LES SEPT FRÈRES
(71) Le texte zouaoua de ce conte inédit existe à la Bibliothèque nationale, fonds berbère n° 17.
(72) Dans les contes de ce genre, les sept (ou les douze frères) quittent d’ordinaire la maison paternelle lorsqu’il leur naît une sœur et non un frère. Le sujet roule alors sur les tentatives faites par la jeune fille pour les retrouver et les ramener. Cf. P. Sébillot, Contes populaires de la haute Bretagne, p. 170-173, La fille et ses sept frères ; id., Contes des paysans et des pécheurs, n° xxvn, p. 100-157, Les sept garçons et leur sœur. Dans le n° xxvii bis qui porte le même titre, p. 1 58— 16 1, c’est le père qui tuera ses sept fils si le huitième enfant est une fille. De même dans le- conte allemand, Les dou\e frères , ceux-ci, menacés d’être tués par leur père si leur mère accouche d’une fille, se hâtent de quitter la maison paternelle, lorsqu’il leur naît une sœur (Grimm, Kinder-und Hausmœrchen , n° ix, p. 37-42). Dans un récit zouaoua, les sept frères s’expatrient sur la
NOTES
fausse nouvelle, donnée par leur tante, que leur mère a mis au monde un fils, tandis qu’en réalité, elle est accouchée d’une fille (Rivière, Contes populaires de la Kabylie du J ur jura, p. 44-49, Les Sept Frères). Le Pentamerone de Basile renferme l’histoire des sept frères qui abandonnent leur maison parce que leur mère ne leur donne pas de sœur. Trompés par un faux avis, ils errent dans le monde, tandis qu’une fille, née pendant leur absence, se met à leur recherche et finit par les ramener ^Liebrecht, Der Pentamerone, 4e j. 8e histoire, Les sept pigeons).
(73) Cette première partie du conte, la jalousie des frères, la descente dans la citerne, le plus jeune vendu comme esclave et repoussant les propositions de la femme de son maître semble imitée de l’aventure de Joseph ( Genèse , xxxvii, xxxix).
(74) La fin de ce conte correspond à la formule xm de Hahn : délivrance d’une jeune fille exposée à un dragon. Sans citer tous les innombrables récits qui se rattachent à ce thème, je mentionnerai seulement ceux de Persée et Andromède (Aristophane, Thesmophoriaqousae , v. io55-ii35; Lycophron , Alexandra , v. 836-83q; Apollodore, Bibliothèque , 1. II, ch. îv, p. 5o-5i ; Ovide, Métamorphoses , 1. IV, v. 662- 75 1 ; Strabon, Géographie, 1. XVI, ch. 11, 28; Anthologie grecque, de Planude, t. III, n° 1 58 ; Lucien, Dialogues marins, n“ xiv; Conon, Narrationes amatoriae, n° xl); — d'Héraclès et Hésione (Lycophron, Alexandra , v. 470-479; Apollodore, Bibliothèque, 1. II, ch. v, p. 65-66;
NOTES
Diodore de Sicile, Bibliothèque historique , 1. IV, ch. xni; Strabon, Géographie, 1. XIII, ch. i, 32; Valérius Flaccus, Argonautiques, 1. Il, v. 45 1 — 544) ; — de Ragnar Lodbrok et Thora (Lie recht. Die Ragnar Lodbrokssage in Persien. Zur Volkskunde . p. 65-73); — du Dragon de Kandahar (P. Lerch. Ein Beitrag \u den Localsagen über Drachenkæmpfe, Orient und Occident , t. I, p. 7 5 1 - 764) ; — de S. Georges (Clermont-Ganneau, Horus et S. Georges): — de Roger et Angélique (L’Arioste, Orlando furioso, ch. x, str. 92-112); — du Jeune homme qui délivra trois princesses du dragon et de Y Ancien soldat qui délivra trois princesses { Leskien und Brugman , Litauische Volkslieder , nos 14 et 16, p . 404 et 407); — de Dobrynia Nikititch (cf Rambaud, La Russie épique, p. 65-6g, 16D-171. Sur des contes russes du même genre cf. Afanasiev, Narodnya rousskiia ska^ki, t. Il, n° xxr, p. 227; t. VI, n° 32 à p. 230 ; t. VII, n° 3g, p. 277); — du Monstre Norlca (Ralston, Contes populaires de la Russie , tr. Brueyre, p. 77);— des Sept frères (Campbell, Popular taies of the West Higlands, 1. 1, n° 4); — du Fils du pécheur et de la princesse (Legrand, Contes populaires grecs , p. 169-173, Le petit Rouget sorcier ; Jîuchon, La Grèce continentale et la Morée, p. 263 et suiv.); — de La Loubie et la fille du roi dans le récit albanais de Persée (Hahn, Griechische und albanische Mærchen, n° 98) ; — de Cien^o (Basile, Pentamerone, tr. Liebrecht, 1" jour, 7e histoire), le même que le conte allemand des Deux Frères (Sonuner, Sagen , Mærchen und Gebræuche ans Sachsen, n° vu ;
NOTES
Alexandre Dumas, L’Homme aux contes , p. 160) et que le conte magyar des Trois fils de roi (Stier, Ungarische Sagen und mærchen , n° i); — du Mage aux Sept tctes (Imbriani, La novellaja fiorentina e la novellaja milanese , n° xxvm, p. 370); — Les Trois frères (id., p. 387); — Le Mage à sept têtes (Nerucci, Sessanta novelle popolari montalesi, n° vin, p. 61); — de la Bâte à sept tâtes (Bernoni, Fiabe popolari vene^iane, I, n° 10); — de la Bâte à sept Tâtes (Ortoli, Contes populaires de Vile de Corse, n° 18) ; — du Tartaro reconnaissant et le serpent à sept têtes , en basque (P. Sébillot, Contes des provinces de France , n° 1) ; — de Jean sans Peur (P. Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne , p. 79-81) le même que le conte flamand de Culotte-Verte (Ch. Deulin, Contes d’un buveur de bière p. 57); — des Fils du pêcheur (Cosquin, Contes populaires de Lorraine, t. I, n° 5, p. 60) et de la Bâte à sept tâtes (id., t. I, p. 64); — des Deux Frères (Rivière, Contes populaires de la Kabylie du Jur jura, p. 175-176); — de V Etranger et le serpent d’eau (Schœn, Haussa readingbook , appendice, p. xvi-xvii; id., Dictionary of the liausa language, appendice, p. xvi-xvii ; id., Magana hausa, p. 144; Mélusine, t. III, 1886, col. 226-227); — du Sultan d' Yémen et de ses trois fils (Mille et une Nuits, éd. du Panthéon littéraire, p. 712); — de Samba (Bérenger-Féraud, Contes populaires de la Sénégambie, p. 39-40), etc. Sur le sens particulier de ce conte cf. Schwartz, Der Ursprung der Mythologie, p. 80 et suiv.; Cassel, Drachcnkœmpfe.
Il est possible que le conte berbère ne nous soit
NOTES
pas arrivé complet; comme dans la plupart de ceux qui sont cités, le jeune homme, après avoir délivré la princesse, devait avoir la précaution de couper les langues du monstre, de façon à confondre plus tard l’imposteur qui, ramassant les têtes, se prétendrait le libérateur de la jeune fille.