I. — LE CHACAL ET LE HERISSON
(1) Recueilli à Cherchel en 1884 où il m’a été conté par Si Moh’ammed‘Abdi, fils du qaid du Smian. Le texte et la traduction ont été publiés dans la seconde série de mes Notes de lexicographie berbère , n° vr, p. 98-100.
(2) Je connais trois autres recensions de cette fable : la première, le dialecte de l’Oued Noun, que j’ai recueillie à Oran en 1 883 ; la seconde,
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en zouaoua fait partie d’un recueil de la Bibliothèque nationale (fonds berbère, n° i); la troisième est traduite dans ce recueil (n° 2). Le sujet est aussi raconté en arabe chez les Hadjoutes, mais avec plus de développements. Tiré d’affaire, le hérisson conseille à son compagnon de faire le mort et d’attendre que le propriétaire trompé le jette hors du silo. Cette dernière version a été traduite et amplifiée par le colonel Trumelet ( Les Saints de V islam , ch. vu. Le Chacal et le Hérisson; Blida, récits selon la légende , la tradition et l'histoire. Alger, 1887, 2 v. in-8°, t. 1, ch. 9). La même histoire se retrouve avec des variantes chez les Slaves du Sud : Le renard a soixante-dix ruses et le hérisson trois, grâce auxquelles ils échappent de la fosse aux loups où ils sont tombés tous deux (Krauss, Sagen undmeerchen der Süd-Slaven , t. T, fabl. xm). Il est curieux de rencontrer ici les données de deux fables de la Fontaine réunies en une seule : le Chat et le Renard (fables xr, 5) où les deux animaux disputent sur le nombre et la valeur de leurs ruses; le fabuliste français a emprunté ce sujet aux Apologues de Regnerius (pars I, fab. xxviii, Catus agrestis et Vulyes }; il a été traité' depuis par Desbillons (Fabulae aesopiae, v. 37, Vulpis et Ericius). Une des plus anciennes rédactions que je Connaisse existe en espagnol (La Raposa e el Gato) et fait partie d’un recueil manuscrit intitulé : Expejo de legos, qui date probablement de la seconde moitié du xiv* siècle, comme le livre des Exemples. Le renard a vingt ruses et le chat une seule, qui est de monter à
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l’arbre (Cf. P. de Gayangos, Escri tores espanoles anteriores al siglo xv, p. 445). La même donnée existe dans les fables de Jean de Scheppei n° L viii, Vulpes et Catus (ap. Hervieux Les fabulistes latins, t. 11, p. 777); dans le recueil d’Odon de Sherington (Hervieux, Les fabulistes latins, t. I T, p. 622, n° 76, De Vulpe qui ( quœ ) dicitur Reynar dus obviante Teberto murelego) où Reynard s’attribue dix huit ruses. Elle se trouye aussi dans la collection publiée par Th. Wright, Latin Stories from mss. of the thirteenth and fourteentli centuries p. 57 : Le renard a dixsept ruses, le chat une seule. Un conte allemand (Grimm, Kinder-und Hausmcerchen , nu 75) nous représente également le chat et le renard contestant leurs moyens d’action : le premier n’en possède qu’un et le second, cent. Dans le ms. n° 536 de la Bibliothèque de Bruxelles, renfermant le Romulus de Marie de France (fab. 129, De Cattto et Vulpe) le renard se vante de posséder quatre-vingts ruses et un sac plein : le chat n'a qu’une seule ressource (Hervieux, Les fabulistes latins, t. II, p. 378). Le Romulus de Munich attribue au renard cent ruses (Hervieux, Fabulistes latins, t. II, p. 729, fab. nu 3t, De Volpe et de Cato). L’origine orientale de cette donnée nous est fournie par un récit téleute (Sibérie méridionale) : Le renardeau et la grue, poursuivis par des chasseurs, essaient, le premier ses douze ruses, la seconde l’unique qu’elle possède pour se sauver ; elle fait la morte et est rejetée hors du terrier, tandis que son compagnon est tué (Radloff, Proben der Volksliteratur der türkischen Stæmme Siid-Sibi-
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riens 1. 1, p. 219). Nous retrouvons également dans le conte berbère la donnée de la fable de La Fontaine : Le Renard et le Bouc [Fables, ni, 5), empruntée par lui à Phèdre (iv, 5, Vulpes et hircus) et aux fables ésopiques [Le Renard et le Bouc , Fabulae aesopiae, ed. Halm, n° 45, p. 22). et imitée par Desbillons [Fabulae aesopiae m, 10, Vulpis et Caper). La Fontaine s’est sans doute servi de l’édition de Rinuccio d’Arezzo [Aesopi Phry gis et aliorum fabulae n° 5, De vulpe et trago) : c’est également la source de l’anonyme turk (Decourdemanche, Fables turques , n° 2, le Renard et le Bouc). Cf. une variante donnée par Grimm : Kinder-und Hausmcerchen n° 7 3 : le Renard et le Loup.