‹ ContesChapitre 21 sur 30 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Vn jeune Anglais revenait d'Amérique,

Rapportant sur son bâtiment

Une cargaison magnifique

Il s'occupait déjà du placement ; Au moment d'arriver, une horrible tempête Fait naufrager le vaisseau près du portj

Tout va périr... pour éviter la mort,

Notre Anglais ne perd pas la tête :

Il saisit une planche avec ses bras nerveux. Et se laisse flotter sur la mer orageuse.

Bientôt une vague écumeuse Le pousse sur la rive où tendent tous ses vœux;.

Mais c'est sur les côtçs de France

Que notre Anglais vient d'aborder.

Il n'a plus rien ; trop fier pour demander.

Assez tristement il s'avance...

Dans un endroit désert, sur le haut d'un rocher,.

Il aperçoit un ermitage.

(( Allons, « dit-il, » je vais tâcher

« De trouver dans ce lieu sauvage « Pour quelque temps un abri protecteur. » Pour gravir le rocher retrouvant son courage, Il arrive bientôt. Mais l'ancien possesseur

De cette mcdoste retraite

Th CONTES

Venait de descendre au tombeau.

L'Anglais entre, il voit tout, Tendroit n'est pas

[fort beau, Les murs sont en rocher ; un humide caveau Sert de chambre à coucher. Des racines, de l'eau Composaient les repas de l'humble anachorète. Dans ce triste réduit, loin d'accuser le sort,

Notre Anglais, se montant la tête Et d'un beau sentiment éprouvant le transport, S'écrie : « Ah ! c'est ici que, paisible, tranquille,

« On doit couler des jours heureux ;

(( Oui, la paix est dans cet asile, « Loin du monde, du bruit, loin des ambitieux, (( Et de ces faux plaisirs qui troublent notre vie; « C'est ici, je le sens, qu'il faut vivre et mourir; « Oui, tout à la nature, à l'abri de l'envie, « De ses nombreux bienfaits ici je vais jouir. )>

De cet Anglais le zèle était-il véritable?

Je l'ignore ; mais, en tout cas.

Il vient très à propos, et c'est fort raisonnable

De mépriser ce qu'on n'a pas.

Il s'établit dans l'ermitage,

Se vêtit fort légèrement ; Marchant pieds nus, couché très durement.

La barbe longue, l'air d'un sage, Fait ses adieux au rosbif, aux biftecks,

Et de racines, de fruits secs

Se nourrit dans ce lieu sauvage.

Un jour qu'assis sur le rocher, Il contemple à loisir l'orage qui s'apprêt-e,

Un homme accourt- Il vient chercher

Dans sa demeure une retraite. Jetant les yeux sur notre anachorète:

(( 0 ciel ! » dit-il ! u est-ce bien toi ?

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