‹ Contes populaires berbères, recueillisChapitre 76 sur 122 · LE LION, LE CHACAL ET L HOMME · texte numérisé non relu

LE LION, LE CHACAL ET L HOMME

(4) Recueilli à Cberchel en 1884. Le texte, publié dans une seconde série de Notes de lexicographie berbère (p. 102 108), m'a été conté par Moh'ammed 'Abdi.

(5) La même histoire existe avec des variantes qui tiennent à la différence des climats, dans la

plupart des littératures de l'Europe orientale. En Russie, le chacal est remplacé par le renard et le lion par Tours : le dénouement est le même, allongé parfois du dialogue entre le renard, ses pattes, ses yeux et sa queue; ainsi, dans le gou- ']

vernement de Tambov, le conte du Paysan, de |

TOurs et du Renard (Afanasiev, Narodnyia vous- 1

skiia ska^ki, t. II, n° '62). Le loup est substitué à l'ours dans un récit de la Russie blanche (Afanasiev, op. laud., t. III, conte 4). Dans un conte du gouvernement de Toula, l'Ours et le Semeur des navets, on a soudé Tune à l'autre deux histoires différentes, dont on trouvera plus loin une version kabyle de la première. (Afanasiev, op. laud., t. III, p. ni.) Cf. Le Renard, conte recueilli dans le gouvernement d'Astrakhan (Afanasiev, op. laud. I. i>. Dans la Petite-Russie, gouvernement de Tchernigov, le récit du Renard, de l'Ours et du Paysan se rapproche plus du type primitif conservé en berbère. (Roudchenko, Narodnyia iojnorousskiia skaçki, t. I, c. vin, p. 17.) De même, dans le conte litvanien :

L'Homme et le Renard (Leskien et Brugman, Litauische Volkslieder und Mœrchen, conte 1, p. 252). Une autre récit du même pays substitue le loup à Tours (Schleicher, Litauische Mœrchen p. 8). La même fable se retrouve en esthonien et chez les Slaves de Croatie : V Homme, le Lièvre, le Renard et l'Ours, mais avec des différences considérables (Narodne pripovjedke skupio } n° lxiv, cité par Leskien et Brugman, op. laud. p. 5 18 et 520).

— LE CHACAL ET l'aNE

(6) Traduit du manuscrit n° 17, fonds beibère, de la Bibliothèque nationale. Le texte zouaoua est inédit.

5 — LE CHACAL liT l A PERDRIX

(7) Traduit du ms n° 17, tonds berbère de la Bibliothèque nationale. Le texte zouaoua a paru dans mon Manuel de langue kabyle (Textes, p. 12)

(8) Dans un conte haoussa, la vue d'une perdrix excite chez la hyène le désir d'avoir une peau aussi rayée et aussi élégante que le plumage de cet oiseau. Elle s'adresse au renard qui se fait apporter un couteau tranchant et de la terre blanche : il raie, déchire et peint le dos de la hyène qui, depuis, a le pelage zébré (Schcen, Grammar of the hausa language, p. 2 12-21 3 : Tasunia da kurage, da kura, da kifi; Bleek, Reineke Fuchs in Afrika, liv. Il, f. 1, p. 83-84).

i). — LE HERISSON ET LE CHACAL

(9) Le texte zouaoua extrait du ms. n° 17, fonds berbère de la Bibliothèque nationale, a été

publiée avec la transcription dans mon Manuel de langue kabyle (Textes, p. 16-17).

(10) Si fin qu'il soit, le chacal est ici la dupe du hérisson et joue le rôle attribué au diable dans les légendes, à l'occasion d'une aventure analogue. Cf. S. Cris pin et le diable, dans la Littérature orale de Picardie, par E. H. Carnoy, p 62-66 : ils s'associent pour planter des navets : le diable choisit ce qui poussera hors du sol et n'obtient que les feuilles; la seconde année, ils cultivent du blé et le démon se réserve ce qui est sous terre. Chez les Slaves du Sud, S. Snbas remplace S. Crépi n : son associé et lui plantent d'abord des oignons, puis des choux (Krauss, Sagen und Mœrchen, t II, n° 1 53). 11 est fait allusion à un marché semblable dans un conte de la Haute-Bretagne : Le Diable laboureur et marin (Sébillot, Contes des marin? , p. 45). Dans Grimm (Kinder-und Hausmœrchen , n° 189, le Paysan et le Diable) un paysan trompe un démon qui lui abandonne un trésor, contre la moitié de la récolte de son champ pendant deux ans. La première année, il choisit ce qui poussera au-dessus de terre; le paysan plante des navets; la seconde, ce qui sera au-dessous, c'est du blé. Cette version se rencontre presque identique dans Rabelais (Pantagruel, 1. IV, ch. 45, comment Pantagruel descendit en Visle des Papefigues ; ch. 46, comment le petit diable fut trompé par un laboureur de Papefiguière) : on sème d'abord du blé, puis des raves. En Algérie, Satan le lapidé est mis en scène avec des Arabes qui lui jouent un tour semblable (Certeux et Car-

io*

\\oy ,r AI gérie traditionnelle, t. 1, p. 55-S6) D. Juan Manuel qui a emprunté aux Orientaux la plupart des récits insérés dans le Livre de Patronio, y a aussi introduit celui-ci, mais légèrement modifié : le Mal et le Bien associés doivent se partager les bénéfices; le Bien a les agneaux, le Mal la laine et le lait des Brebis; puis le Mal prend les porcs et laisse les soies à son compagnon. Enfin, quand ils plantent des navets, le premier prend ce qui est sous terre ; il ne reste à son compagnon que les feuilles. L'année suivante, les navets sont remplacés par des choux : le Bien obtient ce qui est sous terre : le Mal garde la récolte pour lui (P. De Gayangos, Aittores espagnoles anteriores al siglo xv, Ex. n° 43, De lo que contescio al bien et al mal, et al cuerdo con al loco; A. de Puibusque, le comte Lucanor, p. 410). Les récits qui mettent en scène un animal au lieu du diable, me paraissent avoir conservé la forme la plus ancienne : tels sont le conte kabyle que je donne ici et un du gouvernement de Toula où Ton retrouve l'épisode cité plus haut (p. t34, n. 3) L'Ours et le Semeur de navets : Tours épargne un paysan à la condition que celui-ci lui laissera la moitié de la récolte qui pousse au-dessus de terre (Afanasiev, Narodnyia rousskiia ska^ki, t. III, p. 1 1 1 ) ; une recension plus complète se rencontre dans un conte du gouvernement d'Astrakan : Le Loup (Afanasiev, op. laud. t. I, n° 1): l'ours est trompé d'abord avec des navets, puis avec du blé. Dans un conte anglais, le renard et le loup associés cultivent d'abord de l'avoine, puis des pommes de terre (A. de Gubernatis, La

mythologie des plantes t. Il, p. 3i). Cf. une modification de ce thème dans une légende du Berry et une du Périgord (Laisné de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. I, p. i3o et p. 184) : Le loup et le renard trouvent des noix, puis des olives : le loup choisit successivement l'extérieur, puis l'intérieur des fruits. Desbillons a traité le même sujet dans sa fable des deux enfants (Fabulae aesopiae, 1. VI, f. 21, p. 1 35, Pueri duo .

Quant à la ruse par laquelle le hérisson trompe le chacal dans leur lutte à la course, elle est employée dans un conte chinois : le. Corbeau et la Tortue, extrait du Tçia-pdo-ché-T'ienn-ki ; ils luttent de vitesse pour décider qui est l'aîné et parient de traverser un fleuve sur chaque rive duquel se tient une tortue que le corbeau rencontre quand il croit arriver le premier. Mais, comme il a des soupçons, au milieu d'une nouvelle course, il appelle la tortue, et des deux rives on lui répond : « Me voici » (C. Jmbault-Huart, Miscellanées chinois , Journal asiatique, 1881, t. II, p. 541). Un tour semblable se rencontre dans un conte toscan : VEcrevisse et le Loup : la première, en s'accrochant à la queue de son rival, arrive en même temps que lui au but; de même le roitelet et l'aigle (Marc-Monnier, Contes populaires en Italie, p. 233-235). Cf. à Madagascar, les fables : la Grenouille et le Sanglier (J. Sibree junior, Malagasy Folk-tales, Folk-lore Journal, t. II, mars 1884, et Bulletin de correspondance africaine, t. II, 1884, p. 180); le Sanglier et le Caméléon (J. Sibree, junior, Malagasy Folk-tales, Fulk-lore Journal , t. II, juin 1884).

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