‹ Contes moraux de Miss EdgeworthChapitre 14 sur 42 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Clef.

Forester eut tort de quitter aussi brusquement la compagnie; car, s'il eut supporté avec plus de phiiosopliie l'idée de danser une ronde écossaise, il aurait appris quelque chose d'intéressant à Toccasion du bal projeté, si toutefois pourtant il pouvait y avoir rien d'intéressant pour lui dans tout ce qui se rattachait à un bal. C'était un bal par souscription au bénéfice Me la maîtresse d'école niêiiie à laquelle appartenait la peiite Mary. — Savez- vous, Francis, dit Henry à Forester, lorsqu'ils se retrouvèrent ensemble, que j'ai grand espoir de faire rendre justice à ces pauvres enfans? Cette méchante femme sera même punie, je l'espère. IViistriss Macauuiy est une des dames patronesses de cette école de charité.

— Une dame patronesse ! s'écria Forester. ^'Gus n'avons point de justice à espérer d'une dame patronesse, comptez là-dessus, surtout au milieu d'un bal. Elle aura la tète pleine de fleurs, de plumes et autres colifichets, et je vous prédis que vous ne réussirez pas mieux que moi.

La prophétie peu encourageante de Forester n'empêcha point Henry Campbell de poursuivre l'exécution de son plan. Mistris Macaulay vint rendre visite à sa n;ère quelques jours après; elle lui dit que son expérience avait eu le plus heureux succès; jqu'elle avait soigneusement serré les pains à cacheter, et que son oiseau favori se j.ortait parfaitement bien. — ^ oyons . mon cher docteur ,

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ajouta-t-elle en souriant, quels honoraires vous dois -je pour lui avoir ainsi sauvé la vie?

Je vais vous le dire tout à l'heure, répliqua Henry, et quelques minutes après parurent la petite Mary et son géranium qu'il avait envoyé chercher. Henry raconta tous les détails de son histoire avec tant de chaleur et de convenance, que mistiiss Macaulay s'intéressa vivement à la cause qu'il défendait. Elle prit l'engagement de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour obtenir des autres dames une enquête sur la conduite delà m.aîtrcsse d'école, et pour faire renvoyer cette femme, si l'enquête démontrait qu'elle se conduisit aussi despotiquement.

Forester s'étonna fort qu'une dame qu'il avait vue prodiguer ses caresses à un serin fût capable de s'exprimer avec tant de bon sens et de résolution. Fîenry eut ses honoraires : il demanda et obtint la permission que le géraniura fût placé au milieu de la table du souper qui terminerait le bal. 11 pria en outre mistriss Macaulay de vouloir bien profiter du moment où tout le monde serait à table pour raconter les détails relatifs à la petite Mary ; mais elle s'y refusa poliment, en ajoutant que Henry ferait ce récit beauloup mieux qu'elle-même.

• — Sortez et venez avec moi, dit Forester à son ami. aussitôt après le départ de mistriss Macaulay. Il arrivait fréquemment à Henry de quitter ses occupations pour accompagner notre héros dans ses promenades, et il discutait volontiers les sujets qu'il plaisait à Forester de traiter. Il vit à sa physionomie qu'il roulait quelque chose d'impoitant dans son esprit; après s'être promené quelque temps en si' lence au pied des rochers élevés nommés le Siège d'Arthur, Forester s'arrétaitout-à-coup, et se tournant vers son compagnon : — Je vous estime, lui dit-il ; ne m'obligez pas ù vous mépriser.

— J'espère que cela ne m'arrivera jamais, dit Henry,

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