CONTES MOB. T, I
— Pardonné! oh oui, sans cloute, répondit Olivier; je ne pensais pas à moi, ni à toi non plus , je t'assure , mais seulement au bon cœur de Charles. Et puis , continua-t-il, ne s'est-il pas montré aussi bon pour la mulâtresse que pour moi? n'est-ce pas , Cuba?
— Oh ! oui , répliqua la pauvre femme ; puis elle ajouta dans son jargon, en regardant mistriss Howard : — Massa avoir aussi bon cœur que maîtresse.
— Et sa tête est aussi bonne que son cœur, ce qui est encore mieux, continua Olivier avec enthousiasme. Vous savez, M. Russell, comme il a travaillé assidûment à cette traduction, pour aider la pauvre Cuba , et pour payer le papier de sa chambre et le maçon qui a réparé sa cheminée. Eh bien! tout cela s'est-il donc fait par hasard, quoique ce soit bien par hasard que j'ai observé le dé si curieux de Cuba?
— Il y a des personnes, interrompit M. Russell, qui n'observent rien par hasard. Nous ne vous permettrons pas, Olivier, d'appeler hasard votre esprit d'observation habituel, votre capacité peu ordinaire....
— Ma capacité ! répéta l'enfant avec une expression de surprise réelle; mais vous savez que j'apprends par cœur plus difficilement qu'aucun de mes camarades!
— Vous n'en avez pas moins une capacité remarquable, dit le docteur Rrown : on peut apprendre beaucoup de choses sans livres, beaucoup plus encore avec des livres-, mais consolez-vous, mon ami, ces dernières choses, vous n'avez pas besoin de les savoir par cœur.
— Eh bien! je m'en réjouis sincèrement, reprit
Olivier Mais vous m'avez fait oublier ce que je
vcalais dire Ah ! c'était encore sur le hasard. Ce
n'est pas le hasard encore, mais bien le bon sens d*Ho-
ward qui m'a persuadé de ne pas mettre à îa loterie, et c'est ce qui a été cause que M. Brown m'a donné le choix des bijoux du juif. Et le marin qui a trouvé le paquet perdu, n'est-ce pas la générosité d'Howard qui l'a engagé à nous suivre, qui l'a intéressé à nous et qui l'a fait assister à l'interrogatoire de M. Carat? N'est-i! pas vrai, matelot?
Aussitôt que le marin eut entendu l'interpellation d'Olivier: — Ma foi, mon maître, dit-il naïvement, il y avait bien peut-être un brin de curiosité dans ce qui m'a poussé vers ces parages. Mais mettez ce que vous voudrez ; j'aime tout de même à donner un coup de main à la barre du gouvernail, lorsqu'il le faut et que je me trouve là.
Olivier se montra un peu désappointé en n'obtenant pas précisément la réponse qu'il désirait, mais le docteur Brown vint à son aide , en disant à la satisfaction générale: — C'est bien, Olivier , nous sommes tous disposés à convenir de ce que vous voulez nous persuader : c'est , en un mot , que l'éducation de votre ami Charles ne s'est pas faite par hasard , ajouta-t-il en regardant mistriss Howard.
Le juif et le capitaine de C Aimable Peggy furent livrés à la justice. Le matelot reçut une récompense convenable. M. Russell fut chargé d'achever l'éducation du jeune Holloway; il réussit complètement , et l'alilerman lui fit obtenir un riche bénéfice dans le comté de Surrey. M. Careless ne visita jamais l'Italie et ne trouva d'autre consolation à ses peines que ses exercices sur la flûte. Howard continua de faire de rapides progrès , et ne s'imagina point en quittant le collège et en se séparant de son précepteur, que son éducation fût finie et que ses livres ne fussent plus bons , comme les malheurs passés ,
qu'à être ensevelis dans l'oubli ; il trouva dans son goût pour la littérature le premier des plaisirs de la vie, et, lorsqu'il se vit à la tête d'une grande fortune, il ne s'aperçut point que ses habitudes d'occupation constante nuisissent à ses plaisirs , car on ne le vit jamais bâiller à une fenêtre durant une matinée pluvieuse.
L'intelligence du petit Olivier fit des progrès rapides; son amitié pour Howard s'accrut avec le temps, car il n'oublia jamais que son ami Charles était la première personne qui lui eût appris à ne pas se regarder comme un âne. Mistriss Howard eut la douce et sereine satisfaction de voir bien achevée une éducation qu'elle avait si bien commencée; elle vécut heureuse en jouissant de l'affection, de l'estime et de la gratitude sans contrainte de son neveu , douces récompenses que son bon sens , son courage et sa bienveillance avaient si justement méritées I
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LE JCGEMENT PAR JIRV. 2G0