‹ ContesChapitre 7 sur 30 · LE VIEUX FOU · texte numérisé non relu

LE VIEUX FOU

Le bon La Fontaine l'a dit:

(( Ne forçons jamais notre esprit,

« Nous ne ferions rien avec grâce. »

Il en est ainsi des amours;

Le temps en a réglé le cours;

Il faut que tout soit à sa place ; N'attendons pas l'âge des souvenirs Pour nous livrer à d'amoureux désirs.

Cédons gaiement dans la jeunesse

Au doux penchant de notre cœur ;

Mais gardons-nousj dans la vieillesse^ De vouloir inspirer une amoureuse ardeur.

Dès que les rides du visage

Viennent vous dire: Soyez sage,

Il faut écouter leur avis.

Tout l'attirail de la toilette,

Ton sémillant, mise coquette, D*un vieillard ne feront jamais un Adonis.

Enfin n'imitons point cet homme

Qui, ne voulant pas être vieux, Crut trouver moyen de conserver ses feux.

Ecoutez-moi bien, voici comme;

Jusqu'à l'âge de soixante ans

H pensa devoir être sage;

Alors à ses désirs naissants Il crut pouvoir se livrer davantage.

Le vieux fou se disait tout bas:

(( Lorsqu'à dix-huit ans on commence, tt On en a près de trente à montrer sa vaillance; (( Je vais me trouver dans ce cas:

« Je commence, et pour plaire aux belles, (( J'ai près de trente ans devant moi. n Je prétends être adoré d'elles ; « Je le puis aisément, je croi, {( A mes vœux elles vont se rendre, « J'ai ce qu'il faut pour les charmer: (( Je suis novice, elles vont prendre « Un grand plaisir à me former. »

Notre vieux fou dans le monde se lance.

Notre vieux fou dansée monde se Jance. (P. 32.)

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