‹ Contes persansChapitre 22 sur 55 · Dcli, mot turc qui veut dire : fou · texte numérisé non relu

Dcli, mot turc qui veut dire : fou

6. — Ce passage, dans le texte, est absolument inintelligible. J’ai tâché de lui donner un sens en le modifiant, toutefois, aussi peu que possible.

7. — Le texte a le mot turc qâtrh, impératif de qatchmaq — fuir.

8. — Sentence du Gulislan , Liv. Pr, histoire IV (Les Brigands Arabes), passée en proverbe.

9. — Mon sel. Le sel est, comme chez les Russes, le symbole de l’hospitalité. Cette phrase veut dire : « Puissiez-vous être châtiés de votre ingratitude. *

10. — Les Abyssins, étant chrétiens, et, comme tels, possesseurs d’un livre révélé par Dieu, ne pouvaient être forcés à se convertir. Si c’eussent é;c des païens, il n’y avait pour eux d’autre alternative que la conversion ou la mort.

m. — Mouchthri = la planète Jupiter.

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Histoire de Khodâdâd, fils de Nauroûz-Châh, et de ses frères.

Les conteurs de nouvelles, les narrateurs de documents, les arpenteurs du temps et les perroquets croqueurs de sucre au doux langage rapportent l’histoire suivante :

Dans les états du Machriq il y avait une fois un roi du nom de Nauroùz, 2 monarque puissant et absolu. Il avait cent femmes et aucune d’elles ne lui avait donné d’enfant . Le roi de Khazàne — c'était le nom de la ville — était nuit et jour tourmenté par la pensée d’avoir une postérité. « Qui donc sera mon successeur ?» se disait-il. « Qui continuera ma dynastie ? ». Enfin, il se décida à ouvrir les portes de ses trésors et fit aux pauvres, aux derviches et aux indigents de grandes largesses. Et cette nuit même, le roi put goûter les douceurs du sommeil et eut un songe. Un être lumineux lui apparut et lui dit : « O roi, voici l’ordre de Dieu : il y a dans ton jardin un arbre desséché depuis trois ans. Or, il vient de reverdir par la puissance divine et a produit cent et un fruits. Le matin, dès que tu seras levé, fais chercher ces fruits, manges-en un toi-même et distribue les cent autres à tes femmes et, par la grâce de Dieu, leur sein sera fécondé.»

Rempli de joie par ce songe, le roi s’éveilla à l'instant, fit une ablution et deux prosternations, puis manda ses femmes à qui il ordonna de réciter également deux prières propitiatoires et leur raconta sa vision. Il fit venir alors les jardiniers et leur parla en ces termes : * Vous savez qu’un tel arbre

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était desséché. Il a retrouvé sa fécondité et a donné cent et un fruits. Allez les cueillir, apportez-les moi, et que pas un seul ne se perde, sans quoi je vous châtierai d’importance. Par contre, si vous vous acquittez bien de votre besogne, vous serez récompensés. »

Les jardiniers s’en furent donc et trouvèrent l’arbre comme le roi l’avait décrit. Ils s’en émerveillèrent grandement et adressèrent à Dieu des actions de grâces. Après quoi ils fol. 4y H cueillirent les fruits, les mirent dans un plat et l’apportèrent au roi. Le monarque en mangea un, et ses épouses l’imitèrent. Or, ce jour et cette nuit même, par la vertu de ces fruits miraculeux, ou plutôt par la puissance divine, le roi eut commerce avec ses femmes et toutes devinrent enceintes.

Or, Nauroûz avait une favorite du nom de Flroûzé 4, d’une

beauté et d’une grâce non pareilles. Aussi la préférait-il à

toutes les autres. Cette jeune femme refusa [,par pudeur),

d’avouer son état, et les autres femmes rapportèrent le fait à

leur époux et maître. Il la fit venir et eut beau l’interroger,

la charmante créature garda pudiquement le silence. Le roi

fut grandement indisposé à son égard, il fut bientôt accablé

par le souci et la mélancolie, et voulut la mettre à mort. Par

bonheur, il avait un vizir d’une grande sagesse qui, informé

de ce funeste projet, se présenta devant son souverain, et lui

dit, après s’ètre incliné : « Etant données la grandeur et la magnanimité du roi, la nouvelle que je viens d’apprendre ne laisse pas de m’étonner. — Mais comment se fait-il, répliqua le roi, que toutes mes autres femmes sont enceintes, et que seule, elle ne me donne pas l’espoir d’une progéniture ? Est-ce que peut-être elle se refuserait â me donner un enfant ? — Sire, repartit le sage vizir, vous connaissez les ruses des femmes. Il arrive d’ailleurs que, tant que l’enfant n’a pas atteint son sixième mois, la mère elle- même ignore

son état. Envoyez Firoûzé chez votre cousin, et quand les signes de la grossesse se manifesteront chez elle, qu’on la renvoie. Si elle reste stérile, agissez comme bon vous semblera. — Soit », aquiesça le roi.

Il possédait une province très florissante du nom de Sàmarra 5, et ledit cousin en était gouverneur. Le roi remit Firoûzé, avec une somme d'argent, à un homme de confiance et l’envoya à la ville de Sàmarra. Aussitôt arrivée, le gouverneur l’envoya au harem, la choya comme si ç’eût été sa sœur ou sa mère et la combla d’égards nuit et jour. Bref, six mois se passèrent, la jeune femme constata qu’elle portait un être dans son sein, puis enfin, quand neuf mois, neuf jours, neuf heures et neuf minutes se furent écoulés, elle mit au monde un fils beau comme la lune au quatorze du mois.

A cette nouvelle, l’émir de Sàmarra entra dans une grande joie. Il envoya sur l’heure à son royal cousin une lettre dont la teneur était la suivante : « Tel jour et à telle heure, Dieu — Il est grand ! — t’a gratifié d’un fils, mettant ainsi Firoûzé au comble de ses vœux. » Après la lecture de cette missive, le souverain répondit : « Dieu — Il est grand ! — m’a déjà donné quatre-vingt-dix-neuf fils. Garde quelque temps encore celui -là avec sa mère. Quand je t’écrirai, tu me les enverras. » Cette marque de confiance remplit de satisfaction l’émir de Sàmarra. Il ordonna de confier le nouveau-né aux nourrices et de bien veiller sur lui, et, quand il fut en âge, il lui donna un précepteur. Ses études littéraires durèrent trois ans, et il fut vite au courant de toutes les sciences; après quoi on lui fit enseigner le jeu de mail ”, l’art de manier la lance et tout ce qui se rapporte au métier des armes. Quand Khodàdàd 7 — tel était le nom de cet enfant modèle — eut atteint l’àge de quatorze ans, c’était un charmant adolescent à la barbe naissante, d’une beauté si parfaite que c’était merveille de le voir.

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Un jour, il alla trouver sa mère et lui dit : « Mère, ne sait-on donc pas qui est mon père ? ». Fîroûzé répondit : « Mon enfant, tu es le fils du roi de Khazàne, qu’on appelle Nauroûz-Châh. — Et pourquoi donc nous a-t-il exilés dans cet endroit ?» Sa mère lui raconta son origine et son histoire. « L’émir, dit-elle, est le cousin de ton père. — O mère, je suis tourmenté du désir de voir mon père. Il faut que j’aille le trouver. — Patiente encore, mon enfant, jusfol. 50 a qu’à ce que lui-même te mande à sa cour. » Khodàdâd alla prendre un cheval à l’écurie, s'arma de pied en cap et sortit de la ville comme pour aller à la chasse; monté sur un coursier aux sabots durs comme le diamant, il se dirigea vers la ville de Khazàne, se présenta au roi, s’inclina devant lui, le loua et lui rendit hommage. Quand les regards de Nauroûz tombèrent sur le jeune homme, l’amour paternel fit [à son insu] tressaillir son cœur. « D’où viens-tu, dit-il, ô jouvenceau ? » Khodàdâd lui déclara qu’il ne connaissait pas son père. Quoi qu’il en soit, le roi le prit à son service, et Khodàdâd se distingua tellement qu’en peu de temps il devint le favori de Nauroûz. Le roi finit même par lui confier les clefs du trésor et en fit son héritier présomptif. Quant aux quatre, vingt-dix-neuf autres fils, ils devinrent les subordonnés de Khodàdâd, à qui les grands de la cour et les hauts dignitaires allaient chaque jour présenter leurs respects.

(Le narrateur continue ainsi :) Les fils du roi finirent par se dire : « Le roi notre père nous a fait le plaisir * de prendre comme favori un étranger. Nous n’avons absolument rien à dire. Il faut pourtant bien trouver un stratagème pour renverser cet intrus. » Ils se concertèrent donc et finirent par prendre la décision suivante : 4 Demain, nous demanderons à Khodàdâd la permission d’aller à la chasse. I! nous l’accordera certainement, nous nous esquiverons et nous

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gagnerons un autre pays. Notre père sera sans nouvelles de nous. Le chagrin et la mélancolie s’empareront de lui, et sa colère se tournera contre Khodàdàd, qu’il fera périr. * Ils tombèrent d'accord à ce sujet.

Le lendemain matin, ils se présentèrent à Khodàdàd et lui demandèrent l’autorisation de partir pour la chasse. L'ayant obtenue, ils firent leurs préparatifs, puis ils sortirent de la ville et se mirent en route. Quelques jours se passèrent. Le roi, informé de la disparition de ses fils, fit appeler Khodàdàd et lui demanda des nouvelles de ses enfants. « Sire, dit-il, sache qu’ils m’ont demandé, il y a trois jours, la permission d’aller chasser. Ils sont partis, et depuis lors je n’en ai plus eu la moindre nouvelle. » Inquiet du sort de ses fils, le roi tomba dans une humeur noire et s'emporta contre Khodàdàd : « Misérable, pourquoi te mêler d’une chose qui ne concerne que moi ? Tu as exaspéré mes enfants, tu as outrepassé tes attributions. Agir comme tu l’as fait, c’est risquer sa tète. Va t’en, découvre mes fils et ainênedes moi, sinon, je te coupe en morceaux pour que tou châtiment serve de leçon à l’humanité entière. *

Le pauvre Khodàdàd, terrifié, se mit à trembler comme la feuille du saule. Il partit, se revêtit de son armure, monta à cheval et sortit de la ville. Il chemina ainsi dix parasanges, le soleil se coucha et la nuit vint. Khodàdàd descendit de sa monture et après avoir laissé paitre son cheval, il se coucha par terre pour dormir. A l’aurore, il se leva, monta à cheval, et voyagea de la sorte cinq jours. Il eut beau parcourir le désert, il ne trouva pas la moindre trace des fugitifs.

Enfin, le sixième jour, il arriva à une oasis dont les eaux courantes arrosaient des parterres d’hyacinthes et de lys. Il y vit un kiosque dont le sommet atteignait la voûte des cieux, avec un portail dont l’ivoire resplendissait au soleil.

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Le château était tlanqué d’un donjon dont la porte était ouverte. Une gracieuse dainoiselle, penchée hors de la lucarne de l’appartement supérieur, explorait du regard l’horizon. Quand elle aperçut Khodàdàd, elle s’écria : « O jouvenceau, comment as-tu pu volontairement t’aventurer dans ce charnier ■' ? Qu’est-ce qui a pu t’amener dans cet endroit funeste ? Retourne vite sur tes pas, regagne ta patrie, car ici, c’est la mort que tu viens chercher. — fol. 50 Pourquoi ? » lui demanda Khodàdàd. — C’est le séjour d’un horrible div, dont cent mille hommes ne sauraient venir à bout. — O ravissante créature, comment donc toimême as-tu pu échouer dans un pareil endroit ? »

« Sache, ô jouvenceau, que je suis la fille du roi d’Egypte. On m’emmenait à Bagdad en qualité de fiancée, et en chemin ce dîv nous a assaillis et a mis en pièces mon escorte. De mes hommes, les uns ont été tués, et les autres ont été faits prisonniers. 11 les a amenés dans cet affreux séjour, les a jetés dans un puits, chaque jour il rôtit un de ces malheureux et le dévore. Quant à moi, il m’a enfermée dans ce castel. Chaque jour il part en campagne, puis revient à la chute du jour et me met à la torture parce que je ne veux pas céder à son caprice. Voilà un mois que je suis ici, humiliée, toute éperdue et accablée par le chagrin. A présent, toutefois, je ne pense plus à ma propre douleur, tant je m’afflige sur ton sort. — Dieu est généreux ! » reprit KI10dàdâd. « Mais, aimable jeune fille, dis-moi, où est donc ce div ? — 11 ebt parti pour pratiquer le brigandage et revient de temps à autre. — Si jamais il arrive », dit le brave Khodâdâd, « je vais, avec l’aide de Dieu, mettre un terme à ses forfaits, et je t’arracherai à cet abîme de désolation. »

Comme ils étaient en train de converser ainsi, ils virent tout à coup s’élever sur la plaine un nuage de poussière où

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l'on distinguait la silhouette du div noir, noyé dans une armure d’acier. A cette vue, la damoiselle s’écria : « O jeune homme, tu es perdu. Voilà ce div maudit en personne. » Mais dès qu’il l’aperçut, Khodâdâd descendit de cheval et assujettit solidement la sangle et le surfaix de sa mouture, après quoi il remonta en selle. Quand le dîv maudit arriva et vit le prince : « Hé ! imbécile, lui dit-il, que fais-tu ici ? » Khodâdâd, le considérant attentivement, vit que c’était un nègre anthropophage, que la jeune captive avait pris pour un démon. « Hé ! misérable nègre, dit-il, parions que je vais t’arranger de telle façon qu'on en parlera dans les annales. Ta tète va rouler dans la poussière et le sang. » Puis il poussa son cri de guerre. Le géant pareil à un démon, tout hors de lui, s’élança sur Khodâdâd et voulut lui asséner sur la tète un coup de massue. Khodâdâd le para. Bientôt, ils en vinrent aux mains et échangèrent de multiples coups de lances, cependant que la damoiselle, au haut du donjon, étendait toute tremblante les mains vers le ciel, demandant au Tout-Puissant de secourir Khodâdâd. Le jeune preux, excité encore par la galanterie chevaleresque I0, tira son glaive et le brandit au-dessus de sa tète ; profitant du moment où le nègre maudit levait le bras pour le frapper de sa massue, Khodâdâd l’atteignit au milieu du corps de telle façon qu’il le pourfendit comme un concombre mûr.

Le ciel applaudit à cet exploit, et la damoiselle, qui avait assisté au combat, descendit du donjon, se jeta aux pieds de Khodâdâd, et adressa à Dieu des actions de grâces. Mais Khodâdâd l’attira sur sa poitrine, leurs mains se joignirent et, laissant paître son cheval, Khodâdâd la suivit en haut du donjon. La jeune fille redoubla d’éloges et lui parla en ces termes : « O prince, ce misérable était capable de tenir tète à mille hommes. J’avais une escorte de trois cents sol-

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dats : ils sont tous morts pour me défendre ; j’ai bien su résister jusqu’à présent à ses tentatives criminelles, mais Dieu soit loué de ce qu’il t'a conduit vers moi. »

Ils passèrent tous deux cette nuit dans le château. Le matin, ils se levèrent, le parcoururent en tous sens, et virent dans une chambre beaucoup de richesses, que ce bandit au cœur sombre avait amassées au cours de ses rapines. Khodàdàd aperçut aussi un bâtiment dont la porte était fermée à clef. 11 prit une pierre, força la serrure et pénétra dans ce réduit où il n’aperçut rien d’intéressant, si ce n’est l'orifice d’un puits. Il l’examina attentivement et vit qu’on y avait placé une échelle.

Il demanda à la jeune fille : « O ma chérie, qu’est-ce que cette échelle dans ce puits ? — O jouvenceau, sache que cet ogre maudit, chaque fois qu’un être humain lui tombait dans le s mains, l’apportait ici et le jetait dans ce gouffre, loi. 51 A Je ne sais ce qui en advenait. » Khodàdàd tira son glaive, mit le pied sur l’échelle, et la jeune fille eut beau le conjurer de ne pas descendre et le mettre en garde contre une catastrophe possible. 11 lui dit : «O ma charmante, ce que Dieu veut ne peut être écarté *, et prononçant les saintes paroles : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux », il descendit.

Lorsqu'il arriva au fond du puits, il ferma d’abord les yeux, puis les ouvrant après un instant, il regarda autour de lui, et que vit-il ? Ses quatre-vingt-dix-neuf frères dans les liens, la tète appuyée sur les genoux, pleurant et se lamentant. Un centième captif, richement paré, se trouvait avec eux, et un dernier était mort. Khodàdàd, aussitôt qu’il aperçut ses frères, leur demanda : « O mes très chers, que faites-vous donc dans ce puits ? Comment avez-vous été faits prisonniers et amenés dans ce séjour de misère et cette mine

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de calamité ?» A ces paroles, ils s’arrachèrent à leurs sombres méditations, levèrent la tète et lui répondirent : « O Khodâdàd, viens à notre secours. Le jour oü nous avons pris congé de toi pour aller à la chasse, nous nous sommes aventurés dans la campagne et cet affreux dîv noir nous a assaillis. Il nous a pris un à un, nous a lié les mains et nous a apportés dans ce puits. *

Khodàdàd ajouta : « Et quelles sont ces deux personnes ? » L’homme étincelant [de pierreries] prit la parole : « Apprends, ô jeune homme, que je suis un homme de haute naissance. J’étais parti d’Alepavec dix compagnons à destination de l’Egypte. En chemin, nous sommes tombés sur ce div horrible qui nous a ligottés et nous a amenés dans ce puits. Il a dévoré jusqu’à présent huit d’entre nous, et il ne reste plus que celui-là. — Mes chers amis, reprit Khodàdàd, soyez sans crainte, j’ai tué ce bandit. » Puis il les délivra de leurs liens et les amena hors du puits. Ils chargèrent leurs chevaux de tout l’or et de tous les trésors de ce misérable et se mirent en route.

Cette nuit-là, Khodàdàd dit à la jeune fille : « O ma charmante, dans le cas où tu le désirerais, je te remettrais à cet homme richement paré, il irait dans la région de l’Euphrate et t'y conduirait. — O jeune preux, dit-elle, je ne veux pas te quitter, je suis ton humble servante et c'est à toi de disposer. * A ces paroles, Khodàdàd en fit sa femme 11 en présence de ses frères, et cette nuit-là, jusqu’à l’aurore, il lui manifesta sa passion. Quand le soleil se leva, ils se mirent en route. Ils cheminèrent ce jour-là jusqu’à ce qu’ils arrivassent à une oasis. Ils descendirent de cheval au bord d’une fontaine et dressèrent leur tente. Les frères de Khodàdàd s’assirent auprès de lui, lui rendirent hommage et le remer cièrent ; mais le jeune héros leur dit : « O mes frères, sachez

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fol. 5

que le service que je vous ai rendu n’était pas une faveur, [mais un devoir tout naturel], car nous sommes tous les fruits d’un même arbre, chose que vous ignorez. » Puis il leur raconta d’un bout à l’autre l'histoire de sa mère Firoùzé et de son exil chez le gouverneur de Sàmarra.

Les frères de Khodàdàd affectèrent extérieurement une grande joie, mais dans leur for intérieur, ils étaient bien marris. Ils se levèrent, se rassemblèrent dans un même endroit et échangèrent leurs réflexions : « Jusqu’à présent, notre père le prenait pour un étranger, et nous étions dans la même erreur. Voici que maintenant le roi va apprendre que Khodàdàd est son propre fils, l’enfant de Firoûzé. Il nous a sauvés, et a tué, sans l’aide de personne, un div si redoutable que, à quatre-vingt-dix-neuf, nous n’avions pu lui résister. Sans nul doute, le roi va lui donner son royaume, faire de lui son héritier présomptif, et nous, nous serons humiliés, avilis. Le meilleur parti que nous puissions prendre, c’est de le mettre à mort cette nuit même. » Bref, ils s’arrêtèrent à ce dessein perfide.

La nuit, Khodàdàd alla dormir dans la tente avec son idole bien-aimée. Les traîtres se levèrent d'un commun accord, pénétrèrent chez lui, s’en saisirent et se disposaient à le faire périr en lui coupant la tête, quand l’un d’eux intervint et dit : « Plutôt que de le mettre à mort, mieux vaut l’accabler d’une infirmité telle qu'il soit réduit à l’impuissance f*. » En fin de compte, ils lui coupèrent les pieds et les mains, s’emparèrent de tout le butin ravi au nègre et se dirigèrent vers la ville de Khazâne.

Quant à la bien-aimée de Khodàdàd, affaissée à son chevet, elle sanglotait, se déchirait le visage, et, toute souillée du sang de son ami, elle s’arrachait les cheveux. L’hémorragie excessive avait fait tomber le malheureux en défaillance.

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Après quelque temps, il reprit ses sens et dit : « O ma fidèle compagne, je t’en prie, fais-moi sortir de ce désert et faismoi parvenir dans une région habitée, de peur que ces barbarbares inhumains ne reviennent et ne me mettent à mort. * La jeune fille regarda autour d’elle et s’aperçut qu’ils n’avaient pas emmené le cheval de Khodàdàd ; sa selle avait tourné et lui était tombée sous le ventre. Elle parvint à grand’peine à rattraper le cheval, et au prix de mille efforts elle y installa Khodàdàd et monta en croupe derrière lui.

Ils s’avancèrent ainsi dans le désert et chevauchèrent jour et nuit sans s’attarder nulle part. Après trois fois vingtquatre heures, Khodàdàd leva vers le ciel des regards suppliants : « O soutien des infirmes, viens à mou aide. Aie pitié de ceux qui sont dans la détresse. » 11 n’avait pas encore achevé sa prière qu’ils arrivèrent à un jardin l3. La jeune femme descendit de sa monture, prit Khodàdàd sur son sein et le porta dans le jardin, où elle le déposa au pied d’un arbre, et laissa son cheval paître librement. Khodàdàd lui dit alors : « O ma bien-aimée, aie pitié de ma faiblesse. Peutêtre qu’en prenant des informations tu découvriras un chirurgien. Amène-le à mon chevet et donne-lui ce cheval et ces objets en paiement de ses soins. » La jeune femme sortit du jardin et aperçut un village grand et florissant. Elle y dirigea ses pas, mais elle eut beau se renseigner auprès des habitants, elle ne put trouver de chirurgien et s’en revint.

Mais laisse un instant la jeune fille, ô lecteur, et écoute quelques mots relatifs à Khodàdàd :

Nous l’avons laissé gisant au pied d’un arbre. Les jardiniers l’aperçurent, s’approchèrent et, le voyant dans cet état, ils s’apitoyèrent sur son malheur et s’assirent à son chevet. Revenant à lui, le blessé ouvrit les yeux. Les jardiniers lui demandèrent : « O jeune homme, qui es-tu ? Comment te

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Irouves-tu dans cet état ? Oui donc t’a maltraité de façon si cruelle ? — O bonnes gens, dit Khodâdâd, ce sont mes propres frères qui m’ont ainsi arrangé ; ma femme est allée à la ville pour me quérir un chirurgien. Il est possible que je guérisse, mais je crains bien de succomber à mes souffrances. » Les braves jardiniers, à ces paroles, eurent le cœur brûlé de douleur, et une pluie de larmes tomba de leurs yeux. « O prince, dirent-ils, si tu veux bien nous permettre de nous retirer, nous te porterons là-bas, où nous resterons à tes ordres. Quand ton épouse reviendra, nous te ramènerons. » Khodâdâd répondit : « Faites comme vous l’entendez. » Les jardiniers s’en furent donc, amenèrent un baudet, installèrent le blessé sur ce coursier à longues oreilles et le transportèrent chez eux. Ils firent venir ensuite à son chevet un chirurgien, à qui ils donnèrent en paiement le cheval de Khodâdâd. Le praticien se mit donc à le panser.

Quant à la femme de Khodâdâd, à la tombée de la nuit, elle revint de la ville, et ne retrouvant pas son époux à l’endroit où elle l’avait laissé, elle exhala ses gémissements et ses lamentations. Elle eut beau parcourir le jardin, elle 11’obtint aucune nouvelle de lui et se dit : « Que lui est-il donc arrivé ? » Elle s’assit, toute en pleurs, puis se dirigea vers le désert et arriva bientôt à un édifice en ruines. Elle y passa la nuit. Le matin, à la pointe du jour, elle aperçut une grosse pierre, elle la souleva et un puits apparut à ses yeux :

Que pourrais-je faire de mieux ? s’écria-t-elle, que de me jeter dans ce puits et d’y chercher la mort ? » Elle s’y précipita donc, et vit qu’on y avait placé deux jarres à vin. Elle en ôta les couvercles ; elles étaient toutes remplies de joyaux et d’or fauve. Elle aperçut aussi dans ce puits un coffre dont elle souleva le couvercle : il renfermait un costume princier, qu’elle retira ; elle s’en revêtit, puis sortit du puits.

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Elle vit dans cet endroit une foule de gens occupés à f°h 52 A gâcher l’argile et à bâtir, et se renseigna auprès d'eux. Ces ouvriers, voyant qu’ils avaient affaire à un jeune homme de bonne mine et de tournure distinguée, le saluèrent et lui dirent : « O noble seigneur, sache que nous sommes venus du pays d’Abyssinie Avec la permission du chef de cette ville, nous avons pris possession de ce village en ruines et nous sommes en train de le reconstruire. » Puis ils apportèrent à manger et apaisèrent leur faim, tandis que la jeune femme était plongée dans ses réflexions : « Je vais rester ici, se dit-elle, peut-être aurai-je des nouvelles de Khodâdâd, et pourrai-je apprendre s’il est mort ou vif. » Puis s’adressant aux maçons : « Bonnes gens, dit-elle, sachez que mon père est le maître de cette ruine. J'en ai encore par devers moi le titre de propriété. J’ai appris votre arrivée dont je suis enchanté Moi aussi je vais faire reconstruire cette demeure. » Les ouvriers furent charmés de cette proposition. La jeune femme prit l’un d’eux et l’envoya à la ville, d’où elle lui dit de ramener une trentaine de maçons avec un bon architecte. En un mois, ils lui édifièrent un château élevé, où elle déposa ses trésors et se fit arranger un bel appartement. Chaque jour, elle prélevait sur son or de quoi couvrir ses dépenses. Elle prit un homme de confiance à qui elle remit des fonds, et l'envoya à la ville avec mission de rapporter des vêtements et un assortiment de tapis somptueux. Elle aménagea le rez-de-chaussée de son château en une hôtellerie, où elle hébergeait gratuitement les voyageurs qui se présentaient. Bientôt se répandit de toutes parts la renommée de sa libéralité. L’endroit qu’elle habitait fut appelé « Zàoûyé » u.

Une fois par jour, des gens venaient lui présenter leurs hommages, se rendaient compte de sa puissance et s’en retournaient à leurs affaires.

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Mais restons-en là pour un instant, et disons quelques mots de Khodàdàd, que nous avons laissé avec le chirurgien occupé à le soigner :

Un jour, Khodàdàd se lamentait sur la disparition de sa jeune femme et sur ses propres malheurs, et se plaignait à haute voix. Or, cet endroit n’était autre que la ville de Sàmarra, où Khodàdàd avait grandi. Sa mère y habitait chez l'émir, dont la fille avait été élevée avec Khodàdàd. Au moment même où le blessé exhalait ses plaintes, la jeune fille était montée sur la terrasse de son palais et regardait de part et d’autre. Tout à coup, de la maison des jardiniers, un bruit de pleurs et de sanglots parvint à son oreille.

La voix du sang parla en elle, et, tout émue, elle sortit de son palais et monta sur la terrasse de la maison des jardiniers. Elle regarda et vit un jouvenceau beau comme la lune dans la nuit du quatorze ; un duvet naissant n'encadrait pas encore son visage, et il avait les pieds et les mains coupés, ce qui était évidemment la cause de ses gémissements. La princesse interrogea la femme du jardinier et finit par se demander si ce n’était pas là Khodàdàd. Elle prit des renseignements plus complets et, le cœur brûlant de chagiin et les yeux en pleurs, elle rentra chez elle et se lamenta à son tour sur le triste sort de Khodàdàd.

Son père arriva dans sa chambre et lui dit : « Pourquoi pleures-tu, mon enfant ? — Sache, ô mon père, réponditelle, qu 'aujourd’hui je suis montée sur le toit du palais. Un bruit de plaintes et de gémissements sortant de la maison du jardinier est arrivé à mon oreille. Je suis descendue, j’y suis allée et j’y ai vu un jeune homme beau comme la pleine lune, que j’ai trouvé ressembler à Khodàdàd. Il a les pieds et les mains mutilés, la peau et la chair dépecées. * L’émir de Sàmarra dit : « Mon enfant, veux-tu que j'aille le cher-

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cher et que je le fasse transporter chez moi ? — Si tu agis ainsi, dit la jeune fille, tu acquerras un grand mérite auprès du Dieu puissant. »

Il alla donc chez le jardinier et vit le jeune homme dans ce triste état. Il le prit, l’amena chez lui avec le chirurgien, et, l’ayant interrogé, il apprit que c’était bien Khodàdàd que le malheur avait ainsi accablé. Il lui enjoignit de ne révéler à personne le secret de sa naissance, de peur que sa mère Firoûzé n’apprit son malheur et, de chagrin, n'attentàt à ses jours. II ordonna au chirurgien de le soigner parfaitement, et la jeune fille resta nuit et jour auprès de Khodàdàd. Son père l’émir lui dit : « Les convenances t’interdisent de le fréquenter. Si tu veux lui prodiguer tes soins jusqu’à ce qu’il soit guéri, je vais te le donner pour époux. — Tu es le maître d’en disposer », dit-elle. * Quant à moi, mon cœur est rempli pour lui d’un amour indicible. »

L’émir maria donc sa fille à Khodàdàd et lui dit : « O mon fils, je t’ai donné ma fille pour qu’elle te comble de soins. » Khodàdàd ne répondit que par des pleurs.

Or, une nuit d’entre les nuits du qadr':', Khodàdàd dit à la jeune fille : « O ma mignonne, tu ne m’as pas ménagé ton dévouement. Que le Très-Haut soit content de toi ! Sache que cette nuit est une nuit de qadr, où peuvent s’accomplir de grandes choses. Je suis accablé par l’infortune, mais le Créateur du monde est généreux et compatissant. Lève-toi, fais toi-mème une ablution, puis prends mes pieds et mes mains qu’on m’a coupés et dont on a dépecé la chair et la peau. Mets-les à la place qu’ils doivent occuper et récite deux prières propitiatoires. Levons tous deux les yeux vers le ciel, exhalons nos plaintes et nos lamentations afin que Dieu, dans cette extrémité, manifeste sa puissance, soit en rappelant mon àme à lui, soit en guérissant, dans sa bonté, mes membres mutilés. »

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fol. 5 ^ B

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Alors, la noble jeune bile se leva, les yeux remplis de larmes, et fit une ablution, puis elle lava et purifia les pieds et les mains de Khodàdàd. Tous deux se prosternèrent la face contre terre et versèrent des larmes en implorant le Seigneur, jusqu’à l’appel à la prière ,a.

Soudain, les deux époux s’endormirent et Khodàdàd vit apparaître en rêve le Prophète, — que Dieu le garde et le conserve, lui et sa descendance ! — - qui frotta de ses mains ses blessures. Alors, par la puissance de Dieu, il fut guéri. « Ne te lamente plus, Khodàdàd, dit l’apparition, la grâce divine est avec toi. Lève-toi et va chez ton père. Il te remettra le pouvoir suprême dans la ville de Khazàne. » Ce songe remplit Khodàdàd d’une telle joie qu’à l’instant il s’éveilla et, se trouvant intact et bien portant, se prosterna le front dans la poussière et remercia le Très-Haut. Puis il arracha la princesse au sommeil. Quand elle vit que Khodàdàd était rétabli, et que le safran de ses joues avait fait place au plus bel incarnat, elle aussi adressa à Dieu des actions de grâces, caressa du front les pieds et les mains de son époux et s’écria : « Est-ce bien toi, Khodàdàd ? Suis-je à l’état de veille, ou si je rêve ? » Le prince dit : « C’est un miracle de la bonté divine et il raconta à la jeutie fille la vision qui lui était apparue. « Oui, ma chérie, ajouta-t-il, je ne suis autre que Khodàdàd et ma mère, c’est Firoûzé. Va donc, informe-la vite de l’heureux événement. »

La princesse bondit, transportée, et alla d’abord raconter le miracle à son père. L’émir, an comble du bonheur, la pressa sur son sein, puis ils allèrent trouver Firoûzé. Aux premières nouvelles, elle s’évanouit de bonheur ; puis, revenue à elle, elle alla revoir son fils, et se jetant à ses pieds, elle sanglota de joie. Khodàdàd lui raconta les actes perfides de ses frères. L’émir prit ensuite la parole : « Il ne convient

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pas, dit-il, de séjourner plus longtemps ici. Lève-toi, et nous irons trouver ton père et lui raconter tes aventures, afin qu'il châtie tes frères comme ils le méritent. » Et à l’instant, le gouverneur de Sâmarra se leva, et les préparatifs du voyage terminés, Us se mirent en route et se dirigèrent tous les trois vers la capitale du Khazàne.

Après deux jours de marche, ils arrivèrent à ce village de Zàoùyé qu’avait rebâti la première femme de Khodàdàd. Ils y reçurent l’hospitalité et quand, le soir, dans l’hôtellerie quelle avait fondée, la jeune femme se présenta à eux, elle reconnut Khodàdàd et lui parla en ces termes : « O jeune homme, j’éprouve dans mon cœur de la sympathie pour toi, je t’ai certainement vu quelque part. Veuille me faire connaître ton origine. — Jeune homme, répondit le prince, sache que je suis le fils de Nauroùz, roi de Khazàne. Je m'appelle Khodàdàd et, de ces deux femmes, l’une est ma mère Firoùzé, et l’autre est mon épouse. » Puis il lui raconta par le menu ses aventures, et la jeune femme, sûre maintenant que c’était Khodàdàd, lui dit : « O Khodàdàd, apprends que je ne suis autre que ta femme. Après t’avoir porté dans le jardin, je suis allée à la ville en quête d’un chirurgien, et à mon retour, je ne t’ai plus retrouvé ; je me suis lamentée et, en désespoir de cause, je suis venue en cet endroit. » Puis elle lui narra la découverte du trésor et la construction de cette hôtellerie, ce qui réjouit grandement le prince.

Enfin son hôtesse se leva, alla se dépouiller de ses habits masculins et, ayant revêtu le costume de son sexe, elle alla trouver Firoùzé et la fille de l’émir, et leur prodigua les démonstrations d’amitié. Enfin Khodàdàd l'envoya au gynécée où il alla la retrouver, l'embrassa et exposa à sa mère les liens qui l’unissaient à elle. Tout le monde fut dans la joie.

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fol. 53 A

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Le matin, ils se levèrent, et Khodâdàd partit, emmenant ses deux épouses, après avoir pris des chameaux pour porter le trésor. Ils gagnèrent la ville de Khazâne en compagnie de l’émir de Sàmarra et, dès qu’ils furent descendus à la dernière étape avant leur destination, le gouverneur y envoya un courrier porteur d’une lettre relatant les aventures de Khodâdàd.

Arrivé à la ville, le courrier s’en fut au palais, se prosterna, baisa la missive et la remit au vizir. La lecture de cet heureux message réjouit grandement le roi. « Mais mon fils et mon favori de naguère ne font qu’uni » dit-il. Il comprit donc que Firoûzé lui avait donné un fils. Il convoqua tous les grands de l’Etat et les dignitaires de la cour, et tous montèrent à cheval pour aller au-devant de Khodâdàd. Quand ils l’eurent amené à la ville, son père vint au-devant de lui. A sa vue, le prince descendit de sa monture et baisa l’étrier du roi. Le monarque le serra sur sa poitrine et l’embrassa sur les deux yeux. « Mon enfant, dit-il, qu'es-tu donc devenu ? Il y a bien longtemps que tu es parti à la recherche de tes frères ; eux sont revenus et te voilà seulement de retour, grâce à l’émir de Sàmarra qui t'a ramené. Comment, tu étais mon fils, et tu ne m’en as rien dit ! » Khodâdàd, après avoir rendu à son père tous les honneurs exigés par l’étiquette, répondit : « O roi, si tu veux bien condescendre à m’écouter un instant, je parlerai. — Raconte », dit le roi.

Alors, Khodâdàd s'agenouilla, comme il sied, au milieu de la salle d’audience, et commença : « Apprends, ô grand roi, que je suis ton fils Khodâdàd, et que ma mère n’est autre que Firoûzé. » Puis il lui exposa d’un bout à l’autre ses aventures. Le roi s’en émerveilla, le prit d’abord sur son sein, puis, courroucé, ordonna qu’on mît à mort ses quatrevingt-dix-neuf autres fils. Mais Khodâdàd se prosterna le

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front dans la poussière en signe de supplication. Le roi leur pardonna pour l’amour de lui. Puis il fit envoyer les femmes au harem et le tambour battit plusieurs jours en signe d’allégresse. Enfin, il ôta sa couronne et la plaça sur la tète de Khodàdâd, et l’installa sur le trône de la souveraineté. On frappa la monnaie à son nom, il devint le maître incontesté du royaume, et ses frères furent sous sa dépendance. Khodàdâd fit le jardinier charitable gouverneur de Zàouyè.

Morale : Celui qui fait le mal finit par obtenir la rétribution qu’il mérite.

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