LA NATURE
Vn jeune Anglais revenait d'Amérique,
Rapportant sur son bâtiment
Une cargaison magnifique
Il s'occupait déjà du placement ; Au moment d'arriver, une horrible tempête Fait naufrager le vaisseau près du portj
Tout va périr... pour éviter la mort,
Notre Anglais ne perd pas la tête :
Il saisit une planche avec ses bras nerveux. Et se laisse flotter sur la mer orageuse.
Bientôt une vague écumeuse Le pousse sur la rive où tendent tous ses vœux;.
Mais c'est sur les côtçs de France
Que notre Anglais vient d'aborder.
Il n'a plus rien ; trop fier pour demander.
Assez tristement il s'avance...
Dans un endroit désert, sur le haut d'un rocher,.
Il aperçoit un ermitage.
(( Allons, « dit-il, » je vais tâcher
« De trouver dans ce lieu sauvage « Pour quelque temps un abri protecteur. » Pour gravir le rocher retrouvant son courage, Il arrive bientôt. Mais l'ancien possesseur
De cette mcdoste retraite
Th CONTES
Venait de descendre au tombeau.
L'Anglais entre, il voit tout, Tendroit n'est pas
[fort beau, Les murs sont en rocher ; un humide caveau Sert de chambre à coucher. Des racines, de l'eau Composaient les repas de l'humble anachorète. Dans ce triste réduit, loin d'accuser le sort,
Notre Anglais, se montant la tête Et d'un beau sentiment éprouvant le transport, S'écrie : « Ah ! c'est ici que, paisible, tranquille,
« On doit couler des jours heureux ;
(( Oui, la paix est dans cet asile, « Loin du monde, du bruit, loin des ambitieux, (( Et de ces faux plaisirs qui troublent notre vie; « C'est ici, je le sens, qu'il faut vivre et mourir; « Oui, tout à la nature, à l'abri de l'envie, « De ses nombreux bienfaits ici je vais jouir. )>
De cet Anglais le zèle était-il véritable?
Je l'ignore ; mais, en tout cas.
Il vient très à propos, et c'est fort raisonnable
De mépriser ce qu'on n'a pas.
Il s'établit dans l'ermitage,
Se vêtit fort légèrement ; Marchant pieds nus, couché très durement.
La barbe longue, l'air d'un sage, Fait ses adieux au rosbif, aux biftecks,
Et de racines, de fruits secs
Se nourrit dans ce lieu sauvage.
Un jour qu'assis sur le rocher, Il contemple à loisir l'orage qui s'apprêt-e,
Un homme accourt- Il vient chercher
Dans sa demeure une retraite. Jetant les yeux sur notre anachorète:
(( 0 ciel ! » dit-il ! u est-ce bien toi ?