‹ Contes nouveauxChapitre 12 sur 37 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

sons du poète d'autrefois à l'hom-

me de lettres d'aujourd'hui.

L'homme de lettres d'aujourd'hui a cela de particulier , c'est

qu'avec sa plume il- a une existence assurée et conquise , tout aussi bien que les avoués et les notaires, et beaucoup plusTju'un avocat. La Constitution est ainsi faite qu'elle ne peut vivre qu'à force de débats et de discussions de tout genre, pour et contre; le journàf, aujourd'hui, c'est plus qu'un besoin , c'est un devoir. C'est une nécessité de tous les matins, de tous les soirs , de toutes les heu-

rçsdujour. Le journal est la reproduction 4& toute la yie, publique > littéraire , philosophique , prenant toutes les nuances de la

société , de haut ep bas. Cette puissance qui dirige à son gré et violemment les hommes et lés choses , puissance inexorable qui se déyore elle-même quand l'aliment vientà lui manquer , savezvous combien il lui faut d'écrivains actifs, et passionna, et dévoués, pour suffire à toutes ses,exigences, à tous ses besoins, à toute sa vie? Sa vez- votis ce que c 9 est que cet abîme sans fond où se jette

— 'ta* -

à chaque i nsta lit GeKtê immense quantité de fissions, d'idées , de paradoxes , démolies > d* niaiseries, de toutes les choses qu'en gendre n t leccfeur, Yesmfc, la passion, le fvice et la vertu des bommes? S^vezvous ce que c'est que la presse périodique ? Monstre aux cent voix et aux cent bouches , vau* tour qui a besoin pour Tivte' de toujours dévorer un foie reoats^ sant $ insatiable conversation qui va en un- clin d*œil d'un bout de l'Europe à l'autre, frappant à la fois l'eveilk des raïs «et l'oreiUfedes peuptesy proclamant

<m ag&ne. temps te$ principales plu&'oppoe^s. :. «th&swa fc< <,Uvotien, v ^sci0vagç et - liberté , • le, roi et le ,|^pe , . la? licence \efc l'ordra $ >voix iiw»tiae, qui a tq ni autant ohange le monde qite la vapeur et les chemips <Je -fepl»

ta>presâG |)a«Q4iq^uefe^&Q v quand j'ai été saifri pw lui v par ,n&« moirée d'até calme <et set ein^ y%% e»£ew d'abord, je aûeJjaiÉi' senti entraîné biefri Uwrçt d'abord > l^i$pett.à<peq'je flûi'y sais habn; t*é* VMj#»*^^femaincj&i;oui^ *&y reb^lej ^ Je mue sui*.iîws< plu&

à nfcm aise. M'y voilà , que le Bëllérophon m'emporte où il voudra, je' s ni s à lai corps et

ame, je l'aime de toute ma pas-* sion et de tout mon cœur! Il n'y a rien de tel que de s'habituer dés premiers à ' ces posi- .

tions extraordinaires dans la vie; \ il n'y a que le premier pas alors

qui vous fasse peur, vous êtes en

ballot* .dans les airs, Vous êtes

sur un chemin* de fer, vous êtes

rédacteur d*un journal, vous

êtes à part dans le monde, assis

à l'air , heureux e& calme , et la

foule tremblante et ébahie vous

regarde d'en bas ! voilà tout.

Mais ni le ballon poussé par

le gaz • enflammé au milieu des nuages , ni la voilure rapide comme l'éclair , traînée à la remorque par ce géant aux mille bra%r qu'on appelle la vapeur, n'ont poussé un homme en avant comme on " est poussé* en avant par cette vapeur autrement puissante, le joucnal.

Moi , pauvre enfant ^ la yeille jsi tranquille, si heureux, si oisif, à peine eus-je touché le journal dans ses extrémités les .plus inoffensives,* ne je fus saièî corps à.

corps par ce '. nouveau Briarée. r

plus terrible mille Cois que celui

dé 'la fable. D* ce jour, plus

de repos ,- plus d'oisiveté , plus

rien de la vie ordinaire. Je cotn- • *

nïençai pourtant cotnme tous le&

écrivains périodiques ont Commencé , ' " obscurément ; n'im- % porte r il falTut bientôt aller en avaat. Bientôt lé travail augmeftta. Bientôt ]a passion d'écrivain me vint à Famé. Bientôt le besoin de j uger envahît tquS ; mes plateir*. < Bfeétôt la critique par Muletier se mèlàè toutes thés sensations. Bientôt l'envié a'êtré ira-

portant change^ e$i fiel ma bonne volonté naturelle pour les autres.

Bientôt je rejetai loin de moi mon admiration facile, comme on rejette un fardeau inutile pour un grand voyage. Cela fut un grand malheur r n'est-ce pas,, de perdre en un jour celte bienveillance universelle pour les autres, cet enthousiasme toujours prêt, cette bonne passion de toutes les heures, cette naïveté d'enfant, cette profonde ignorance d«tmon4 de littéraire et du monde artiste?

J'étais encore si bon la veille , si

uaïf encore, si aimant, si aimé! Lç

lendemain , me voilà cherchant des haines, froissant des amourspropres, m'attaquant à des renommées brillantes et fragiles comme le verre l tout cela pourtant parce que j'étais allé à TOpéra-Comique un soir d'été, avec une belle dame de l'Opéra.

Car sorti de l' Opéra-Comique, mon ami me donna le secret de . sa vie élégante et de ses loges au théâtre y et de ces belles dames dans lés belles loges. Il ne s'agissait, poui* être heureux comme lui , que de prendre son collier de journaliste , et moi innocent je téndîs la

tête , ne voyant pas que le col de mon ami fût pelé ! Quant à la fin de mon histoire à Neveps , vous la savez déjà sans que je. vous la dise. Je tombai encore cette fois du haut d'une chimère brillante

dansr une réalité bien triste ! Elle vînt, la pauvïe femme, dans cette, salle de concert, •elle vint en écharpe rose passé ^ la joué couverte d'un mauvais fard, là voix

rude et r au que , et elle chanta; du Rossini et du Catruffo/ Cela fut très applaudi par rassemblée, cela fut bien triste pour moi ; et le soir rentré dans mon auberge,

je regrettai vivemeat a>a fatalft curiosité.

Voye^-votis, la vie littéraire est remplie de ces déceptions fui nés tes. Vous y sntre& avec toutes?

sortes d'illusions , mais à mesure

que vous faites 1in.pa$ , vos illusions s'envolent uae à uue^ pouv ne plus revenir. Il y a deux parties dans l'art bien distinctes : le parterre et les coulissçs ; tant que vous êtes dams W parterre? cela \m bien , oit arrive à voua du bout côté. L'art se pare avec soin , il prend sa voix la plus douce r il sourit, il fait pâte de velours r il

est riche , freurëùi , htfriore , ^passionné. Maiis de grâce , si vous voulez toujours le voir ainsi, ne quittez pas le parterre , restez à votre place, homme heureux, pour qui la toile tombe et se re lève toujours à propos : la coulisse change tout cela.

Dans la coulisse , en effet 2 Y attjtjuël qu'il soit, poète, musicien, pèiritre, comédien, l'art est hideux : lepoètes'-agitedeiongen large et rature ses vers ; le mustcien frappe au pied de son piauo au liasàtd y attendant Tïuspir fatiôn q\i! rie vient pas^ le pein-

tre va chercher au coin de la borne quelques pauvres filles, qu'il déshabille pour en faire des déesses de la fable ou des saintes de Ja légende j la comédienne si belle tout à l'heure , teint son visage et ses mains, et dépose sur sa toilette sa chevelure et sa passion.

Voilà ce que c'est que la coulisse ; or , entrer dans : cette vie

d'artiste, c'est entrer à proprement dire daus la coulisse du

théâtre , c'est se jeter à corps perdu dans cette atmosphère nébuleuse que l'homme heureux évi-

te avec soin et dont il ne s'approche qu'à distance et avec toutes sortes de précautions , a*tendant pour bien faire que le lustre soit allumé., que le* souffleur soit à sa place , qu'Iphigénie ait attaché sa Ceinture virginale , que Burrhus ait mis sa barbe à son mentop , Cydalise le fard à sa joue, Baillotla colophane à son archet, M. Gérard le vernis à son tableau,; mais ce sont là les heureux et les habiles de ce monde. Ceux-là 'jouissent et ne produisent pas , ceux - là sont les sèiils qui conservent

hrars illusions, respectons - les !

Moi , je suis déjà bien las de tous parler de moi; que suis-je bailleurs , pour vous tenir ainsi sur des coïnmen^emens si vulgaires , insipide histoire sans intér£t et Sans plaisir? J'ai été ainsi long-temps, bataillant daus Topposition, car sous la maison de Bourbon , l'opposition c'était la grande route. A présent que j'y pense , je trouve que jamais dynastie n'a été attaquée comme celle-là; nous sotnmes aujourd'hui plftsieursr hommes faits, écrivains posés et bien posés, qui avons

«» v ^owiiiftl...de N p0r^piiQ4Utq^ très

*iv$s <H<Mjifte tOufe ce qûj e^ait pottvwidMnjs ce «esapsf là. Ce jontïr.

n^l 4evii« .populaiif^.fen peu de temps, 4 1 portait wk n*wk çhet h k.£raiKfrlitltt?afte e* -opposante,

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