La tour de Jeanne d'Arc, sur la rivière d'Oise
%iS:'§)§}I^B.II.il|::râ(>|hN
mm M •»» «•«••■ •• V •■ ?
tr^f-tm -•'*'■«« "•■*•■•
des faillites avaient ruiné. La pauvre femme , à la mort de son mari , s'était retirée dans une espèce de chaumière située sur les bords de TOise. Il y avait près de six ans que cette chaumière avait brûlé et que Mme Brocard avait péri dans les flammes. Son . enfant, petit garçon de trois ou quatre ans, qui s'appelait Victor et qu'on savait avoir été sauvé, n'en avait pas moins disparu alors sans qu'on eût jamais pu savoir ce qu'il était devenu. Ce petit garçon était mince et d'une charmante figure. Un renseignement donné par le maire et quelques autres personnes pouvait aider à le reconnaître : c'est qu'il avait des cheveux bouclés , très-blonds , avec de grands yeux très-noirs.
Ce signalement, joint aux autres circonstances, désignait tellement Victor que M. de Courtis n'eut plus le moindre doute. Il écrivit aussitôt au maire de Compiègne que , si l'enfant n'était réclamé par aucun parent, il offrait de se charger du soin de son éducation ; et bientôt il reçut les autorisations nécessaires à cet effet, auxquelles était joint l'acte de naissance de Victor Brocard.
Dès ce moment, Victor fut traité par M. de Courtis comme un second fils , et toute sa conduite le rendait digne de ce bienfait. Il était doux , obéissant; il se distinguait dans ses études d'une manière étonnante , et il aimait Albert au point qu'il ne pouvait vivre une heure content séparé de lui.
La famille était établie de nouveau à Auteuil depuis un mois. M. de Courlis s'applaudissait de plus en plus d'avoir cédé aux prières de son fils en gardant Victor chez lui, quand il crut s'apercevoir qu'un défaut unique, mais bien méprisable, ternissait toutes les bonnes qualités de son enfant d'adoption : Victor paraissait aimer l'argent par-dessus tout. M. de Courtis lui donnait, ainsi qu'à Albert, dix sous par semaine pour ses menus plaisirs; rien au monde ne pouvait décider Victor à en dépenser un seul. Non content de garder tout ce qu'il recevait de son bienfaiteur, il lirait de l'argent de tout, au point qu'on lui vit vendre à d'autres petits garçons de fort jolis joujoux qu'il avait reçus en étrennes à Paris des amis de la maison. Un jour que M. de Courtis se promenait dans le bois de Boulogne avec les deux enfants, il demanda quelques sous à Victor pour les donner aux pauvres ; le petit répondit d'un air d'embarras qu'il n'avait rien sur lui.
« Comment! dit M. de Courlis, n'as-ltt pas reçu ta semaine hier? L'as-tu donc déjà dépensée?
^— Non, répondit Victor en rougissant beaucoup ; mais je serre mon argent.
— Ah ! mon Dieu oui , papa , dit Albert, croyant servir son ami ; il doit en avoir bien plus que moi, car il est très-économe , Victor.
— Ce n'est plus là de l'économie, » dit à demivoix M. de Courtis d'un air de dédain.
Soit que Victor n'euteridît point, soit qu'il ne voulût pas entendre, il ne répondit rien.
M. de Courtis se creusait la tète pour deviner quel plaisir pouvait prendre un enfant à thésauriser ainsi. Sa tendresse pour son protégé diminua bientôt de moitié. En vain Victor se montrait empressé, attentif, alTectueux; M. de Courtis, en le voyant ainsi, revenait parfois, puis il se disait aussitôt : « Il ne m'aime pas ; un avare ne peut aimer personne. »
L'été se passa de la sorte. L'époque de la fête d'Albert approchait. M. de Courtis se dit : « Nous verrons s'il donnera quelque chose à son ami ; Albert lui fait sans cesse de petits présents. »
Le jour venu, Albert avait reçu des livres de son père, des bouquets de tous les domestiques, et jusqu'aux féhcitalions de l'horloger qui venait d'arriver de Paris pour régler les pendules. Victor ne se montrait point; il n'avait paru qu'au déjeuner, et n'avait pas môme embrassé Albert. « Oh ! c'est trop fort! se disait M. de Courtis, s'il ne voulait pas dépenser son argent , il pouvait au moins trouver une fleur dans le jardin ! »
Dans ce moment la porte s'ouvrit avec violence ; Victor, le visage en feu, les yeux mouillés de larmes, s'élance dans le salon : «Albert! s'écrie-t-il en serrant son ami dans ses bras , voilà la montre ! voilà la montre! Vincent m'a tout dit; et je mour-
■l'i^iiitttm'*