‹ Contes moraux de Mme de GenlisChapitre 17 sur 20 · Ainsi que l'abbé Morellet · texte numérisé non relu

Ainsi que l'abbé Morellet

On venait de fonder depuis peu, à l'Académie française, un prix pour récompenser l'action la plus vertueuse faite dans le cours de l'année : ce prix consistait en une médaille d'or de douze cents francs. M. Marmontel, trouvant avec raison que Chassin en était digne, proposa à l'Académie de le lui décerner, et l'obtint pour lui.

Chassin fut bien étonné lorsqu'il vit un matin entrer dans sa loge des députés de l'Académie française, parmi lesquels se trouvait M. Marmontel ; ils lui annoncèrent qu'ils lui apportaient, au nom de l'Académie, la médaille d'or comme un hommage rendu à sa vertu. Chassin, ne comprenant rien à cet hommage, en demanda l'explication; alors, de plus en plus surpris : « Messieurs, dit-il, je vous suis bien obligé, mais en vérité je ne mérite pas une pareille récompense, car je n'ai agi que pour ma tranquillité. »

La simplicité sublime de cette réponse acheva de prouver combien Chassin était digne de l'honneur qu'on lui décernait.

Cette aventure eut le plus grand retentissement : chacun voulut voir Chassin, et même de grandes dames de la cour allèrent lui rendre visite. On fit son portrait, que l'on plaça dans l'une des salles de l'Académie.

La Providence récompensa véritablement Chas-

sin ; cettegloirehumainenel'enivra point; il trouva le prix de sa vertu dans l'affection de son excellent maître, M. de Villiers. A l'âge de soixante et quelques années Chassin devint aveugle. M. de Villiers le fit conduire dans une de ses terres et lui donna un domestique; là Chassin vécut jusqu'à quatrevingt-quatre ans, objet constant des plus tendres soins, toujours aimé, honoré, et sa vieillesse, jusqu'à la fin de sa longue carrière, fut parfaitement heureuse1.

1. Ces détails sont de la plus grande exactitude: l'auteur les tient d'une personne respectable (belle-sœur de M. de Villiers), qui a bien voulu les communiquer dans une notice remplie de cbarme et d'intérêt, h laquelle on doit les traits les plus touchants de ce récit.

ZUMA

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