CORN
licol. Yalqoûb, avant de partir, alla encore visiter la prison et rendit la liberté à deux beaux jeunes gens et à une jeune fille séquestrés par la magicienne.
Puis ils se dirigèrent vers la patrie de Rouh Efzà, emportant quantité de joyaux. Ya'qoùb prit les devants et dit à la reine : « Tire le licol de Dimna pour que nous allions vite. » Ils s’acheminèrent ainsi vers la Cité de Verre et, pour peu que la sorcière ralentît le pas, le prince lui aiguillonnait le dos et la nuque de la pointe de son couteau, et la faisait marcher à belle allure.
Enfin, ils rentrèrent dans le palais de Roûh Efza. Le premier soin de la reine fut de se rendre dans les appartements de Minoûtchihr, qu’elle trouva installé sur le trône, côte à côte avec Maïmounè. « Félon ! * dit-elle à son cousin, « tu as, pour usurper le trône de l’empire, commis un forfait pour lequel je te réserve un châtiment exemplaire, qu’on répétera dans les temps à venir. * Minoutchihr bondit de sa place pour s’élancer sur la reine, mais Ya'qoùb prononça le mot sublime, souffla sur le traître, et il resta figé à sa place. Alors Roûh Efzà et ses compagnons lièrent les mains à Minoûtchihr et à Maïmounè, et les mirent sous bonne garde en compagnie de Dimna la Sorcière.
Tout le personnel du palais, bien vite au courant de la restauration de Roûh Efzâ, accourut se jeter aux pieds de Ya'qoùb et demander pardon en sanglotant. « La ruse et la sorcellerie, » dirent-ils, « nous empêchaient d’agir, et les maléfices de Dimna avaient frappé de mutisme notre langue à tous. » Puis ce fut le tour des vizirs, des vèkîls et de tous les grands de l’état, à se rassembler pour s’excuser, prétextant qu’ils ignoraient la perfidie de Minoûtchihr et de Maïmoùuè. « Nous avons, » dirent-ils, « fait de multiples enquêtes pour tâcher de savoir la vérité, mais aucune n’a
îi5
Original from
CORNELL UNIVERSITE
abouti. Maintenant^ Dieu soit loué; l’usurpateur est en lieu sûr. *
Bref, ils installèrent Ya'qoûb sur le trône et l’on pavoisa la ville. Le premier soin de Ya'qoûb fut de faire dresser, sur la grand’place, un énorme bûcher ; on y mit le feu et on y jeta Dimna la sorcière, qui fut réduite en cendres. Puis il fit ériger au même endroit une potence. On y suspendit Maïinoûnè et on l’y assujettit au moyen de quatre clous chauffés au rouge. Le souverain fit proclamer dans les rues et les bazars que quiconque serait ingrat envers ses bienfaiteurs subirait le même sort. Enfin, il ordonna de décapiter Minoûtchihr. Rizvâne Châh intercéda pour lui, en disant : « Il m’a eu en son pouvoir et n’a pas attenté à ma vie. » Alors, on se borna à lui crever les yeux, on le confina dans une cellule et on lui octroya une pension de tant par jour.
Enfin, Ya'qoûb maria Roûh Efzâ à Rizvâne Châh. Les noces furent célébrées sept jours durant ; le prince obtint d'elle l’apaisement du désir de son cœur, et ils furent tout à la joie de vivre.
Ya’qoûb resta avec eux quelques jours, puis dit au jeune époux : « Vous avez atteint votre but. Quant à moi, il me faut partir, car ma famille est dans l’attente. » Rivzâne Châh alla au harem avertir Roûh Efzâ du départ de leur sauveur. Elle apporta une paire de joyaux superbes à Ya'qoûb, qui prit congé d’eux et regagna sa ville.
Rizvâne Châh et Roûh Efzâ, désormais exempts de tout souci, s’installèrent sur le trône de l’empire et vécurent dans la joie. Roûh Efzâ donna le jour à un enfant mâle, beau comme la lune dans la nuit du quatorze. Sa naissance porta à son comble le bonheur de ses parents.
Quelque temps après, Rizvâne Chah dit à la reine : « O repos de mon cœur, voilà bien longtemps que je suis
Gougle
Qrigiral frcm
CORNELL UNIVERSITV
sans nouvelles de ma patrie. — A toi d’ordonner, * dit-elle.
Alors, Rizvàne Chàh fit ses préparatifs de départ et chargea son fils de tenir, en son absence, sa place sur le trône.
Roûh Efzà et une nombreuse escorte de péris l’accompagnèrent dans la capitale de la Chine. Toute la population vint à leur rencontre. Rizvàne Chàh s’installa solidement ^ ^ sur le trône et congédia les péris qui lui avaient servi d’escorte. Bref, les deux époux allaient tous les mois voir leur enfant et passer une journée avec lui. Cela dura de longues années, après lesquelles les deux héros de cette histoire émigrèrent de ce monde dans l’autre. Les habitants de la Chine mirent le fils de Rizvàne Chàh à sa place, et désormais les deux états furent sous sa domination.
Cette histoire est restée en souvenir d’eux, et Dieu sait le mieux ce qui convient.
CORNELL UNIVERSITE