CREVAILLE APOCALYPTIQUE
CAMILLE SAUPHAR
Saupkavy bienplits connu sous le nom de Soiffard^ De joyeux souvenirs ma mémoire fourmille; Nous nous sommes grisés souvent j sous la charmille De quelque restaurant dun lointain boulevard.
Nous restions là, pareils à du papier buvard. Séchant litre sur litre et causant en famille; Et nous nous en allions le soir, mon cher Camille, Ayant sur nos museaux une couche de fard.
240 A CAMILLB 8AUPHAR.
Une nuit de débauche, où la Côte-Rôtie
Et d'autres vins puissants étaient de la partie.
Vous perdîtes, je crois j votre meilleur lorgnon.
Pour qu^un si grand malheur ne puisse vous abattre. Permettez-moi, La Soif, dHnscrire votre nom En tête de ce conte où Von boit comme quatre.
Muse! à rAcadémie. Eh! oui, rAcadémie.
Mais non pas celle où règne une heureuse accalmie;
Où quarante vieillards, gâteux, goutteux, baveux,
Ayant tout juste autant d'esprit que de cheveux.
S'épuisent vainement à finir un lexique.
Non, parbleu ! vous allez ouïr d'autre musique*
C'est à l'Académie où l'on boit ; le parfum
De l'absinthe se mêle à celui du pétun,
Comme dit Saint-Amant. Et c'est là que se farde,
Fumant à petits coups une énorme bouffarde,
Certain vieillard au nez pourpre et champignonneux
Où l'on voit serpenter de petits fleuves bleus.
342 JEAN DE PÂTMOS A L'ACADl^MIE.
U parait absorbé dans une rêveFie.
Humant la forte odeur de la distillerie
Qui lui berce le cœur de souvenirs confus,
Il promène ses yeux sur les quarante fûts
Qui trônent, d'un air bon, le long de la muraille.
Cependant, tout autour du vieux, on rit, on braille Un refrain populaire, et Ton boit d'autant mieux. Le public de Tendroit est des plus curieux.
D'honnêtes ouvriers y passent leur journée ; Non loin, des étudiants de vingt-septième année, Dont les chapeaux sont plus cirés que les souliers. Font leur droit en buvant du rhum. Ces vrais piliers De taverne, crasseux, et la barbe biblique, D'innombrables santés fêtent la république ; D'ailleurs, ce sont des gens du Midi. — L'on entend Parler de Sainte-Beuve et de Taine : un instant ! . Admirez ces nouveaux personnages du drame»
Ce sont d'ex-)iormaliens las de tirer la rame ; Philosophes crottés, Spinozistes fourbus.
Littérateurs en proie aux éternels débuts.
Ils tachent vainement d'être quelqu'un : l'École A leurs maigres cerveaux tient comme de la colle. Ils sont tristes, râpés, misérables; du vent Dans leur bourse et dans leur esprit I Tout en buvant,
Ils parlent de ce siècle avec misanthropie.
Plusieurs ont des habits de bal, à queue de pie;
Et tous ont des lorgnons d'écaillé. — Un peu plus loin
Est un groupe joyeux d'artistes ; dans leur coin,
Il s'agit des valeurs^ des motifs, de la tache;
On débine les vieux, on frise sa moustache,
Et Ton jase de tout et de n'importe quoi.
— Çà et là, quelque ivrogne endurci se tient coi.
Les yeux ternes, le nez flamboyant. La fumée
Fait un épais brouillard dans la salle fermée,
Le tumulte des voix grandit, et peu à peu
Tout le monde se grise et nage dans le bleu.
« Tiens ! ce bon vieux là-bas, regarde donc sa pomme, »
Fait un peintre aux cheveux bouclés, un grand jeune homme
Aux airs de Gambrinus, blond comme le soleil.
Et dont s'épanouit le teint blanc, frais, vermeil.
Dans cette haute salle embrumée et noirâtre.
« Il a l'air de sortir de Lazare le pâtre,
Fait un autre, il est toc. » Un troisième rapin.
Suspendu sur le bord de sa chaise, en lapin.
Sorte de matamore à jaquette trouée.
Qui parle d'une voix rauquement enrouée,
Fait obsen'er que l'homme est « très joli de ton. »
« D'abord, il se compose. Allume son veston I
Est-il fin, ce viéux-là ! Le blair est rien cocasse... Ça doit être amusant à peindre, sa carcasse.
Dans le genre de Chose... Eh ! Chose, tu sais bien, Bibelot, Tartempion?... — Moi, non, je ne sais rien.
— Attends donc. Ribeira! j'y suis. — Pâle imbécile! Dit le grand peintre blond. — Tiens, mais c'est difficile, Se rappeler le nom des bonshommes. — Quel nez! Fait un autre. Il n'est pas pour des peintres pannes ;
Il faudrait dépenser trois francs de laque fine Pour y mettre un glacis... »
« Qui donc ça, Lamartine?
Glapit un normalien dans le groupe à côté; Mais il n'a jamais su sa langue ! C'est raté, Jocelyn. — Moi, d'abord, dit un profond critique Ignorant comme un cuistre et plein de l'art antique. Je lui préfère Ausone. » Opinant du bonnet.
Un autre qui jadis accoucha d'un sonnet,
— Un sonnet type, une œuvre absolue et complète, — « Renan, fait-il, Renan me disait... »
« La toilette!
Hurle un des Carpentras, mal mis et mal peigné, Voilà ce qui nous perd. N'est-on pas eigndigné De voir que dans un âge éclairfé... — La lumière!
Wr
Le siècle, le progrès ! — Eh ! pùchoun, de la bière.
— Vive la Sociale ! à ba les Charles Dix !
— Té, mon bon, le quartier est mort. — De profundis l Aboule ce tabaA;. — Je passe mon troisième Après-demai^'ne. — ^ As-tu potassé? — Mon système Est de bûcher le moinss possible. Car, vois-tu. Quand on est face à face avé le nez pointu
D'un ezaminateur, on rougit, on voit double.
Et, quand on a bocoup travaillé, ça vous trouble.
— Comme on s'est ainusé, tout de même, otrefois ! Le dimawnche, on allait à de certains endroits.
On sifflait du Champagne, on cassait une glace... Mai^'w'tenant, les gommeux nous ont pris notre place 1 »
« C'est très bien, dit un homme en blouse à son copain,
Très bien ; mais l'ouverHer, faut qu'i' vive de pain,
Et le pain, ça s'achète. — Eh ! tu n'y comprends goutte.
Répond l'autre maçon. Que veux-tu que l'on youre
Si le gouvernement dépense tous nos sous
A gouaper, n'est-ce pas? comme un tas d'hommes soûls. . .
Alors, quoi? l'ouverner, qui n'a que sa chopine
Pour se donner du cœur aux boyaux, i' turbine.
Et puis, quand il a bien turbiné, su' la fin
Tout ça n'empêche pas qu'i' va crever la faim !
— L'Haricot, lui répond l'autre, ma vieille branche,
S46 JBÂN DE PÂTMOS A L'ACADEMIE.
Tu parles comme un zigue. Allons, vas-y, pitanche; On va casser le cou d'un de ces vieux litrons. Eh ! garçon, du meilleur ! Et nous travaillerons Demain, ou bien le jour d'après. Pas, la Tulipe? »
Cependant le vieillard fume toujours sa pipe. Il rôte quelquefois de sa bouche, et, d'un air Prophétique, les yeux allumés d'un éclair, Il grommelle des mots dans sa barbe. La foule L'enveloppe d'un long bruissement qui roule.
Qui monte et qui s'abaisse. On entend des chansons, Des clameurs, des éclats de rire ; mais passons Sur ce tohu-bohu. Tourmenté par son rêve, * L'homme reste pensif. Tout d'un coup, il se lève. Et d'une voix profonde et terrible : « Écoutez ! Dit-il, écoutez-moi! Vous tous, vous qui chantez. Qui buvez et riez, qui ne songez qu'à vivre, Prêtez l'oreille à ma parole I Je suis ivre Du vin de la fureur de Dieu. »
Hein? Les buveurs Se regardent les uns les autres, tout rêveurs.
D'où sort-il, ce vieux-là? La main contre sa bouche, Un maçon lui crie : « A quelle heure qu'on te couche? » Mais le vieux, sans broncher : « Écoutez ! je suis Jean.
— De Nivelle! » riposte un Bouillabais. « Renan, Fait un des normaliens, aurait été bien aise D'entendre ce bonhomme expliquer la Genèse.
— La Genèse du roi Henri? » souffle un rapin De la table voisine. « Ah çà, vieil Auverpin, Dit un des ouvriers, qui n'aime pas les blagues,
Tu vas pas nous lâcher le coude? » Les yeux vagues.
Et le corps secoué par un rire enfantin,
Un poivrot qui boit, seul, sur le comptoir d'étain,
Et qui n'en a bougé toute l'après-dînée.
Mugit lugubrement d'une voix avinée :
Quand tu devrais crevej^y tu boiras; Nous sommes tous dans Vmême embaiiras.
Cependant peu à peu tout retombe au silence.
Le bonhomme, qui sur ses jambes se balance, Et qui sans doute a bu trop d'absinthe, reprend : « Je suis Jean de Patmos. Sache, ô peuple ignorant. Que voilà deux mille ans à peu près que j'existe; Il n'est rien d'étonnant à ce que je sois triste.
— Montre-nous tes chevrons, vieux lascar ! Tu dois bien En avoir aussi haut que Montmartre, eh I l'ancien !
pr»
— Taisez-vous, répond Tautre. Et sachez que le monde,
Dont vos corruptions font un cloaque immonde,
Est bien près de finir l Voici la vision
De saint Jean de Patmos, la Révélation
Qui me fut faite, à moi. J'entendis la trompette
Retentir dans le ciel ténébreux... — Est-il bête,
Encor, cet oiseau-là! » interrompt un soûlaud.
« Et la terre n'était qu'un immense sanglot^
La mer se lamentait à travers l'étendue,
La lune dans le ciel frissonnait éperdue,
Le soleil devenait tout noir, et l'on voyait
Comme un grand tourbillon d'étoiles, qui fuyait!
— C'est gai, » fait observer un peintre. « Et Babylone. . .
— Il doit rien se polir fréquemment la moustache, »
Dit un voyou, pour être aussi braque. Le vieux,
Exaspéré, reprend : « Oui, j'ai vu de mes yeux Babylone, la grande impure! Elle était nue...
— Ah! le vieux saligaud! dit quelqu'un. Continue, Ça se corse. — Elle était vautrée impudemment Sur le Monstre cornu, son infernal amant.
Tous deux assouvissaient leur luxure sans bornes ; Et cette bête avait sept têtes et dix cornes...
— Il s'est donc marié cinq fois, ton animal?
— Et Babylone était... — Je me fiche pas mal
De Babylone. — Et Bab... — Assez ! zut! à la porte! -EtBabyl. ..—Qu'il se taise !-OuiI-rNon ! non !-Si! qu'il sorte!
— Asseyez-vous dessus ! — Et Babylone était Toute nue, et jouait au soleil, et chantait.
Et s'enivrait du sang djes martyrs. — Une grue Du quartier des Martyrs, alors! — Elle se rue Au plaisir; elle écume; elle brave son Dieu; Et la connaissez-vous, Babylone? — Fort peu.
Lance un des jeunes gens. Il est vraiment loufoque, Ce corps-là I — Je m'en vais parler sans équivoque, Poursuit Jean de Patmos, d'un ton rude. Apprenez...
— Apprends-nous donc comment tu te salis le nez. Vieux farceur? — Apprenez que la prostituée.
C'est Paris. Car les temps sont venus; la nuée
Va bientôt éclater sur vous, et des grêlons Énormes vont couper les pesants épis blonds.
La colère divine au ciel est toute prête ; Malheur, quand sonnera la stridente trompette ! Un ange tout à coup jettera sur la mer Une plaie effroyable, et tout le flot amer Sera comme le sang d'un homme que l'on tue.
Et tous, tous pleureront leur superbe abattue. L'eau des fleuves sera frappée aussi l Mais Dieu N'aura point de pitié de vos gosiers en feu ; Il n'exaucera point de tardives prières.
Et l'eau des réservoirs, des étangs, des rivières. Sera toute changée en absinthe. — Bravo ! »
Rugit la salle entière. « En voilà, du nouveau !
Tout le monde pourra boire à rœil. — Père Chose, C'est 70US qui n'allez pas gagner gros? Il s'oppose A tout ça, le patron. — En triomphe, le vieux I » Mais le prophète, sombre, et roulant de gros yeux : « L'azur se voilera d'effrayantes ténèbres.
Et, tâtonnant dans l'ombre avec des cris funèbres, Les hommes se mordront la langue de douleur.
— Ça, c'est moins rigolo, par exemple. — Malheur  tes parfums, à tes étoffes d'écarlate, A tout ce qui t'enivre, à tout ce qui te flatte. Aux mille voluptés qui flottent dans ton air I Malheur à... — Ça suffit, mon bonhomme. — Un éclair N'aura pas eu le temps de briller, que ta gloire S'en sera retournée au fond de la nuit noire ; Et, quand on cherchera par terre tes débris.
On ne trouvera rien de ce qui fut Paris I »
Le prophète, épuisé, retombe sur sa chaise.
Son nez, plus que jamais, brûle comme une braise ;
Ses yeux naïfs ont Tair de deux myosotis
Égarés au milieu de pivoines. « Mon fils,
Dit le vieux au garçon, qui rit d'un air d'augure,
Fiche-moi donc un bock à travers la figure.
Il fait soif. — Permettez, crie un méridional.
Vous allez vous jeter ceci dans le canal.
Ëh! mon brave, buvez avé nous. Ça se vide
En deux temps ; ce vin-là, c'est comme un vrai liquide.
Té, mon bon, à la tienne. — A la vôtre. Messieurs,
Dit le prophète ; c'est un velours. » Et le vieux
Est acclamé, choyé, gavé, soûlé. Le drôle
Fait le tour de 1^ salle, et boit à tour de rôle
Avec tous les clients. « Allons, c'était pas mal,
Dit l'homme qui connaît Renan. Du Juvénal,
JEAN DE PATMOS A L*ACADiMX2!. 353
Maïs beaucoup moins serl*é^ Que prenez-70U9j boûhomme? — Une absinthe, Monsieur, s'il vous plaît, mais sans gomme. »
Et l'auguste vieillard boit comme un templier, Comme un fiacre, une éponge, un trou, saiu» oublier Les rois de la galette et les sonneurs de cloches;
' Il donne à vingt flacons d'amoureuses taloches ;
. Il est plus altéré que trois mille déserts : Il se pique le nez, il tue un tas de vers.
Il siffle et chiffle, il trinque et chinque, il lampe et lape ; Ses yeux^rêvent, son four s'ouvre, sa langue clappe; Son ventre en gargouillant gonfle comme un biniou ; Il se passe chez pourpre, il se graisse le cou, Il ^e durcit l'artère et s'arrose la dalle.
D'un gargarisme frais se fleurit l'amygdale, Tette, pitanche, soiffe et pompe, dit un mot A tous les muids voisins, liche, hume le piot, Lève le coude ; c'est un piffre, un liflrelofre ; Le liquide bouillonne et mugit dans son coffre ; Il pinte, il fait carrousse, il godaille, tudieu ! Il ripaille et ribotte... Et moi, je souffle un peu.
« Il a raison, affirme un des Mokos. Je gagi^ Qu'il voulait s'attaquer, à travers ce langage, A la codduption eignpédmle... »
<^ Tiens I Dit le critique, il est constant que les chrétiens N*ont fait que raffiner Platon. D'abord, TÉcole D'Alexandrie*.. — Oh! moi, vois-tu, cette bricole Ne m'intéresse plus« Je lis tous les matins L'Anthologie, ou mon Stendhal. Très enfantins, Les livres de ce vieux Michelet. — Oui, sans doute; Mais Renan a bien vu la chose... »
<( Je t'écoute I Dit le peintre enroué, que ça ferait mon pied
Si ce vieux-là venait poser à l'atelier.
Je vous Tempâterais comme il faut... » .
Mais quel diable S'amuse à dédiainer ce vacarme effroyable?
Ou entend des gros mots, des eris, des jurements. « Tu méprises l^peupe, ostrogoth, et tu mens!
— Non, c'est toi. — C'est ta fiole, espèce de canaille! Tu méprises l'honnête ouverrier qui travaille.
— Ah I tu me fais tarter. — Malhonnête 1 — C'est bien, Ne me retourne pas tes sangs. — Grand prope à rien! Roulure! — Vagabond! »
C'est l'excellent prophète, Sans doute fort émn d'avoir tant fait la fête, Qui va Be colleter avec un des maçons.
« Je ne veux pas causer à des vieux polissons De ton espèce, dit Saint-Jean. — Je suis artiste. Répond l'autre ; j'ai su le métier d'ébéniste. Mets-toi ça dans les dents, mon vieux. — Mais moi, d'abord, J'ai vu l'Agneau, sa femme et leurs enfants, la Mort . Sur son cheval, un tas de choses, le tonnerre Et les éclairs I Et dans l'Asie on me vénère, Parce que j'ai bientôt vingt siècles. — Tu sauras, Toi, mon vieux, que je sais me servir de mes bras.
256 JEAN DE PATMOS A L*ACAD1£mIE«
Et que ça yaut bien mieux que de monter des scies.
— Mais j*ai prophétisé I — Mince de prophéties ! Je m*en bats Tœil, de tes machines. — Mendigo! Hurle Jean de Patmos. — V* donc, Vtcteur Hûgol Répond Tautre.— Après tout, dit le fougueux prophète Qui jette brusquement à terre sa casquette,
Tu sauras que je suis démocrate. — Qui? toi?
Mais tu n'es qu'un jésuite. — Un jésuite? et pourquoi?
— Un diac' ! un ratichon ! un fusain I Tu jaspines De l'autre moo^B, au lieu de boire des chopines ; Le tonnerre de Dieu, le jugement. Et puis
Tu sejais démocrate? — Oui, chameau, je le auis.
— Non, vieux singe, Yorang sent toujours le macaque; Vous êtes tous pareils, tous, dans cette baraque ! Tiens, laisse-moi tranquille. — Alors, bon gré, malgré, Dit Saint-Jeah de Patmos*, rageant, je t'apprendrai Que Jésus-Ghrist était républicain ; et comme
C'est moi qu'est son prophète... »
ce n dit vrai, le bonhomme !
Crie un fils du soleil. C'est le Oaribaldi De son temps, nom de Dieu I l'Évangile est hardi Pour l'époque. Le Christ était un démocrate I Il fut socialiste I — Allons, donne la patte. Dit Saint-Jean, qui n'a pas de rancune. — Pour Jqrs, Répond le faubourien, je confesse mes torts;
JEAN DE PATMOS A L'ACADÉMIE. S5lf
Mais tu vas nous payer un litre. — Non, ma vieille, Riposte le prophète à la trogne vermeille ; Du cogngi, si tu veux. — Ça me va. Seulement, Tu me laisseras vivre, avec ton boniment?
— Oui, mon vieux chandelier à sept branches. Hilaire ! Passe-nous le shinik. C'est mauvais, la colère;
Il vaut mieux boire. Eh bien! comment le trouves-tu?
— Parfait! un vrai sirop d'épingue. »
La vertu Du liquide irritant le cerveau du prophète»
L'harmonieux vieillard vous* entonne à tue-tête» :.
Ehl tiens donc bon y Belle Madeleine, Ehl tiens donc bon, Belle Madelon! ,
Mais au bout d'un instaiît, ivre mort, le bonhomme  glissé sous la table, et pique un petit somme. Le spectacle est fmij chacun se lève. <rEh bé! Dit un dés Phocéens, lou prophète ess toumbé . Sous la tablo, — *0ù donc est Marins? — Bagasse! Il part comme une louffe. Est-il assez fugace, Ce xout^^ov-là I — Buvons, messeigneurs. — Je suis paf.
De Teau d*afl de Teau d'af ! et toujours de Teau d'af ! .
— Moi, je vais me coller dans le corpss une orsinthe, 6i j'ose m'essprimer ainsi dans cette enceinte.
Eh ! garçon ! »
Cependant, les peintres vont sortir :
« Quel peut être ce vieux? dit Tun d'eux, — Un martyr En rupture de gril. — Un parnassien? — Un pître? —Ou quelque vieux proscrit de quarante-huit?— Un litre, Que je trouve le mot de Ténigme! — Vas-y.
— Le litre tient? Il tient. — Oui, mais pas du moisi ; Un bon litre à vingt ronds? — Nous acceptons; accouche.
— Alors, la vérité va sortiF de ma bouche, »
Reprend le peintre au teint de roses et de lis,
En mettant son chapeau d'un air crâne. « Mes fils,
L'homme que vous voyez, à vous parler sans feinte, |
Est un prophète après dix-neuf cents ans d'absinthe. » i