TOME II
meilleure ptaee , le Panthéon, ma foi!
mn que cela. Le poète devait foire Tode funèbre pour les morts de Juillet Au premier abord , il a trouvé cela grand et beau, lies mprts de Juillet! le Panthéon! le peuple de Juillet qui écoftte! Alors le poète s'est rais à l'œu»
vre ; il n'avait çftère que vingi*quatqe heures pour son ode, position bien favorable à son génie, Il â [manqué complètement son ode; il a firif les phis mauvais vcys qu'il ait faits de sa vie , lut qtii > à force de belles choses , a tant te droit d'en faire de mauvaises!
Victor Hugo a manqué & la révolution de juillet , et cttia dorai* être-, et je l'en féttrit*, moi, de tout mon» coeur, car la vraie poésie 'est toujours ç* avaftt des ?évoku*û*s, comme Mitooifc est
prés de CromweJ; car la poésie estpetf jalouse de chanter le» révokitkms qu'elle n'a pas frites ; car si jamais poésie fut étrangère^ une révolution, c'est notre poésie à notre révolution-.
Hoimeur dftficà Victor Hugo qui n'a pas su être poète où il ne pouvait pas être poète ! Ne voyex-voos pas* qu'il devait être en effet écrasé par cette cérémonie fuwèbre sans tristesse, par cette fête sans ewtbousiasme, par ce Panthéon sans caractère, sans vertu et sans croyance, dont la mauvaise ïnseriptiou de plâtrer, vingt fois refaite et vingt I&ms elfaeée , ne pouvait avoir aucun crédit ni sûr la terre ni !
dans le qiel ! • i
A préeewt , Victor Hng*>, qui a 'édbooék b^t^lutio^d^luMkt,seha-
sardera-t-il à célébrer la mort du dernier nom de Bonaparte? Lui qui a célébré la colonne de la place Vendôme en homme inspiré , s'arrêtera-t-ril sur ce mince cercueil? Je ne le crois pas , à vrai dire ; ou bien si, comme on Tannonce, Victor Hugo ne résiste pas à la sainte envie de se mesurer avec l'enfant de Bonaparte, je parie que le poète succombera. Victor Hugo, est comme tous les hommes de cœur de son temps, il est vaincu à. force, de déceptions ; il ne croit plus au inonde réel , tant il l'a vu changer de» fois; il n'a pins aucune des, illusions de ; la force et c|e la puissance, tant il a compris que la force et lia puissance sont choses misérables! ï^homme qui na^s^it t qi^apd Ja.répubUqfUt; Rivait fe
râle , l'homme qui a vu passer le cercueil de Louis XVIII et le berceau du duc de Bordeaux, berceau fait avec les planches d'un cercueil, le poète qui est allé d'abîmes en abîmes, et qui s'est pu convaincre que, de toutes les vanités, la plus grande des vanités c'était encore , à tout prendre , la faveur populaire ; l'homme qui a vu le hasard mettre sur la même ligne Wellington et Bonaparte , et qui a reculé d'effroi devant cet atroce bonheur de Wellington ! l'homme qui a compris que la poésie n'était pas de son temps, et qui a sagement rejeté cette poésie dans les vieux temps , pour avoir le droit d'être poète; celui-là, dis-je, ne sera pas tenté , quoi que lui dise la gloire , de se hasarder à ce grand nom
de Bonaparte sous lequel succombe au enfant! If on pus certes! le sujet est trop ingrat, la -victime est trop bien morte ! l'âme des peuples est trop tremblante , le mande est haletant dans l'attente de trop grandes révolutions , pour que le poète veuille perdre la parole , <f est^à+dire son ame , à célébrer le second trépas de Napoléon ; ou bien, s'il se hasarde, comme on le dit, malheur à lui! car il ne trouvera pas d'écho. Dans tous les cas, que Victor Hugo garde le silence ou qu'il parle , tenez-vous pour assuré que c'est un grand poète perdu pour la poésie lyrique et pour longtemps, lui qui avait compris la poésie lyrique avec tant d'audace, tant d'amour, tant de patston , tant
de néologisme , tant de bonheur !
Or, vous ayez remarqué sans doute un des caractères lyriques de Victor Hugo, c'est qu'il est le plus infatigable et le plus rapide de nos poètes. À lui , montrez un sujet, offrez un héros, faites-lui voir bien au loin une idée , l'idée et le héros , le sujet , tout cela est à lui. Il va, il va , il va , tant qu'il peut aller. Aussi toujours est-il le premier sur la brèche ; le premier, haletant quelquefois, mais toujours noble et beau. Voilà pourquoi ne voyant rien venir de Victor Hugo après trois fours d'attente , j'ai pensé qu'il gardait le silence. J'ai pensé que s'il avait eu à parler du duc de Reischtadt, s'il avait voulu dotmer un digne pendant à son ode sur la naissance du duc de Bor-
deaux , Victor Hugo aurait déjà écrit son ode. Mais hélas ! il est bien loin de l'ode. Il est retombé à la tragédie, lui qui s était élevé jusqu'au roman, et quel roman encore : Notre-Dame de Paris!
Bayez donc celui-là de la liste des lyriques pour dix ans au moins. Attendez, pour qu'il se remette en route, qu'il puisse voir quelque chose dans l'avenir. Victor Hugo est le poète de l'avenir. Il faut , pour qu'il se mette en marche , qu'il puisse voir quelque clarté venir de là-bas ! Il n'est pas homme à se mettre en route dans les ténèbres; il veut savoir avant tout où il va! Il ne peut donc se mettre en marche aujourd'hui. Aujourd'hui, quel homme du monde, même M. de
Talleyrànd, pourrait dire où nous allons ?
Tout au rebours le grand poète chrétien , Lamartine* Celui-ci , plein de foi et d'amour, se plaît de préférence dans les cieux bien noirs. Il a, pour se guider, la foi et l'amour, ces deux anges de la poésie lyrique. Il aime et il croit ! Aussi va-t-il en avant sans s'inquiéter des débris d'autel et de trône qu'il rencontre sur son passage. Quelque chose lui dit dans son ame et dans son cœur que ces débris, qu il aime en poète, pourront se relever un jour. Lamartine a chanté Bonaparte , il est vrai , mais il l'a chanté en élève de lord Byron, il l'a chanté pour obéir à ce thème que lui donnait le poète anglais , et que commandait la
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France guerrière, la France vaimctie^ la France respectable. Aujourd'hui, le poète a trop de chagrins pour s'occuper d'autres malheurs que de ses propres malheurs. Voyez ce que b révolution de Juillet a fait en son ame ! Elle Ta désolée dans sa double croyance ! elle Ta privée de toute espèce d'enchantement ! elle lut a gâté sa maison des champs , sa jernie famille , sa femme , son chien fidèle , sa vigne qu'il a plantée ; elle a tout refusé à ce noble poète, la révolution de Juillet, tout refusé, jusqu'à cette chose que donne la société Aide-toi, le ciel t'aidera , je veux dire une place à la chambre des députés. Lamartine, qui n'a pas pu être député quand il nous a fait l'honneur de Le vouloir ,
grand Dieu! Alors le mécompte Ta pris , lui atiesi , comme s'il était un homme de Juillet ou de la Bastille.
Alors son dégoût s'est manifesté cofarae celui de Chateaubriand et de Byron s'est manifesté , par l'amour des voyages. Singulière agitation du cœur qui les pousse tous au delà des mers à leurs premiers chagrins , ces favoris de la muse 1 Ils vont au loin , choisissant les pays déserts et malheureux, laissant de coté la molle Italie pour les sables du désert, les marbres de Venise pour les ruines de la Grèce, l'Arioste ou le Tasse, ou Dante encore , le poète des guerres civiles, le poète à la mode, pour Homère ou , mieux encore , pour la Bible, cette vieille et simple poésie,
tombée de si haut et aussi durable que le soleil. Malheur aux révolutions qui dégoûtent le poète et qui le chassent de sa maison ! Malheur aux discordes civiles qui font du Dante un déserteur de grand chemin , qui jettent M. de Chateaubriand dans les forêts de l'Amérique, et M. de Lamartine sur les rives du Jourdain, à ces' rives du Jourdain où ceux qui portent une lyre la déposent aux saules du rivage et pleurent en se souvenant des malheurs de Sion !
Ainsi M. de Lamartine est parti, nous faisant ses adieux , à nous tous, qui l'aimons comme le père de toute poésie moderne. — Adieu, poète! Il ne s'est pas trouvé d'Horace chez nous , pour dire- adieu au vaisseau de Vir-
gile! La poésie a manqué , même .à M. de Lamartine, lui qui ne lui a jamais manqué!
, Hélas ! s'il était parti quelques jours plus tôt, il eût rencontré clans sa route uu autre vaisseau de Virgile, venant de Rome et portant Walter Scott çtendu sur son lit de mort. Que la mer doit être triste, à présent, en voyant se renouveler tous les tristes pèlerinages du temps des Stuart, pèlerinages dje rois, pèlerinages de poètes!
Ceux-ci vontfen exil , celui-là retourne à.Abbotsford , pour y mourir. Et puis le$U]QS et, les autres ont parlé. de vers efc.de gloire l deux vains sonsJ Il n'y a qu'une poésie qui fûllç à notre époque, cette époque qui a .tant épuisé le Te.Qeum. ,Çz\te t poésie, c'ett.le,^
profundisl Goethe mewt en Alleraa* gne, Walter Scott en Angleterre, Clavier en France , Napoléon II en Autriche; eu même temps les peuples meurent en masse chez eux , ils meurent en silence et sans se plaindre, comme s'ils étaient de grands hommes ! Et vous me demandez: où en est la poésie chez nous f où en sont les poètes! Et moi je m'amuse à tous répondre, car cela plaît de parler, même à un tombeau vide, quand on aimait le mort qtteToi* cwrit enterré là!
Reste à l'enfant de Bonaparte pour te chanter, reste le chantre lui-même deBotfaparte et de Lisette, celui qui a far| son bien de Lisette et dfe Bforaiparte, et q*A eh a également abusé; Je veux parier de Bélanger. Pour parfer
de Réranger comme je voudrais, je n'ose guère , moi qui ose beaucoup cependant, parce que je suis persuadé que la meilleure façon d'être vrai, c'est de dire tout ce qu'on pense ; cependant il est! certaines gloires pour lesquelles l'admiration est chose convenue et dont l'admiration est le point dedé part Bér a nger, c'est comme M* de Lafoyette , on n'y touche point sans cfwe la main se dessèche» Or, je tiens k ma main dvoke comme le bûcheron tient à sa cognée ; cependant je hasarde un doigt, pour vous plaire. Vous voyez; que je suis complaisant.
Comme je vous disais, enfant ou jrnne homme, au collège même où nous admirions Fwny et Flottai», je n'ai jamais beaucoup admises chat**
sons de Béranger. Cela m'a toujours paru d'une gaîté et d'une tristesse affectées. Cela n'était pour moi ni une chanson ni une ode; cela ne ressemblait ni à Collé ni à mon maître Horace. J'aimais peu cette gloire qui revenait sans cesse comme un refrain à boire; j'aimais peu ces vieux défis de chansonnier que le poètcélevait contre le ciel le verre à la main , comme cela se faisait du temps de M. Panard; j'aimais peu ces sarcasmes sanglans préparés tout exprès pour venir après un banquet; j'aimais peu cette politique entre la poire et le fromage; j'avais en horreur ces vieux fanfarons de vaudevilles , et je ne savais pas comment on pouvait s'aipuser avec ces jésuites que le poète faisait horribles , ces
hommes de cour qu'il faisait hideux, ces grandes dames dévotes et dissolues; je ne concevais pas que ce fût là de l'orgie, une orgie française , que ce fut là une chanson de table. Cela ressemblait trop à la chanson de prison et de place publique , deux chansons que j'ai dans une égale horreur ; et puis, s'il faut tout vous avouer, il y avait à coté de Béranger un chansonnier qui. lui a fait un grand tort dans mon esprit et dans celui de beaucoup de gens de goût qui ne se nomment pas, parce qu'ils n'osent pas encore; ce chansonnier, c'était Dé* saugiers. Celui-là, monsieur, était un joyeux poète r vif, alerte, animé, toujours à demi ivre, qui comprenait bien deux choses que nous ne com-