CO:«TES MOR. T. II
avec lady Diana Chillingwortlil et par conséquent personne ici n'a le drcit de Tinsulter.
— L'insulter 1 dit M. Barker dont la simplicité ferme et honnête ne se laissait influencer ni intimider par TefFronterie de miss Burrage, pas plus que par les manières hautaines ou le nom i nposani de lady Diana Chillingworlh. L*insulterî mais c'est elle qui nous insulte! elle feint de ne nous pas connaître.
— Et comment miss Barrage vous connaîtrait -elle, monsieur? dit lady Diana , en jetant sur lui un r^ard de mépris comme sur un être tout -à-fait distinct de son espèce.
— Comment elle connaîtrait la tante qui l'a élevée? dit l'inébranlable John Barker, et moi-même qui l'ai tenue cent fois sur mes genoux, quand elle était toute petite, et qui lui faisais manger du sucre d'orge à la rendre malade?
— Ah! c'est vous, monsieur, qui me rendez malade ! dit lady Diana. Monsieur, cette jeune dame appartient aux Burrage du Dorsetshire, une des meilleures familles d'Angleterre.
— Madame, dit John Barker, en imitant la solennité de sa seigneurie, cette jeune dame appartient aux Burrage de Bristol , marchands de sel : elle est nièce de Dinah Plaii , ici présente et veuve dun homme qui, de son vivant , fut le plus honnête marchand de fromages qu'il y eût en Angleterre.
— Miss Burrage! mais vous ne dites rien! s'écria lady Diana Chillingworth avec l'accent de la terreur et de la stupéfaction.
— Cette jeune dame est timide devant les étrangers, mylady, interrompit mistriss Bertrand.
— 0 Betty Burrage, peux-tu le conduire ainsi ! s'écria Dinah Plait d'une voix altéi'ée par le chagrin et ralfectioQ.
l'amie i\co\!NrE. 219
Mais tu es la fille de nm sœur, et je te pardonne . ajouta l'excellente femme.
— -La nièce d'une marchande de fromages! s'écria lady Diana en se reculant d'horreur. Ahl comme j'ai été trompée ! Faites donc des connaissances à Brighton ou â Bath. Mais je romps avec elle à Tinstant. — Ahî grâce â Dieu I voici ma sœur, lady Frances. 0 ma chère sœur, dit-elle en allant au-devant de lady Frances et en l'entraînant à l'extrémité la plus reculée de la boutique, en voilà bien d'une autre à présent! ce .sont des mésaventures sans fin. Que va dire le monde? Cette miss Burrage, ne la regardez plus, ma sœur; elle nous en a effrontément imposé sur son rang : que croyez-vous qu'elle se trouve être? — La fille d^un marchand de sell la nièce d'un marchand de fromages I Concevez- vous! une jeune personne que j'ai menée avec moi partout I Ah I que dira le monde ?
— Qu'il est imprudent d'avoir ^^^.y amies inconnues, ma chère sœur, répliqua lady Frances. Le mieux que vous puissiez faire est de fermer la bouche à ce sujet et de recevoir votre pupille repentante sans lui faire de reproches; car si vous lui parlez de son amie inconnue ^ le monde parlera certainement de la vôtre.
Lady Diana se recula d'un air hautain , lorsque sa sœur voulut lui mettre la main de miss Warwick dans la sienne; elle daigna dire pourtant, après un pénible effort :
— Je suis heureuse d'apprendre, miss Warwick, que vous soyez enfin revenue au bon sens. Lady Frances Somerset vous prend sous sa protection, à ce que j'ai compris; je m'en réjouis pour vous, et je n'ai qu'un avisa vous donner, c'est....
— Gardez-le pour ce soir après le spectacle, ma chère Diana , lui dit tout bas lady Frances : il fera plus d'effiit alors.
— Au spectacle! bonté divine! dit lady Diana. Quoi!
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VOUS vous hasardez à y mener miss Warwick ? Et moimême, comment pourrai-je paraître en public, après tout ce qui s'est passé? Ahl ma chère, rhistolre de cette miss Barrage m'a porté un coup sur les nerfs I
— Les nerfs! Il y a des gens qui n'ont pas d'autres émolions que des émotions nerveuses, pensa lady P^ ranees.
— Permets-moi, dit mistriss Plait en s'avançant vers lady Frances, et en lui présentant la bourse de miss Warwick ; permets-moi , puisque tu me semblés l'amie de cette Jeune dame , de te rendre sa bourse qu'elle a laissée par oubli chez moi cette après-midi. Jespère qu'elle est mieux la pauvre enfant ?
— Elle est mieux, et je vous remercie pour elle, maiame, dit lady Frances, qui était frappée des manières
urévenantes et de rexcellente physionomie de Dinah Plai(, et qui ne se croyait pas compromise en s'entrctenant avec la veuve d'un marchand de fromages.
— Permettez-moi de vous remercier moi-même, madame , dit miss W'arw ick. Je suis tout-à-fait dans mon bon ^ns maintenant ,\^ puis vous l'assurer, et je n'oublierai jamais la bonté dont vous et ce bon monsieur avez fait preuve, lorsque vous me croyiez dans le besoin.
— • 11 y a des personnes plus reconnaissantes que d'aiî- Ires.dit mistriss Puffit en regardant miss Burrage qui. dans un sombre et honteux silence, suivait tristement .s:i tante et son bienfiiiteur.
Nous ne croyons pas que nos lecteurs puissent s'intéresser beaucoup à une jeune dame qui était, ainsi que miss Burrage, un composé d'orgueil et de bassesse. Nou» dirons seulement que le reste de sa vie s'écoula dans l'obscurité derrière l'église S;iin(-Auguslin. où elle fut touours aussi ridicule et aussi mallieurcusc quelle méritait de l'êire.
i'amie ixcomme. 221
Quant à notre héroïne, sous la surveillance affectueuse et sensée de lady Frances Somerset, elle parvint enfin à acquérir — ce qui est plus utile encore à son possesseur que le génie — du bon sens. Au lieu de courir le monde à la recherche d'une amie inconnue , elle s'attacha de plus en plus à celle qui lui avait donné des preuves d'amitié un peu plus convaincantes qu'une lettre de trois pages remplie de sentimentales absurdités. Bref, nous avons ù présent, au nom d'Angélina Warwick , le plaisir d'assurer à ceux de nos lecteurs que cette Nouvelle peut intéresser qu'il est possible à une jeune fille de seize ans de se guérir radicalement de l'affectation sent iment aie et des manies roraa- Besques.
S22 COIVTES MORAUX.
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