L HOMME, LA VIPERE ET LE HERISSON
(11) Le texte zouaoua, tiré du ms n° 1, fonds berbère de la Bibliothèque nationale, a été publié dans mon Manuel de langue kabyle (Textes, p. 13-14).
(12) La contestation entre l'homme et la vipère a donné naissance à une foule de récits qu'on peut diviser en deux séries suivant que l'homme, bienfaiteur du reptile, est ou non en danger de périr et ne se sauve que par l'intermédiaire d'un animal étranger, envers lequel il se montre d'ordinaire aussi ingrat que le serpent l'a été envers lui. Une des recensions les plus anciennes est sans doute celle qui nous a été conservée dans le Pantchatantra tamoul de Dubois, le Brahme, le Crocodile, la Vache et le Renard (p. 49-D4) . le crocodile remplace ici la vipère. Ce conte ne se trouve pas dans la rédaction arabe du Kalilah et Dimnali de 'Abd Allah b. Kl Moqafta', mais on le rencontre dans la version persane de cet ouvrage : VAnvari Soheili de Hussein Vaez Kacheri (éd.
Ouseley, 1. 111, hi«t. m, p. 225-227), le Chamelier et la Couleuvre; de là elle a passé dans la traduction turke : Humayoun Nameii par 'Alitchélébi (éd. Boulaq, \*bi hég., 1. 111, p. 23 1-236). Dans un conte populaire arabe d'Algérie, le cavalier, qui a sauvé le serpent des flammes, convaincu lui-même d'ingratitude par l'arbre et la fontaine, est sauvé par le renard ;Cherbonneau, Exercices
pour la lecture des manuscrits arabes, III e partie n" 8. Le mal est la récompense du bien, reproduit dans V Athenaeum français, i856, p. 3oi. C'est dt là que dérive la fable'de Ruiz de Hita ; le Jardi nier et la Couleuvre, cop\. iîîï; une version armé nicnne, également empruntée aux sources orientales, a été reproduite par V. Haxthausen ( Transkaukasia, i8i6, t. I, 332). On la trouve aussi dans les recueils ésopiques : (éd. Halm) fab. g6, 966, 97 : Le laboureur et le serpent 976, Le voyageur et le serpent; dans les Quatrains de Gabrias. n° 42 : Le serpent et le laboureur et dans les Fables de Babrios. iv^iî. Le serpent et le laboureur. C'est presque toujours un chacal ou un renard qui tire l'homme du mauvais pas où il s'est mis, alors que d'autres animaux l'abandonnent; ainsi en grei moderne : leChasseuret le Serpent, ils inlerrogeni le lévrier et le cheval avant le renard [Legrand, Contes populaires grec f. 187-189]; en hoilentot : le Serpent iBleek, Reineke Fuchs, 1" partie, 11*5; : condamné par la hyène, l'homme ne se sauve qu'à l'aide du chacal; une autre version {op. laud., n° 6, a] fait donner tort à l'homme pai le lièvre et la hyène avant l'intervention du chacal. Toutefois, comme dans la première version il s'agit d'un blanc et d'un Hollandais dans la seconde, il est possible, comme le soupçonm M. Sheptone, que ces deux recensions soient d'o rigine étrangère et moderne. 11 n'en est pas di même d'une troisième [op. laud-, 6, b) où ur babouin remplace l'homme et où il est d'ailleur! secouru par le chacal. Dans un conte du gouvernement de Toula tErlenvein, Narodnyia ska^k.
sobraniyia selskimi outchiteliami, n° 22), le Paysan et le Serpent, ce dernier est, comme dans les versions orientales citées précédemment, retiré des flammes : le lièvre et le loup condamnent l'homme, mais le renard le tire d'affaire. De même, dans la légende serbe de S. Sabas, toutefois, le saint, contrairement à l'homme du conte kabyle, se montre reconnaissant et bénit son libérateur (Jagic, Archivfûr slavische Philologie, l A us aem sùdslavischen Mcerchenschatçe, n° 6). La donnée est un peu différente dans le xxix e récit de la version persane du Touti-Nameh par Nakhchebi, mais le fond est toujours l'ingratitude du serpent qui veut mordre son bienfaiteur (Iken, Touti-Nameh von Nechschebi, p. 119-121. Du gentilhomme qui cache un serpent dans sa mancheJPDzns d'autres versions, le dragon remplace le serpent; en litvanien : Un bienfait est toujours payé d'ingratitude; il s'agit d'un dragon, d'un chien, d'un cheval et d'un renard (Leskien et Brugman, Litauische Volkslieder und Mœrchen, n° 2); en polonais : le Dragon, la Jument et le Renard (O. Kolberg, Lud % jego> wye- %aje spoosb, etc., série vin, contes de Cracovie, n° 99, cité par Liesken et Brugman). Cf. aussi une fable du Romulus de Munich : n° 3o, De dracone et de rustico (Hervieux, Fabulistes latins, t. II, p. 278 ) Ailleurs, c'est un loup qui est substitué au serpent ou au dragon ; dans un conte russe du gouvernement d'Astrakhan : le Loup, la Jument , le Chien, le Renard et le Paysan (Afanasiev, Narodnyia ska^ki, t. III, n° 24 , et dans un conte gallicien (Sado^ Baracz, Bajki, Frafki, Podaniai
notes r 43
Piesni, cite par Lcskien et Brugman, p. 52 0.
Kn France, où Eustache Deschamps avait déjà traité le même sujet (le Paysan et le Serpent, Œuvres complètes, t. I, ballade n° 36, p. 120), avant La Fontaine, celui-ci, suivant l'exemple donné par Phèdre (1. IV, f. 1$, Homo et Colubra) tout en maintenant la condamnation de l'homme par la vache, le bœuf et l'arbre, a supprimé l'intervention du renard ou du chacal, et par là, diminué considérablement l'intérêt dramatique de la fable (1. X,f. 2, V Homme et la Couleuvre).
La même donnée est encore plus altérée dans les diverses recensions du Romulus : le serpent, rappelé à la vie, tue son sauveur ou du moins rend insupportable le séjour de la maison où il a été accueilli. Cf. Romulus, 1. I, f. 10, Homo et coluber (Hervieux, Fabulistes latins, t. II, p. 181); Romulus de Vienne, f. 10,. Homo et coluber (id., p. 25 ij; Romulus de Berlin, n° i,f. g, De Homine etcolubro(id. t p. 287); Romulus de Berlin. n°ii, f. 10, De Viro et serpente (id., p. 007); Romulus d'Oxford, f. 9, Homo et coluber (id., p. 367) ; Walter l'Anglais (anonyme de Nevelet), f. 10, De viro et colubro, fp. 079); Gualterianae Tabulée, p. 9, De Homine qui posuit colubrum in sinu suo (id., p. 429 ; Odon de Sherington, p. 87, De serpente semel jacente super terrant gelatam (id., p. 636) ; Jean de Sheppei, f. 36, Serpens et liomo (id , p. 769.) Cf. également Marie de France fab. 63. Le Paysan et le serpent ; Robert Fables inédites des xu', xiu e ef.xiv* siècles, t. If, p 33 : Fable du Vilain qui heberja le serpent et le Castoiement d'un père à son fils, 3 ; Gesta Romano-
rum (éd. Oesterley), ch. 174, p. 672 : Qjiod natura docet, nemo tollere potest et de talionc ingratitudinis et les sources citées, p. 741.