CHAPITRE IV
Le Géranium.
Le maître de danse se rétablit peivà peu de son entorse, et Forester épui>a toutes ses épargnes pour lui acheter un nouveau violon, car le sien s'étcit brisé dans sa chute. Sa montre s'était austi dérangée en tombant sur les marches de pierre : quoique Forester regardât une montre comme un joujou inutile , il résolut pourtant de la faire réparer, et à cet effet son ami Henry le mena chez un horloger.
Pendant que Henry Campbell et Forester consultaient l'horloger sur l'état intérieur de la montre, Archibald Mackenzie qui les avait suivis par oioiveié , examinait les
14 CO^TES MORAÏT.
montres de la }3;;utique, et paraissait en convoiter une qui lui semblait la plus iDelIe de toutes. Gomme il jouait avec cette montre, Thorloger lui dit de prendre garde de la briser. Archibald répliqua, de ce ton insolent dont il avait coutume de se servir avec un boutiquier, que s'il la brisait, il était bon pour !a payer. L'horloger répondit poliment qu il n'en douiait pas, mais que la montre ne lui appartenait point; elle était, dit-il, à sir Philip Gosling, qui devait la venir prendre dans un quart d'heure.
Au nom de sir Philip GosMng, Archibald changea de ton à l'instant même. Il avait le plus ardent désir de faire la connaissance de sir Philip; car c éti;it un jeune homme qui devait se trouver un jour à la tète d'une grande fortune, et qui, en attendant , dépensait le plus qu'il pouvait avec autant de facilité que peu de jugement. Ses parens l'avaient envoyé à Edimbourg pour son éducation, et il y passait tout son temps à monter à cheval, à faire des paris, à se pavaner sur les promenades publiques, à ridiculiser enfin, ou, comme il le disait lui-même, à mystifier les jeunes gens raisonnables qui s'appliquaient sérieusement à l'élude des sciences et de la littérature. Toutes les fois qu'il se montrait aux cours des professeurs, sir Phiiip avait soin de prouver aux personnes présentes qu'il n'y venait pas pour s'instruire, et qu'il méprisait souverainement tous ceux qui étaient obligés de se livrer à l'étude; il était le premier à faire naître le désordre dans les classes, ou ce qu'il appelait li'i-même du tapage.
Tel était le jeune homme dont Archibald Mackenzie se montrait si désireux de faire la connaissance. Il resta chez l'horloger, dans l'espoir que sir Phiiip ne tarderait pas à s'y rendre. Son attente ne fut pciat trompée, sir Philip vint, et, avec une adresse que lady Catherine eût admirée, Archibald crjagea la conversation avec le jeune baronn.t, si l'on peut appeler conversation une sorte de jargon à la
FORESTER. 15
mode â la fois dénué de sens et d'esprit. Ce îangag^e fut absolument inintelligible pour Forester; après Tavoir écouté pendant quelques momens avec un froid mépris , il poussa Henry en lui disant : — Ne perdons pas notre temps ici; allons voir la brasserie dont vous m'avez parlé.
Henry ne se rendit pas tout de suite à l'appel de son ami indigné, car au même instant la porte d'une petite pièce s'ouvrit doucement au fond de la boutique de Thorloger, et il en sortit une petite fille d'environ sept ans , qui portait avec peine un grand pot de géranium en p'eine fleur. Henry, qui s'aperçut de la faiblesse de l'enfant, prit le vase dans ses mains et lui demanda où eile voulait qu'il fût posé.
— Ici, monsieur, pour aujourd'hui, dit tristement la petite fille; mais demain il s'en ira pour toujours !
La petite fille regrettait la perte de son géranium, parce que c'était elle qui Tavait soigné iout l'hiver et qu'elle l'aimait beaucoup, ciit-elle; mais elle voulait s'en défiiire, quoiqu'il fût en pleine fleur, parce que l'apothicaire lui avait dit qu'il était la cause de la maladie de sa grand'maman. — Nous logeons dans cette petite chambre noire, continua-t-elle, et grand'maman s'est ti^ouvée si mal celte nuit qu'elle ne pouvait ni parler ni se mouvoir. Lorsque l'apothicaire est venu, il a dit que ce n'était pas étonnant que Ton fût malade dans une aussi petite chambre et avec nn aussi grand géranium pour en empoisonner l'air. Il faut donc que mon géranium s'en aille, ajouta-t-elle avec ua soupir; mais comme c'est pour le bien de grand'maman ^ je n'y veux plus penser.
Henry et Forester furent frappés de la physionomie et des manières modestes et naïves de celte pauvre enfant, et la générosité sans affectation avec laquelle elle faisait le sacrifice de son géranium les charma tous les deux. Forester prit note de ce fait dans $ua esprit comme uu exemple çû
faveur de sa prédilection pour les pauvres. La petite fille semblait pauvre, quoiqu'elle fût décemment vêtue; elle était si maigre que les os de ses petites joues étaient tout saillans: sa ^r^nve n'avait pas les formes vcloufccs et roses de la santé et du bonheur; elle était pcâle . jaune, et paraissait souffrir de la misère. — Emu de pitié, Forester regretta de n'avoir plus d'argent, quand il en pouvait faire un si bon em{)loi. 11 était toujours extravagant dans sa géné< rosité ; il jetait souvent cinq f^ui^-ées où cinq schellings eussent été bien sufflsans. et se réduisait ainsi quelquefois à l'impossibilité de soulager des infortunés qui m.éritaient réellement sa sympathie. Dur^int son voyage de la maison paternelle à Edimbourg, il avait dépensé en charités malentendues une somme considérable, et le reste de son argent avait passé dans l'achat d'un nouveau violon pour M. Pasgrave. Le docteur Campbell avait absolument refusé d'avancer de l'argent à son pupille, avant que le prochain quartier de la pension fixée pour ses besoins personnels fût échu. Henry, qui savait lire les sentimens des autres sur leur visage, devina facilement la pensée secrète de son ami Francis, mais il s'abstint de remettre à la petite fille l'argent qu'il avait tout prêt dans la main; il savait bien qu'il pouvait revenir chez Ihorloger et donner à l'ciif^mt ce qu'il voudrait sans ostentation.
En questionnant la petite Mary, c'était le nom de l'enfant, sur la maladie de sa grand'mère, Henry apprit qu€ la vieille femme avait pr.ssé toute la nuit à tricoter, et que, surprise par leficiJ, elle avait allumé une terrine de charbon dans sa chambre, que peu de temps après eWi s'était sentie assoupie, et que lorsque sa pclite-fille lij avait demandé pourquoi elle ne se couchait pas, ellen'rvait pas fait de réponse; quelques minutes après elle était tombée de sa chaise. L'enfjnt tout alarmé s'était levé luimême avec beaucoup de peine, et avait couru ouvrir la
FORESTER. 17
porte pour appeler la femnie de Tiiorloger, qui avait ellemême veillé tard, et qui éteignit alors le feu de la cuisine, à l'aide de sa voisine; la vieille dame fut transportée à Tair et repiii bientôt ses sen.^ La terrine de charbon avait été éloignée avant larrivée de l'apothicaire, qui, étant trèspressé lorsqu'il avait fait sn visite , avait adressé peu de questions à la malade, et avait en conséquence condamné le géranium sans preuves suffisantes. Il avait dit en sortant, d'un ton indifférent : — Ce géranium plairait à ma femme , j'en suis sûr; et la pauvre malade , qui n'avait rien au monde pour lui payer f^es honoraires, s'empressa de donner ce qui semblait plaire au docteur.
A ce récit, l'indignation de Forester éclata en termes de mépris contre la bassesse de cet apothicaire et de tous les apothicaires du monde. Henry apprit à l'enfant que c'était le charbon qui avait causé la maladie de sa grand"mère, et l'engagea à ne plus en tenir allumé, sous aucun prétexte, dans sa chambre à coucher, en lui disant que beaucoup de personnes avaient été victimes de cette imprudence. — Eh bien! s'écria Mary avec joie, puisque c'est le charbon et non le géranium qui a rendu grandiiiaman malade, je pourrai donc garder ma belie plante? Puis elle courut en cueillir quelques fleurs qu'elle offrit gracieusement aux deux amis. Forester, qui songeait encore à la bassesse de I'apothicai'.e, reçut les fleurs sans s'en apercevoir, et se mit à les effeuiller par distraction. Au moment où la petite fille présenta ses fleurs à Henri , il observa que le revers de sa main était noir et meurtri. Il lui demanda comment elle s'était ainsi blessée, et l'enfant répliqua naïvement qu'elle ne s'était pas fait mal elle-même, mais que sa maîtresse était bien sévère. Forester sortit de sa rêverie pour demander à l'enfant ce qu'elle entendait par une feinme sévère, et la petit;' Mary s'expliqua plus amplement. Sa grand mère avait obtenu, dit elle, par !a protection d'uae
18 COATIS MORAUX.
grande dame, de renvoyer à une école de charité. Elle s'y rendait tous les jours pour apprendre à lire et à travailler. Mais la maîtresse traitait rudement ses petites écolières; elle les retenait souvent des heures entières , après qu'elles avaient fini leurs tâches, à filer pour son propre compte, et les battait même lorsqu'elles ne filaient pas assez vite. La vieille grand'raère dit alors qu'elle n'i^^norait pas tout cela, mais qu'elle nosoitpassen plaindre, parce que la maîtresse d'école était placée sous la protection des plus grandes dames dÉdirabourg, et que d'ailleurs, n'ayant pas les moyens d'envoyer sa petite fille à une école ordinaire , elle était 1 ien forcée de la faire instruire comme elle le pouvait à une école gratute.
Enflaa mé d'indigation au récit de cette injustice. Forester résolut d'embrasser la défense de cette enfant, quoi qu'il en pût arriver ; mais sans réfléchir aux moyens les plus sages pour arriver à son but, il ne songea qu'aux moyens les plus prompts et les plus vigoureux de terminer l'affaire. 11 déclara que si la pelitaMary voulait le mener â son école, il irait à l'instant parler à celte femme au milieu de tous ses élèves. Henry eut beau lui représenter l'imp: udence de celte démarche; Forester, dédaignant la prudence et se fiant d'i i'.'eurs au pouvoir de sa propre éloquence, partit avec Mary, qui n'était pas trop rassurée d'entrer ain i eu guerre ouverte contre son tyran.
Henry état obligé de retourner auprès de son père, qui l'occupiit habituellement à cette heure de lajournée. La petite Mary avait obtenu de la maîtresse d'école la permission de rester ce jour-là près de sa grand'mère malade; mais toutes ses peiites camarades étaient activement à l'ouvrage et filaient, enfermées dans une chambre, lorsque Forester arriva. Il marcha droit au milieu de la salle : tous les rouets s'arrêtèrent à son aspect ; et la maîtresse, grande femme sèche, décharnée, à l'œil insolent et hardi, le re-
FORES 1ER. XQ
gatda d'un air étonné. Forester rompit le silence en ces termes :
— Vi'e créature! votre injustice est à la fin dévoilée! Comment osez-vous tyranniser ainsi ces pauvres enfans? est-ce parce qu'ils sont pauvres? Enfans, suivez mon avis; résistez à votre tyran! jetez là vos rouets et ne filez plus pour elle.
Les écolières ne bougèrent pas ; mais la maîtresse d'école vomit un torrent d'injures en patois écossais, qui fut minielligible à l'oreille anglaise de Forester. Elle lui fit , à la fin, comprendre ses principales questions : Qui était-il? *^t au nom de quelle autorité s'entremettait-il entre elle et ses écolières? — Au nom de personne, répondit fièrement Forester : je n'ai pas besoin d'autorité pour parler au nom île l'innocence opprimée. Ces mots ne furent pas plus tôt prononcés, que la mégère appela son mari, qui écrivait dans une chambre voisine, et, sans plus de cérémonie, tous les deux s'emparèrent de notre héros et le jetèrent à ia porte.
La méchante femme se vengea sans pitié , de cet esclandre, sur la petite Mary, que Forester avait voulu défendre, et la renvoya chez elle, en lui enjoignant, avec menaces, de ne plus se plaindre à l'avenir d'être obligée de filer pour sa maîtresse.
Mortifié du mauvais succès de son entreprise, Forester revint chez M. Campbell , en attribuant surtout l'échec ai son éloquence à sou ignorance du dialecte écossais.
20 CONTES MORACÏ.
CHAPÏTRE V.
Le Serin.
A son retour, Forester apprit que toute la famille Camrbell allait rendre visite à un savant ami du docteur, M. Micaulay, qui possédait un riche cabinet de raînéraîofyir. Forester désirait beaucoup voir des fossiles; mais, lorsqu'on fut arrivé chez le naturaliste, il se sentit bientôt impatienté par les élo^fcs q\:e les dames de sa société prodiguaient à un petit serin qui appartenait à la maîtresse c!e la maison. 11 heurtait ses pieds l'un contre l'autre, puis jetait tantôt un bras tantôt un autre sur le dossier de r<i chaise, avecles signes les moins équivoques d'impatience et de dédain. Henry Campbell cependant disait sans aucun embarras juste ce qu'il pensait du canari, tandis qu'Archibald Mackenzie se répandait en témoignages ampoulés d'admiration , dans "espoir de se rendre agréable à la maîtresse de l'oiseau. Mi triss Macaulay raconta Ihistoire de trois oiseaux qui avaient successivement habité la cage avant celui qui l'occupait alors. — Ils sont tous morts, ditelle, d'une manière extraordinaire, l'un après l'autre et dans un court espace de temps, au milieu des convulsijns les plus cruelles.
^- N'écoutez donc pas , dit tout bas Forester à Henry, en cherchant à le tirer du cercle de personnes qui entouraient la cage. Comment pouvez -vous prêter I'orciile, comme un hypocrite de bon ton, aux contes de celte femme extravagante sur ses extraordinaires favoris? Descendez avec moi dans la salle; je veux vous dire ce qui m'est arrivé chez la maîtresse d'école. Nous serons de retour avant que le cabinet de minéralo{}ie soit ouvert et
FORESTER. 2^
que ces dames n y aient fini toute la cérémonie du thé. Allons, venez!
— Tout à l'heure, dit Henry; mais je veux savoir d'abord la fin de cette histoire qui m'intéresse.
Henry nécoutait point Thistoire de la dame au canari par politesse hypocrite, mais par bon cœur et en personne sensée. La moi t violente des peiiis oiseaux lui avait remis en mémoire la conversation dont nous avons déjà parlé, qui avait commencé par les concombres confits, et fini par les intéressans dL'li.ils du docleur Campbell sur les effets des différens poisons. L'attention de Henry s'était depuis tournée sur ce sujet, et il avait lu plusieurs traiiés spéciaux où il avait trouvé des faits curieux cFempoisonnement. Il se rappela particulièrement avoir lu une anecdote relative à un oiseau empoisonné, dont les circon-, stances avaient une analogie frappante avec celles du récit de mistriss Macaulay. Il demanda permission d'examiner la cage, pour voir s'il ne s'y trouvait point du plomb avec lequel les oiseaux auraient pu s'empoii^onner eux-mêmes. Il n'y avait point de plomb : il chercha ensuite s'il y avait de la couleur verte ou blanche, puis il s'informa d'où provenait l'eau que les oiseaux avaient bue , et visita les mangeoires qui contenaient les graines. Pendant qu'il poursuivait son enquête, mistriss Macaulay lui dit c[u'elle avait ).a certitude que les oiseaux n'avaient pu mourir par manque d'air ou d'exercice, car elle laissait souvent la cage ouverte, afin qu'ils eussent la liberté de voltiger dans la chambre. Henry jeta aussitôt les yeux autour de lui; il remarqua à la fin, dans une écritoire sur une table à écrire, une boite de pains à cacheter, dont la plupart paraissaient avoir été becquetés sur les bords, et, en nettoyant la cage, il trouva une quantité de petits fragmens de pain à cacheter mêlés aux graines et à la pous.^ière : il fut dès-lors convaincu que les serins avaient mangé des
oublies et s'étaient empoisonnés par le rouge de plomb qui avait servi à les colorer. Il fut confirmé dans cette opinion, lorsqu'il apprit de mistriss Macaulay qu'elle s'était déjà aperçue de la disparition de ses pains à cacheter, mais qu'elle l'avait crue du fuit des domestiques. Henry conseilla à mistriss Macaulay de tenter une expérience qui sauverait probablement la vie à son nouveau favori. Cette dame se laissa persuader aisément : elle promit à Henry de mettre sous clef les pains à cacheter, et celui-ci lui prédit que son canari n'aurait pas une fin prématurée comme ses prédécesseurs,
Archibald Mackenzie fut piqué de voir que l'instruction eCit mieux réussi que la flatterie en cette occasion, même auprès d'une dame. Quant à Forester, il eût certainement admiré la naïveté de son ami, s'il eût fait attention à ce qui se passait; mais il avait pris un livre et s'était assis sans cérémonie dans un fauteuil qu'on avait approché pour un vieux monsieur de la compagnie : il était entièrement absorbé par les aventures d'un matelot qui avait vécu , il y a quelques centaines d'années, sur une île déserte de la mer du Sud. Il daigna cependant quitter son livre, lorsque la société passa dans le cabinet du naturaliste; et, comme s'il se fût éveillé d'un songe, il se frotta les yeux, s'étendit les bras en bâillant et rejoignit la compagnie. Là, par distraction, il s'assit à une place où il empêchait plusieurs dames de voir, et le malicieuîï: Archibald, qui s'en aperçut, affecta les attentions les plus polies, pour les faire contraster à son avantage avec les manières un peu rustiques de son compagnon. Mais la politesse d'Archibald s'adressait surtout aux personnes de la compagnie qu'il croyait les plus dignes de ses attentions par leur rang ou par leur richesse. — Vous ne pouvez voir où vous êtes ! dit toutà-coup Forester en se levant, après avoir observé que la fille du docteur, miss Flora Campbell, était derrière lui.
FORESTER. 2Î '
Ne serîez-vous pas mieux dans ce fauteuil ? Cela ne me gênera aucunement; je verrai bien par-dessus votre tête. Asseyez-vous.
Archibald sourit de la simplicité de Forester qui allait précisément adresser ses maladroites politesses à la personne de la société qui, selon lui, les méritait le moins, d'après sa méthode personnelle d'évaluation. Flora Campbell n'était ni belle ni riche, mais elle avait danc ses manières un heureux mélange de la vivacité écossaise et de la réserve anglaise. Elle avait un grand désir de s'instruire; mais un sentiment naturel et juste des convenances lui interdisait de se mêler à la conversation des personnes éclairées, sans qu'elle refusât cependant de répondre à leurs questions par une fausse modestie. Forester admirait ses talens, parce qu'il se croyait le seul qui les eût distingués; quant à ses manières, il ne s'en éuiit jamais occupé; mais, tout en ridiculisant la politesse, il s'inqui lait toutefois à son insu de ce que Flora trouvait ou non po'i et de bon goût. Après avoir expliqué à la jeune fille tout ce qu'il savait sur les fossiles, à mesure qu'ils passaient devant leurs yeux, et il était loin d'être un ignorant, il s'aperçut à la fin qu'elle connaissait rhistoire naturelle presque aussi bien que lui, et il s'étonna qu'une jeune demoiselle comme elle fût aussi instruite sans être vaine. La pauvre Flora ne tarda pas cependant à beaucoup baisser dans son opinion ; car, après être sortie du cabinet de minéralogie, la compagnie vint à parler d'un bal qui devait avoir lieu dans quelques jours, et Flora dit à Forester avec un enjouement naïf: — Avezvous appris à danser la ronde écossaise, depuis que vous êtes dans notre pays, M. Forester? — Moi? reprit-il d'un air de dédain. Croyez-vous donc que ce soit le plus haut ilegré de la perfection humaine? Dans ce cas, l'élégant et kl Archibald Mackenzie vous conviendra beaucoup mieux |ue moi.
24 COMES MORAIX.
A ces mots J Forester revint à son fauteuil et à son île déserie.