‹ Contes populaires berbèresChapitre 59 sur 104 · SIDI SMIAN ET S1DI AH’MED BEN YOUSEF · texte numérisé non relu

SIDI SMIAN ET S1DI AH’MED BEN YOUSEF

(3o) Le texte berbère de cette légende m’a été dicté à Cherchel, en 1 884 , par Si Mohammed

NOTES

‘Abdi et a été publié avec la transcription dans la seconde Série de mes Notes de lexicographie berbère, p. 94-97.

(3i) La prédiction des deux saints se réalisa : le tombeau de Sidi Ah’med ben Yousef, à Milianah, fut construit sur un emplacement où les Juifs déposaient leurs immondices. Quant à Sidi Smian, sa qoubbah s’élève sur un des points les plus sauvage des montagnes des Béni Menacer.

Le même miracle est raconté par les Arabes d’une façon différente, mais toujours avec Sidi Ah’med ben Yousef pour héros. Il voyageait un jour sur un mulet, du côté de Fas, quand une douzaine de Marocains le prièrent de prendre avec lui un des leurs qui était malade. Il le fit monter en croupe, mais sur les instances des autres, lui disant que leur compagnon ne pouvait se tenir, il le plaça devant lui. Arrivé à destination, il voulut faire descendre le Marocain, mais celuici refusa, prétendit que le mulet lui appartenait et, devant le qadhi, ses amis témoignèrent en sa faveur. Le saint allait être condamné quand il s’écria : « Si c’est un mulet, il est à eux, si c’est une mule, elle est à moi ». Les filous, se croyant sûrs de leur fait, acceptèrent la proposition, mais un miracle s’était opéré, et le mulet était devenu mule. Ce fut, dit-on, à cette occasion que Sidi Ah’med prononça le dicton suivant :

Les Moghrebins,

Fils de la Bête (de l’Apocalypse),

Gens de mensonge et de filouterie;

Douze d’entre eux rendent un faux témoignage avec de la violence et des manières étranges.

NOTES

Cent coupables de l’Orient valent mieux qu’un honnête homme de l’Occident.

Quant aux prédictions mutuelles que s’adressent ces deux pieux, mais vindicatifs personnages, relativement à leurs sépultures, il est curieux de les comparer à celles que se firent, suivant quelques traditions, saint Jean Chrysostôme et saint Épiphane, évêque de Salamine en Chypre. Le second dit au premier : « J’espère que tu ne mourras pas évêque ». et le patriarche de Constantinople répliqua : « J’espère que tu n’arriveras pas dans ta patrie. » En effet, saint Jean Chrysostôme, déposé par le concile de Constantinople, succomba à Comanes aux fatigues de la route pendant qu’on le transportait d’Arabissus à Pithyonte, en Asie-Mineure. Saint Epiphane, son adversaire, mourut en mer avant de rentrer à Salamine (Socrate, Historia ecclesiastica, éd. Migne, 1. VI, ch. xiv, col. 708; Sozomène, Hist. eccles ., éd. Migne, 1. VIII, ch. xv, col. 1 5 5 6 ; Amédée Thierry , Saint Jean Chrysostôme, p. 1 65 .

Lavalement de Sidi Smian par Sidi Ah’med se rattache à un ensemble de mythes qui a été étudié spécialement par M. A. Lang, Custom and myth , p. 45-64).

17. — AVENTURE DE SIDI MOHA’MMED ‘ADJELI ET DE MOULEY MOHA’MMED

(32) Le texte chelh’a de cette légende inédite m’a été dicté en 1 883 à Tétouan (Maroc) par El H’adj Mohammed de Massat (Sous).

NOTES

(33) Mouley Mohammed (I.), fils de Mouley ‘Abd Allah, régna sur le Maroc de 1757 (1160 hégire) à 1789 (1204 hég.). 11 fit la guerre à l’Espagne, assiégea inutilement Melilla, conclut des traités avec la France, le Danemark, la république de Venise, reprit Mazagan aux Portugais, eut à combattre la Hollande et la Toscane et se montra généralement bien disposé pour la France (cf. Godard, Description et histoire du Maroc , t. II, p. 648-567; Houdas, Le Maroc de i63i à 1812 , p. 127-157).

(34) Un miracle du même genre, quoique différent dans les détails, est attribué au marabout ‘Ali, surnommé Bou-llélis (l’homme au petit sac), qui a donné son nom à un village à 3o kil. S. -O. d’Oran : d’un petit sac (Tlélis) ; il fit sortir un énorme tas d’orge en présence d’un sultan mérinide du xtve siècle (Piesse, Itinéraire de V Algérie, p. 204).

(35) La dernière partie de cette légende rappelle un épisode qui existe dans divers contes anciens et modernes. D’après Hérodote ( Histoire , 1. IV, ch. xiv, Aristée de Proconnèse, l’auteur d’un poème sur les Arimaspes, étant entré dans la maison d’un foulon, y mourut. On ferma la boutique, et lorsque ses parents vinrent chercher le cadavre, un homme de Cyzique, qui s’était embarqué depuis peu à Artakè, déclara avoir rencontré Arisiée entre ces deux villes et avoir causé avec lui. On ouvrit la maison du foulon, le corps avait disparu : sept ans plus tard, Aristée reparut à Proconnèse. On peut aussi en rapprocher un épisode du premier conte du recueil turk des

NOTES

Quarante- Vizirs : par la magie du cheikh Chihâb ed Din, un sultan d’Egypte, plongeant dans sa baignoire, se trouve transporté loin de là, dans un pays inconnu où il vit pauvre pendant sept ans qui ont à peine la durée d’une seconde. Ghehâb ed Din échappe à la vengeance du sultan rentré dans ses États en se plongeant lui-même dans la baignoire et en se transportant sur le champ à Damas (Belletête, Contes turcs extraits des Qitarante-Vifirs, p. 29-80; Behrnauer, Die Vier^ig Vie^ere, p. 20-2Ô). Dans le Katharitsagara de Somadeva Bhatta, Sridatta plonge dans le Gange, arrive au monde souterrain qu’il visite et se retrouve ensuite à sa première place (Brockhaus, Die Mœrchensammlung des Somadeva Bhatta aus Kaschmir, t. I, p. 88 et suiv.).

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