‹ Contes merveilleuxChapitre 3 sur 18 · SUPERLATIF · texte numérisé non relu

SUPERLATIF

. Deux bons époux avaient vécu ensemble quinze années sans avoir d'enfants. Au bout de ce temps, ils eurent enfin l'espérance de voir leurs vœux exaucés, et ils prièrent le ciel de leur accorder, comme dédommagement d'une si longue attente, un fils doué de quelque avantage extraordinaire qui le distinguât de tous les autres hommes. Et bientôt ils eurent un fils qui vint au monde si fort et si beau, qu'ils l'appelèrent Superlatif, pour marquer sa taille, prodigieuse chez un nouveau-né.

Ce nom aurait pu dans la suite paraître mal choisi, car il arrive assez souvent que les en-

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fants qui naissent très-forts ne prennent pas un accroissement proportionné à cet heui-eux début; mais il n*en fut pas ainsi de Superlatif. Il dépassa toutes les espérances que ses parents avaient pu concevoir. Il grandit et se fortifia de telle sorte, qu*il dépassait de beaucoup en stature tous les enfants de son âge.

 douze ans, il avait la taille d*un homme et il en était fier. Il se mesurait en passant aux plus beaux soldats ; il faisait sentir de mille manières à ses petits camarades son dédain, et ne leur épargnait pas les moqueries.

A quinze ans, il aurait pu entrer dans les gardes d'élite que le roi avait placés autour de sa personne; à vingt ans, il fut un véritable géant, qui dépassait de tout le buste l'homme le plus grand du royaume après lui.

Sa croissance ayant été aussi uniforme que prodigieuse, son corps avait conservé des proportions parfaitement régulières ; les traits de son visage étaient majestueux et doux : cependant les jaloux n'étaient pas seuls à y trouver un mélange de suffisance.

Quelle que filt l'expression du visage, asâu-

riment l'orgueil était dans le cœur. Comme Superlatif n'avait qu'à se montrer dans un lieu pour fixer 'sur lui tous les regards, il devait naturellement se croire une rare merveille.

D'ailleurs la foule ne cessait pas de se répandre devant lui en éloges emphatiques sur sa belle stature. Il recevait ces étemels compliments avec fatuité, du haut de sa grandeur.

n ne parlait que géants. Titans et Cyclopes. Quand il avait nommé Polyphème, Orion, Tîtye, il disait « nous autres, » pour faire entendre qu'il se croyait d'une autre espèce que le commun des honunes.

Sa mère, à laquelle il ne témoignait pas trop de respect, et qu'il traitait souvent comme une petite fille, lui disait, quand elle se promenait avec lui en lui donnant la main, car elle n'aurait pu s'appuyer sur son bras :

a Mon fils, jouis de tes avantages avec modestie ou crains la vengeance du ciel. Assurément tu es le plus grand des hommes, mais Dieu est bien plus grand que toi. »

Ces remontrances ne produisaient aucun eiïet sur le seigneur Superlatif. Des observations qui partaient d'une région si inférieure à la sienne ne pouvaient l'atteindre. N'était-ce pas à lui plutôt de diriger, à lui de reprendre toutes ces chétives créatures, qui n'avaient su parvenir à s'élever au-dessus du niveau commun?

Pour faire d'autant plus ressortir sa taille majestueuse, il aimait à s'entourer d'hommes petits et chétifs. S'il avait trouvé des nains, il les aurait préférés. Et, chose singulière! on observa que, de leur côté, les hommes les plus exigus recherchaient avec empressement sa compagnie , croyant peut-être se grandir par un voisinage qui en réalité les écrasait.

Au contraire, les hommes de- belle taille étaient jaloux de sa supériorité. Le prince ayant songé à le faire entrer dans sa garde, ceux qui la composaient déclarèrent unanime* ment à Sa Majesté, que, si elle enrfllaît Superlatif, ils demanderaient tous leur congé.

Il restait donc fier et solitaire, comme ces chênes immenses qui se développent en liberté dans la prairie , tandis que les arbres de

là forêt prochaîne , pressés les uns contre les autres, regardent avec envie le géant superbe et sans rival.

Superlatif se rendait un jour dans une ville voisine, où Ton célébrait une fêle publique; car il aimait à se montrer au milieu de la foule : c'était là qu'il triomphait et qu'il recueillait de toutes parts, à son passage, les témoignages naïfs de la surprise et de l'admiration populaires.

Il y devenait toujours le principal spectacle, quel que fût l'éclat et l'agrément des plaisirs.

Il faut dire que Superlatif s'habillait encore à son avantage. Il avait adopté un costume de fantaisie, qui tenait du militaire et du civil : il portait de grandes bottes molles, avec de hauts talons, et des éperons d'un demi-pied de longueur; il jetait sur ses épaules un court manteau, qui, sans déguiser ses belles formes, leur donnait une ampleur nouvelle. Sa coiffure, en forme de bonnet persan, était le plus souvent décorée de quelque plume ou d'une aigrette, qui l'obligeait à baisser la tête sous les plus

liautes portes même et sous les cordes dets réverbères.

Ce jour-là, à la sortie d'un bois, il reucontra sur son chemin un ruisseau large et profond. C'était pour lui une bagatelle que de Tenjamber, et il avait déjà levé le pied, (juand il aper* çut près de lui une petite vieille contrefaite, qui lui dit d'une voix tremblante :

« Mon bon monsieur, aidez-moi, je vous prie, à passer l'eau.

— - Et qu'allez-vous faine de Tautre côté, ma belle poulette? Vous allez peut-être danser au bal de la fête?

— Je ne suis pas belle , répondit la petite vieille, et il y a bien longtemps que la poule a pondu tous ses œufs : ne rappelez donc pad une poulette!

-^ Excusez*moij ma chère, reprit Superlatif d^iin ton goguenard ; je ne peux, à la distancç où nous sommes l'un de l'autre, distinguer si vous êtes jeune ou vieille, laide ou jolie. Mcii$ enfm dis-moi ^ pauvre naine , pourquoi tu veux passer le ruisseau^

«fi

—•Pour aller à la fête, comme les autres, voir le plus grand sot, le plus orgueilleux animal qui soit au monde, car je sais qu'il doit y pai*aitre.

— Quel est-il donc, ce grand sot, cet orgueilleux animal?

-^ C*est toi-même , Superlatif, » répondit la petite vieille, les yeux étincelants de colère.

Superlatif allait la jeter rudement sur l'autre bord ; mais, lorsqu'il voulut la saisir par les épaules, il demeura les bras tendus, immobile et comme pétrifié.

« Parce que tu joins la dureté à Torgueil, tu seras puni, Superlatif! lui dit la fée (car c^en était une). Écoute-moi bien; si tu as autant d'esprit que de corpulence, tu comprendras ma prophétie : Vn soleil^ pour faire son œuvre t mange douze lunes entières; mais^ cette foiSy chaque tune mangera Fceuvre (fun soleil, »

Après avoir dit ces mois, la petite vieille enjamba aussi lestement la i^ivière que l'aurait

pu (aire une biche; elle sourit ironiquement à Superlatif et le pressa, d*un ton moqueur, de venir à la fête. Il avait recouvré la faculté de se mouvoir, mais il n*en profita que pour s*en retourner chez lui : car il eut, à l'instant même, le pressentiment confus d*une fâcheuse dis-, grâce.

Il s'en allait donc, méditant sur ces mystérieuses paroles : Un soleil, pour faire son œuvre y mange douze lunes entières; mais, cette fois^ chaque lune mangera V œuvre drun soleil.

Il ne put d'abord comprendre le sens de celte menace; il lui fallut trente jours pour deviner le mot de l'énigme; mais, lorsqu'il fut parvenu à l'entendre, il fut saisi d'une véritable

fureur.

Une semaine après l'aventure de la rivière, il s'était senti moins serré dans ses habits, et il lui sembla, quelques jours après, T[ue sachaussure ne tenait plus aussi bien à ses pieds.

Il se dit à lui -même :

« Les menaces de cette méchante vieille

m*ont donné du souci, et cela me fait maigrir. »

Il avait dit confusément quelques mots de Toràcle à ses parents, qui n'y avaient rien compris ; mais ils fixaient sur lui des regards où se peignait Tinquiétude.

« Mon cher Superlatif , lui disait sa petite mère, un mal secret te consume : serais-tu peut-être amoureux ? Fasse le ciel qu'il en soit ainsi , et veuille-t-il le donner une femme digne de toi!

— Ma mère, ne me parlez pas .de femme ! répondit-il d'un air farouche , et priez seulement le ciel que la lune ne mange pas le soleil !

— Toujours cette lUne, mon chef Superlatif! Laisse le soleil et la lune où ils sont, et ne pense qu'à te réjouir sur la terre, où ces astres ne voient rien d'aussi beau que toi. »

'Le trentième jour du mois, Superlatif, se trouvant seul dans sa chambre, reconnut, à ne

pouvoir s'y méprendre, que non-seulement il s'était sensiblement aminci, mais encore que sa taille était moins haute. Il en avait déjà quelque» soupçons: dans ce jour fatale le doute se changea en certitude.

« Mon père ! s'écria-t-îl d'un ton impérieux, qui ne lui était que trop ordinaire.

— Que veux-tu mon fils ? dit le père, qui ac- <;ourut suivi de la mère.

— Prenez, je vous prie, la règle de bois, et couchez-la sur ma tète, pendant que je me tiendrai debout contre la muraille. »

Il s'était mis à la place où ses heureux parents avaient marqué d'année en année les progrès de sa taille, jusqu'à l'âge de vingt ans, époque où il avait cessé de grandir. On avait marqué son âge sur. la muraille, à côté de chaque trace horizontale qui indiquait sa mesure à ce moment.

Le père, étant monté sur une chaise, coucha la règle sur la tête de son fils, et dit, après un instant d'observation :

< C'est singulier! La règle porte plus bas que la mesure de ta vingtième année, et cependant ce n'est pas à vingt-quatre ans que l'on commence à déchoir !

— Assez de réflexions ! dit brutalement Superlatif, et dites-moi bien vite à quelle mesure correspond ma taille aujourd'hui.

— Mon fils, elle correspond exactement à celle de ta dix-neuvième année.

— Malédiction ! s'écria Superlatif; la lune a mangé le soleil !

— Que veux-tu dire, mon fils? dit la mère en gémissant.

— Je veux dire que j*ai perdu en un mois la croissance d'une année, et voilà comme s'expliquent les paroles de la vieille. »

n fallut que Superlatif expliquât lui-même les siennes. Il conta en détail son aventure à ses parents alarmés, qui n'en présagèrent, comme lui, rien que de funeste.

Jusque-là on ne s'était aperçu de rien danîï le public. Il est vrai que Superlatif s'était montré moins souvent, et, comme on l'imagine.

son absence avait été remarquée, mais le monde ignorait encore sa disgrâce* Enfin» craignant que 3on décroissement , déjà trop sensible pour lui, ne frapp&t les regards étrangers, il fit venir son bottier, et lui ordonna d'élever les talons de ses bottes, en lui recomr mandant, de la manière la plus forte, de garder là- dessus un profond silence; en quoi il montra peu de finesse : car le maître bottier, frappé du mystère que son client mettait à la chose , n'eut pas de repos qu'il n'eût dit en vingt endroits et l'ordre que Superlatif lui avait donné et la défense qu'il lui avait faite,

« Il ne m'en parait pas plus grand, dit un des élégants de la ville.

— Au contraire, dit un autre quelques jours après, et, malgré des talons qui pourraient passer pour de petites échasses, le géant me paraît moins superbe qu'il n'était. »

L'observation n'était que trop fondée, et Superlatif pouvait mesurer sa déchéance, pour ainsi dire, jour par jour. x

« Mon père, dit-il enfin, donnez-moi voire congé et de l'argent, je vous prie ; le séjour de celtç ville m'est devenu insupportable ; je veux voyager : cela me procurera un peu de distraction , dont j'ai besoin.

— Et un peu d'appétit! ajouta la mère, ce qui te rendra ta bonne mine et touf ce que tu as perdu depuis quelques semaines. Va, mon fils, et reviens tel que tû étais avant cette fatale rencontre. »

Superlatif, étant arrivé dans une ville où l'on ne l'avait jamais vu, mais où sa renbm* mée s'était répandue, ne laissa pas d'exciter une admiration générale. Il était revenu aux heureux jours où il avait vu la foule se porter sur ses pas. Les plus belles femmes se retournaient lorsqu'il avait passé ^ levant la tète pour le mesurer du regard ; les plus beaux hommes s'arrêtaient à sa vue, et discouraient entre eux, avec des gestes d'étonnement.

Mais, hélas ! un chagrin secret empoisonnait son triomphe. Il était comme un financier qui, prévoyant sa faillite prochaine, entend les

envieux célébrer son opulence. Il se sentait déchoir, et ne pouvait plus se dissimuler la ré— gularité désespérante de cette décadence incurable. Au bout du second mois» une autre lune avait mangé un autre soleil. Superlatif n'avait plus que sa taille de dix-huit ans.

Ce lui fut une raison pour déloger au plus vite et se rendre dans une ville plus éloignée, oii il n'excita guère moins d'étonnement quelques jours après. Cependant il eut la douleur d'entendre un cavalier dire à demi-voix à une belle dame :

il Sur sa renommée, je le croyais plus grand. »

Et pourtant il usait de tous les moyens imagmables pour se donner de la carrure et pour élever sa taille. Il commençait , ô misère ! à marcher sur la pointe du pied;

Dans chaque ville où il passait , il était obligé d'appeler un tailleur, afin de rentrer les coutures de ses habits et de raccourcir ses pantalons.

Ses parents lui avaient recommandé de leur donner souvent de ses nouvelles ; mais il ne pouvait se résoudre à prendre la plume, tant il était morose et découragé. Voici cependant une lettre qu'il écrivit à sa mère, et qui suffira pour peindre les angoisses de l'infortuné :

« Ma mère y chaque jour m'apporte une douleur nouvelle, et me prouve que la Tée impitoyable ne cessera pas de me poursuivre , qu'elle n'ait fait de moi la plus misérable créature de l'univers. Me voilà réduit, je pense, à ma taille de seize ans. Encore un mois pareil à celui-ci, et je ne serai plus qu'un homme ordinaire, avec la perspective de descendre bientôt à la mesure des pygmées, et de me voir un aussi pauvre nain que je fus un magnifique géant. Où s'arrêtera cette fatale décroissance? Je voudrais qu'elle n'eût point de terme, et qu'elle me plonge&t bientôt dans le néant I Je suis dégoûté de la vie ; je voudrais n'être jamais né. De quel ridicule ne serai'-je pas couvert , quand on saura ma déplorable histoire î Je n'ose déjà plus me montrer dans

ma ville natale ; je serai bienCt^t forcé de me dérober aux regards même des étrangers. El vous , pauvre mère , consentirez-vous à me reconnaître, quand votre malheureux fils ne se reconnaît déjà plus ? Je ne sais trop quand je pourrai me résoudre à retourner auprès de vous. Plus ma taille diminue , plus ma répugnance augmente. Préparez, je vous en supplie, nos voisins à ce retour. Dites qu'un mal secret me consume.... Hélas! ce que je peux souhaiter de mieux, c'est d'inspirer la pitié; mais, pour l'obtenir, j'ai trop blessé mes concitoyens par mon insolent orgueil. Je vous embrasse, ma bonne mère, et suis votre fils, humilié, désolé, diminué, en qui tout déchoit, excepté l'amitié qu'il a pour vous. »

Sa pauvre mère lui faisait les réponses les plus consolantes qu'elle pouvait ; elle le conjurait d'oublier le passé, de se confier en. l'avenir; elle se gardait bien de lui faire des reproches tardifs, et ne lui adressait, sous aucune forme , de ces « je te disais .bien ! » qui font le désespoir des malheureux. Elle évitait

d'autant plus ces remontrances, qu'elle voyait son fils assez confus de sa yie passée. Il avait bien rabattu de son fol orgueil , puisqu'il souhaitait d'inspirer la pitié. Au reste, elle insistait pour qu'il revint au plus tôt dans sa ville natale. Puisque le voyage n'exerçait sur son état physique aucune influence favorable, il ferait mieux de se montrer avant d'avoir changé davantage. Elle préparait de son mieux les amis et les voisins à ce qu'ils allaient voir.

Dans le temps où Superlatif délibérait sur ce qu'il devait faire, il fît une rencontre bien désagréable* Il était en voiture, moins par goût que pour dissimuler ce qu'il avait perdu de sa haute taille , lorsqu'il vit venir à lui , montés sur de puissants chevaux , les deux hommes les plus grands et les plus beaux de la garde royale , qui venaient de remplir un message.

Ils avaient ouï parler du changement qui se faisait en la personne de Superlatif, et, soit pour le constater par leurs propres yeux, soit pour se moquer de lui , ils l'arrêtèrent malicieusement au passage.

son père, qui n'avait «plus pour lui les mêmes égards qu'auparavant, usa d'autorité, et déclara qu'il ne lui enverrait plus un sou.

« Si tu dois devenir aussi petit que tù as été grand , lui écrivait- il , je ne peux sans imprudence te laisser courir le monde. Avant peu, la protection paternelle te sera peut-être nécessaire : n'attends pas jusqu'à ce que les étrangers te prennent pour un enfant et se jouent de toi. »

•Oh ! quelles amères paroles poiîr l'orgueilleux Superlatif! Et il ne pouvait se dissimuler qu'elles étaient fort sages. Il céda, il revint sur ses pas ; il rentra de nuit dans ses pénates , et soupira en revoyant la haute porte qu'on avait autrefois construite pour son usage. Hélas! une porte ordinaire suffisait maintenant : il revenait avec la simple taille d'un grenadier;

A la vue de sa mère, il se sentit ému; il se jeta dans ses bras avec un mouvement de tendresse qui lui fit verser quelques larmes. Jamais pareille chose ne lui était arrivée. La

pauvre mère ne put s'«inpêcher de laisser paraître une douloureuse surprise, el le père ne cacha point son mécontentement. 11 avait laissé voir si souvent son orgueil paternel , dans le temps où son fils était Tobjet de l'admiration universelle, qu'il se sentait maintenant, comme lui , profondément humilié et livré au même ridicule.

« Voilà les fruits de ta sotte conduite ! dit-il en murmurant.

—Taisez-vous, mon mari, dit la mère. Allezvous recevoir notre enfant avec des reproches, et l'aimerez-vous moins, parce qu'il vous ressemble davantage ? Tel que le voilà, il rendrait fier encore un autre père que vous.

— Qu'il reste à ce point, et je lui pardonne, » dit le père , toujours de mauvaise humeur.

Superlatif, sans rien répliquer, demanda la permission de se retirer chez lui, et il remarqua, avec attendrissement, que sa mère avait eu soin de mettre partout des meubles convenables à sa taille présente et de raccourcir son lit.

c Et bientôt peut-être , dit-il en se couchant, il sera trop long pour moi ! »

Le retour de Superlatif excita la curiosité générale. Chacun aurait youlu le voir, mais il restait chez lui constamment et se dérobait à tou&les regards.

Quelques jours après, toute la ville fut plongée dans le deuil ; le roi avait perdu son auguste compagne , et tout le peuple dut assister aux obsèques. Le père de Superlatif, qui avait un office à la cour, ne pouvait se dispenser de paraître à la cérémonie, et il exigea que son fils y parût avec lui.

Malheureux Superlatif! Il n'y eut personne, parmi les innombrables assistants, dont la tenue convint mieux à la circonstance. Il marchait les yeux baissés, Fair mélancolique ; et qui n'aurait pas connu sa triste aventure aurait dit : « Celui-ci est, après le roi, l'homme du royaume qui regrette le plus sincèrement la reine. >

Les autres assistants, au contraire, furent singulièrement distraits de l'objet qui aurait dû les occuper uniquement dans ce jour de deuil :

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