dieu Chat a une cause métaphysique, qu'il me paroît encore plus important d'éclaircir. Je suis sûr, madame, qu'elle vous a frappée d'abord

Vous savez que la vanité des hommes les fait se rapprocher, autant qu'il leur est possible, de ce qu'ils ont élevé au-dessus d'eux. Dès que les Égyptiens eurent dressé des autels à Elurus, ils lui substituèrent insensiblement quelques traits de leur ressemblance : dans ce monument, madame, la figure a le corps d'un homme et la tête d'un chat; elle est ornée de plusieurs attributs ordinaires aux figures égyptiennes ; mais le plus digne d'admiration est une couronne de lumière que jette la tête du dieu. Si ce ne sont pas des rayons, remarque le père Montfaucon1, ils en approchent ; et si ce sont des rayons, ajoute-t-il, cela conviendroit à ce dieu, l'un des plus honorés de l'Egypte.

La réflexion que nous venons de faire sur des effets de l'amour-propre nous conduit à présumer que les dames égyptiennes sentirent à leur tour l'avantage de ressembler à la déesse Chatte. Ce furent elles sans doute qui lui prêtèrent quelques traits de l'humanité dans les statues qu'elles lui élevèrent. Qu'aura-t-on à nous répondre, quand nous citerons le portrait de la déesse Chatte représentée en belle femme, parée d'un superbe panache, à la manière des figures égyptiennes, et tenant une espèce de

i. Livre vie des Antiquités, XIe tome du Supplément, pi. 4.4

sceptre, au haut duquel est le gobelet dont nous avons déjà dévoilé l'allégorie, ou quand nous la ferons voir assise avec dignité dans un fauteuil ? Pourra-t-on, sans admiration, voir dans un autre monument cette belle déesse conservant sa tête de chatte posée sur le corps d'une femme ? Elle porte une espèce de bagnolette qui lui couvre les épaules et une partie des bras, et qui laisse apercevoir une gorge ravissante; elle a une tunique qui lui descend modestement jusqu'à la cheville du pied ; elle tient sous sa poitrine une tête d'homme bridée par le menton, symbole manifeste de l'ascendant que les Egyptiens croyoient qu'elle avoit sur les cœurs ; et de l'autre bras elle soutient une espèce d'urne, qui étoit apparemment encore un éloge mystérieux de ses charmes1.

De cet assemblage de grâces, n'est-il pas tout simple de croire que la déesse Chatte étoit regardée en Egypte comme la mère des amours ? Toutes les beautés de Memphis se piquoient sans doute de lui ressembler; et les poètes, qui faisoient des vers à leurs louanges, avoient l'art de leur trouver les yeux aussi ronds et aussi luisants que ceux de la déesse. Vous concevez bien quel seroit le dépit des femmes qui ont le bon air de craindre les chats, quand on leur prouveroit qu'il ne pourroit leur arriver de succès si flatteur, que d'être autant aimées,

i. Antiquités du père Montfaucon, liv. vi, t. II, pi. 4.5.

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autant préconisées qu'une chatte de l'Egypte. Ce ne sera point une idée hasardée, que d'appeler la déesse Chatte la mère des amours; c'était Isis même que les Egyptiens adoroient sous cette forme agréable; et Isis présidoit sur les cœurs. Les amants l'invoquoient pour acquérir le don déplaire; ils l'attestoient, sans doute, pour persuader leurs maîtresses, lorsqu'ils juroient par le nombre de trente-six, serment le plus solennel parmi eux et le plus sacré.

Éclaircissons à présent, c'est-à-dire dissertons sur ce que pouvoit être le culte rendu au dieu Chat.

Chaque divinité en Egypte avoit plusieurs prêtres, dont l'un avoit la supériorité1 ; et c'était de Tordre de ces prêtres que les Égyptiens élisoient leurs rois. Il y a toute apparence que le pontife des chats avoit toujours le plus de droits à la couronne. Il ne faut pas oublier, je crois, de faire sentir que ces prêtres se baignoient deux fois par jour dans Peau froide ; qu'ils étoient habillés de lin, attendu que la fleur de lin est de couleur bleu céleste ; disons aussi que leurs souliers étoient formés d'une certaine plante appelée papyrus-. Il ne tiendroit qu'à nous de mettre ce mot en grec et d'alléguer un prodige au sujet de cette plante. Les Bibliens prétendoient qu'une tête formée de la plante appelée papyrus étoit portée tous les ans régu-

i. Plutarsh, in Isid. et Osirid.

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